
Trump va perdre les élections de mi-mandat. Trump ne peut pas perdre les élections. L’antanaclase, figure de rhétorique qui consiste à reprendre le même mot avec deux sens différents, est lourde de danger. Bonne nouvelle du front ? Politique-Fiction.
Avec la période anxiogène que vit le pays à l’heure d’écrire ces lignes – entre la convergence des crises sociale, politique, environnementale entre autres qui s’ajoute à une grave crise des valeurs – il est bon de se tourner vers de bonnes nouvelles, venues d’outre-atlantique, une fois n’est pas coutume ces derniers temps.
Voyons ce qui commence à ressembler à la panique aux USA, dans les deux camps : que va faire Trump à l’issue des élections du 3 novembre 2026 ? Personne n’ose encore parler de coup d’État mais à force de le penser si fort… En tout cas, Trump qui aura forcément GAGNE ces élections va engager tous ses moyens pour pourrir la situation. Et empêcher l’installation du nouveau Congrès ? Comme on dirait en France, l’ACTE II de l’insurrection trumpienne ? Cela ne manquera pas de susciter dans le pays des réactions véhémentes, lesquelles devront faire face à de violentes réponses institutionnelles.
Considérons maintenant que Trump et son acolyte Pete Hegseth – ministre de la Guerre, ce n’est pas comme s’ils se cachaient… – ont engagé une purge spectaculaire du haut commandement militaire : C.Q. Brown, président des Joint Chiefs et deuxième Noir à occuper cette fonction, a été limogé ; Lisa Franchetti, première femme chef des opérations navales, également ; Linda Fagan, première femme à commander une branche des forces armées, avait été limogée dès janvier 2025. Plusieurs dizaines de généraux et hauts responsables ont depuis été écartées ou poussées vers la sortie.
Il est donc permis de penser que Trump a mis des hommes à lui, sûrs et couleur blanche-neige, à de hauts postes de commandement. Et puis, n’a-t-il pas promis à cette armée une augmentation de 50 % de son budget, de 1 000 milliards à 1 500 milliards en fausse monnaie ? L’armée aura beau jeu de ne pas vouloir mordre la main qui la nourrit, surtout à l’aune du fiasco de la guerre en Iran. Noter d’ailleurs que Poutine a révélé sa faiblesse en déclarant la guerre à l’Ukraine, une promenade de trois jours disait-il, et Trump celle de l’armée américaine – une excursion en Iran disait Trump. Espérons que Xi Jinping a compris que, pour les armées mexicaines, la menace est plus efficace et moins onéreuse que la guerre elle-même.
Le risque est que, à l’issue des élections de mi-mandat, Trump, coincé dans une contradiction insoluble, n’instrumentalise la Chienlit à grande échelle : le pays au bord de la crise de nerfs, l’Iran qui rigole, Poutine qui tond la laine sur le dos de la « diplomatie » américaine, l’Europe qui se débat avec des pyromanes patentés… Un tel chaos, de recours en affirmations mensongères, pourra-t-il perdurer comme ça pendant encore deux ans jusqu’en novembre 2028 ? Avec un congrès impuissant ? Qui peut l’imaginer ? D’ailleurs, si vraiment ça doit chauffer comme à Minneapolis, alors à Chicago, New York ou Los Angeles, les polices municipales bien entraînées et soutenues par les agents marginalisés du FBI et de la CIA feront du petit bois des ambitions des fédéraux d’ICE, qui n’auront pas beaucoup de quartiers où se réfugier… Cela dit, rien de plus difficile à imaginer que la convergence des luttes…
Question, donc : sinon la guerre civile, pour éviter le chaos dans la rue et institutionnel, que fera l’armée, qui a quand même quelques dossiers à gérer, si Trump rechigne à reconnaître les résultats ?
Garder à l’esprit que nombre de républicains, depuis Reagan, n’ont aucune affection pour les Russes. Cela vaut encore pour nombre de cadres de l’armée qui ont des liens profonds avec les ex-alliés européens. Maintenant, imaginons que l’armée, après une énième provocation de Trump, pour faire cesser le carnage dans les rues et les incendies de Los Angeles à New York en passant par Chicago (Illinois) et Columbus (Mississippi), décide d’y mettre fin sans avoir à intervenir. Le mieux encore pour elle ne serait-il pas que ce nouveau congrès, installé sous la protection constitutionnelle de l’armée, considère dès que possible Trump comme étant résolument taré et, par voie de fait, ne « l’empêche » rapidos, ce que permet, sans entrer dans les détails, le 25e amendement de la constitution, à l’initiative notamment du vice-président, tiens tiens, et d’une majorité des principaux responsables de l’exécutif. Il ne sera pas compliqué pour ceux-là d’expliquer alors que Trump est devenu sénile – Sloppy Trump -, ce que personne ne contestera, et le monde entier sera soulagé. Si le président proteste, ce qui n’est pas le genre de Trump, et que la procédure se poursuit, alors le Congrès intervient.
Et là, surprise, qui prend le pouvoir ? J.D. Vance, le vice-président, qui ne reniera pas le budget promis aux généraux étoilés mais pourra remettre un minimum d’ordre dans le pays, faire un deal avec l’Iran – Hello Obama ! – pour faire immédiatement baisser les prix à la pompe, se rabibocher autant que possible avec les alliés européens qui, soulagés, paieront l’addition ; ils sont après tout les premiers clients de l’industrie de l’armement US, de quoi calmer Poutine.
Crime de lèse-majesté comme on dit en France depuis que nos manifestations « no king » ont abouti au résultat que l’on sait ? Soudain, voilà un vice-président devenu président par intérim – par la force des choses en somme – qui se retrouve avec deux ans devant lui pour préparer la prochaine élection présidentielle, un bon chrétien nouveau né en plus ! En lieu d’un psychopathe compulsif ? Les analystes de l’armée la plus riche du monde se doivent de réfléchir déjà de quel côté l’institution devra peser d’ici quelques semaines. Ou alors ceux-là sont encore plus crétins que ceux qui ont pronostiqué une « excursion » en Iran, et au moins autant que ceux de Poutine qui allait envahir l’Ukraine « en trois jours ! »
Politique-fiction ? Évidemment. Toutefois, ce qui n’est pas de la fiction est qu’après deux ans chaotiques à l’extrême (droite) Trump – souvenez-vous de l’antanaclase insoluble – J.D. Vance a peu de chance d’être élu président d’un pays en ruines et plein de haine et de rancœur. Cela ne donne-t-il pas au second de nobles arguments pour sauver le pays ? Et puis, une fois Trump empêché, ils seront tellement nombreux à être délivrés de la peur qu’ils baiseront les mules de l’ex-vice-président. D’autant plus que si ce dernier n’a rien d’un enfant de chœur, au moins sait-il que la terre est ronde.
J.D. Vance nouveau président US par intérim, voilà qui rebattrait les cartes de la géographie mondiale et locale, disons par exemple deux mois avant l’élection présidentielle en France. Non ?
C’est aussi une question d’architecture : dans quel état le président suivant va-t-il trouver la Maison Blanche ? La salle de bal perdue sera-t-elle construite à temps pour le coup d’État, la liste des invités est connue (Maduro n’en sera pas) ou va-t-elle demeurer un trou béant ?* Peut-être, au contraire, Trump sera-t-il exilé dans son petit pays de Mar-a-Lago, entouré d’une cour servile, jouant au golf toute la journée et répétant à qui veut l’entendre – ses infirmiers par exemple – qu’il n’a jamais perdu UNE SEULE élection mais les a TOUTES gagnées haut la main.
Autrement dit, après avoir remodelé l’appareil d’État pour mieux exercer son pouvoir, Trump pourrait découvrir, au moment décisif, que ceux qu’il a installés ont davantage intérêt à sauver le système qui leur donne ce pouvoir qu’à sauver l’homme qui menace de l’emporter avec lui.
Puisque je vous disais que j’apportais une bonne nouvelle !
Et puis c’était ça ou un édito sur les performances thermiques des fenêtres à guillotine.
Christophe Leray
*Lire également la chronique Arche de Trump, il paraît que les anges portent bonheur (mai, 2026)