Une entreprise autrichienne, Z. disons, maîtrise depuis 50 ans une technique éprouvée d’étanchéité pour fondations en milieux humides. Pas de cuvelage, pas d’étanchéité externe ou interne mais un béton étanche. Super ! Son savoir-faire ayant fait ses preuves, cette société se développe au fil du temps, tranquillement et amicalement, en Suisse d’abord, puis en Allemagne. En France ?
En 2006, à l’issue d’une mûre réflexion, Z. établit – … en Alsace ! – un bureau qui se veut pérenne.
Ce n’est pas comme si Z. proposait d’enlever le pain de la torche des étancheurs qui alignent les toits sur des milliers de kilomètres. Le marché de Z. est un marché de niche – les eaux souterraines – auquel il apporte un savoir-faire précis et éprouvé. Comme partout ailleurs, Z. offre les mêmes garanties à ses partenaires : en lien avec l’architecte et les bureaux d’études, Z. prend en charge la conception, la mise en oeuvre, l’assurance à 10 ans, la maintenance, etc. Service total. «Nous savons réparer», s’amuse Z.
Première nouvelle, le CSTB. En France, il faut un avis technique.
Très bien, c’est comme ça. Sa technologie ayant fait ses preuves, Z. ne s’inquiète pas inutilement. C’est un peu beaucoup d’administration certes mais, de fait, l’avis technique est délivré en due diligence. Il aura fallu deux ans quand même. Y compris pour les autorisations décennales. Bref, voilà Z. in business.
Démarrent alors quelques chantiers dignes d’intérêt, tel, près d’un château classé, ce nouveau parking enfoui sous un lac ou encore un bel ouvrage pour le dépôt des fouilles archéologiques de Soissons.
Des bâtiments qui ne se construisent pas en un jour.
Au bout de trois ans – nous sommes en 2011 -, l’avis technique expire.
Le processus de validation est à nouveau enclenché. Même montant pour le chèque, encaissé fissa. Pourquoi pas ?
Sauf qu’à l’échéance ferme, l’avis n’est pas renouvelé. Quid ?
Z. panique un petit peu et obtient en effet une prolongation d’un an. Permis de séjour ?
Toujours est-il qu’au bout d’un an, en 2012, l’avis technique n’est pas renouvelé. Point final.
Un architecte, Alain N. disons, s’interroge, à juste titre. Son projet à lui est la reconstruction d’un collège en Ile-de-France. En raison des contraintes du site, il doit étanchéifier les fondations du gymnase. Z. lui a été prescrit par son bureau d’études, qui avait découvert Z. au CSTB. Tout se passait très bien quand, soudain : plus d’avis technique ! «Un jour c’est bon, un jour c’est pas bon ; or, c’est la même chose, le même produit», s’étonne Alain N.
L’homme de l’art est perplexe : «les études nous donnaient confiance ; dans notre cas, c’était la solution la plus adaptée», dit-il. Il refuse donc de «se priver, pour des raisons administratives, d’un système qui donne satisfaction pour un ‘truc’ plus cher, plus compliqué et moins bien».
Que faire ?
Un ‘avis de chantier’ (également appelé ‘avis de faisabilité’) peut être effectué par le contrôleur technique et permettre ainsi la mise en oeuvre du procédé.
Même en ce cas, ce n’était pas gagné.
«Il a fallu un maître d’ouvrage compréhensif ; nous avons eu de la chance de ce côté-là», souligne d’ailleurs Alain N. qui avait imaginé avec défiance un cauchemar administratif. L’architecte se félicite désormais de n’avoir pas cédé à son premier réflexe lequel lui intimait : ‘pas d’avis technique, on va chercher ailleurs’. «En plus, l’avis de chantier ne s’est pas révélé si onéreux puisque nous savions au départ que ça irait», note-t-il.
Aujourd’hui, en 2013, le chantier est en cours. Le radier étanche est coulé cette semaine. Pas de cuvelage, pas de solution compliquée et peu fiable. Il est permis de penser que cet architecte, qui défend au bénéfice de tous la solution la plus adéquate pour son projet, saura construire un collège.
C’est Z. qui doit être content.
Pas vraiment en fait. Il n’a plus d’avis technique.
Combien d’architectes iront voir ailleurs ? Déjà que c’est un marché de niche.
De plus, la paperasse et les façons cavalières du CSTB ont fini d’exaspérer, au bout de sept ans, l’esprit cartésien de Z. Surtout que les marchés se développent partout ailleurs.
Après mûre réflexion, Z. a décidé de fermer son bureau français et de le transférer au Luxembourg. Même si cela ne gâte rien, ici nulle raison fiscale à cette délocalisation (ce n’est pas comme si Z. faisait fortune avec ses chantiers en France), seulement qu’en ce si grand Duché, Z. compte à ce jour quatre chantiers en cours, huit à venir et douze déjà construits.
D’ailleurs, Z. construit en Russie avec des bureaux d’études français.
Cocorico !
Christophe Leray
Cet article est paru en première publication sur Le Courrier de l’Architecte le 20 février 2013