L’inspiration de l’architecte Claude Vasconi a permis à la ville d’Angers de reconquérir la rive droite de la Maine en transformant une friche industrielle en nouveau quartier d’habitations, vert et lumineux, là où échangeurs routiers et développement a minima étaient prévus.
Le traditionnel feu d’artifice du 14 juillet à Angers n’est plus ce qu’il était, en mieux. En effet, depuis 2001, il est tiré face au nouveau Quai Tabarly qui borde le Front de Maine et aux rives paysagées qui bordent le nouveau Parc de Balzac, plébiscité par les Angevins, conçu en zone inondable sur un ancien dépotoir.
En ce sens au moins, l’impact du Front de Maine de Claude Vasconi est une réussite spectaculaire. D’autant plus que la ville d’Angers à, grâce à lui, échappé à la catastrophe. En effet, lorsque Jean Monnier, l’ancien maire de la ville, a lancé en 1986 le concours d’urbanisation du site des anciens abattoirs, sur la rive droite du fleuve face au château, il existait déjà pour le site un projet routier destiné à rejoindre l’autoroute, avec deux échangeurs au débouché du pont de la Basse Chaîne au pied du château. Projet d’autant plus étonnant que l’autre rive du fleuve est déjà occupée par l’autoroute laquelle, depuis sa construction, a coupé le cœur de la ville mieux que la rivière ne l’avait jamais fait et éloigné les habitants de ses berges.

«J’ai refusé de faire l’autoroute, au risque d’être hors concours», explique Claude Vasconi. Pas par dogmatisme, «la route fait partie de l’acte fondateur de l’urbanisme», dit-il, mais parce qu’en 1986, ils étaient déjà quelques-uns à questionner la pertinence des ‘voies sur berges’, surtout avec la proximité si proche du quartier historique, toujours bien vivant, de la Doutre.
Hors concours certes mais avec la volonté de convaincre, d’expliquer à un maire pas toujours heureux dans ses choix d’urbanisme et qui n’en demandait pas tant, que le projet initial, tel qu’il avait été imaginé par les ingénieurs des Ponts & Chaussées, était issu d’un mode de conception en vogue mais désastreux. «J’aime ce château, les terrasses vertes, cette ville pleine de musées magnifiques ; j’aime l’échelle angevine», offre-t-il en guise d’explication d’un effort allant bien au-delà de ce qui était requis.

La nécessité d’une circulation organisée d’une rive à l’autre demeurant, après avoir effacé les échangeurs, Claude Vasconi a donc tracé une nouvelle voie en profondeur dans l’axe du pont pour le relier au réseau existant augmenté d’une avenue parallèle à la Maine pour structurer ce nouveau quartier, un ‘parc aquatique’ proposé en lieu et place de la friche inondable. Sur l’espace libéré au bord de la rivière, il a prescrit une série d’immeubles en peigne afin d’offrir aux habitants la vue vers le château. Ou la rivière ou les deux. Mais surtout vers le château, une façon d’accrocher ainsi ce quartier neuf aux sédiments les plus anciens de la cité.
«Jean Monnier (le maire) a été sidéré par ma réponse et a tout de suite compris la portée du projet», explique l’architecte. Tellement bien compris d’ailleurs que Claude Vasconi a hérité de la construction des immeubles du peigne. Ces derniers ne font pas forcément l’unanimité – on leur reproche notamment de ne pas s’insérer harmonieusement dans le prolongé du quartier historique de la Doutre – mais nul ne remet en cause l’inspiration du tracé du quartier. A noter quand même que l’architecte a réussi à construire 500 logements (habitat mixte, location ou accession) qui, selon ses vœux ont vue sur le château, à 525 euros le m², conformément au cahier des charges, à environ cinq minutes du centre ville, à pied ! Et à deux minutes de l’entrée du parc qui permet de marcher des kilomètres sans croiser une voiture.

«C’est vrai que des bretelles d’échangeurs étaient prévues et qu’il a complètement reprofilé le quartier et préfiguré ce qui allait devenir le Parc de Balzac», confirme Daniel Roussel, directeur du service Urbanisme à la Ville d’Angers et architecte lui-même. C’est en effet Claude Vasconi qui avait imaginé que cette zone soit transformée en parc à l’aide de grands canaux destinés à recevoir l’eau en cas de crue de la Maine et que la rive du Front de Maine soit aménagée en quai de promenade. Le plus étonnant est qu’il a ainsi permis au lieu de retrouver son rôle de prairie tenu pendant des siècles, jusqu’à la construction des abattoirs en 1830 dont la démolition a permis la construction du Front de Maine.
«Dans une ville, les restaurants sont des points majeurs», explique, gourmand, Claude Vasconi. Le quartier, avant sa transformation, était le site de l’un des restaurants les plus emblématiques de la ville ‘Le Verre d’Eau’. L’architecte avait donc prévu un espace «capable de restaurer cette mémoire, devant le fleuve, face au château». Las, le restaurant est parti s’installer hors des murs de la ville. L’architecte a su conserver l’horloge d’origine des abattoirs qui vaudra mémoire donc. Il avait par ailleurs imaginé une avenue pleine de commerces et de boutiques, «comme une avenue parisienne, avec une grande brasserie à terrasse près du parc pour donner de l’animation à ce quartier de 8.000 personnes». Les commerçants n’ont pas immédiatement suivi. «Ca viendra», assure l’architecte.
De fait, le projet avait été articulé autour d’une nouvelle préfecture que l’Etat a finalement renoncé à construire. Aujourd’hui, c’est le siège de l’ADEME qui sera bientôt élevé à cet endroit. De plus, la salle du Nouveau Théâtre d’Angers à deux pas sera bientôt reconstruite et agrandie pour accueillir également le Centre National de Danse Contemporaine (projet confié à Architecture Studio). «Le théâtre et l’ADEME vont changer la fréquentation et la vie du quartier, le besoin de commerces tel que l’a imaginé Claude Vasconi se fera alors sentir», explique Daniel Roussel.

En attendant, les Angevins se sont d’ores et déjà appropriés le quartier tel qu’il donne sur la Maine sans même savoir à quel point le boulet routier, c’est une évidence aujourd’hui, est passé près. Le quai Tabarly est un endroit de promenade couru, le Parc de Balzac une vraie réussite et il n’est de meilleur symbole de la pertinence de la vision de Vasconi que ce soit justement là que les feux d’artifices du 14 juillet soient désormais tirés.
Christophe Leray
Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 16 décembre 2003