
A partir de leur sensibilité propre, les architectes Christian Colomès, praticien d’expérience en architecture patrimoniale, et Fabrice Nomdedeu, à l’écriture plus contemporaine, parviennent ensemble à traduire sans pastiche l’architecture traditionnelle en une vision réactualisée. Exemple dans l’Aube avec une agence commerciale en secteur sauvegardé.
« Toute la richesse de cette opération repose sur la prise en compte d’une histoire, d’un contexte et d’une vision réactualisée du patrimoine« , expliquent-ils. S’ils parlent ici de la réalisation de l’agence commerciale OPAC de l’Aube à Troyes (10), livrée en septembre 2006, ils pourraient aussi bien parler de leur rencontre. Christian Colomès, 59 ans, et Fabrice Nomdedeu, 36 ans, ont cette faculté rare d’allier sans drame la sensibilité patrimoniale du premier avec l’écriture contemporaine du second. Ils sont désormais associés et aiment à promouvoir leur « image double« . L’OPAC de Troyes, construit en secteur sauvegardé, illustre fort à propos la densité de ce travail issu de deux histoires qui, au fil d’un dialogue intelligent et pertinent, n’apparaissent que comme des prologues à une autre histoire, la leur.
C’est d’ailleurs la raison même – écriture contemporaine et approche pratique du patrimoine -pour laquelle l’OPAC, qui souhaitait une agence en centre-ville, les a dans un premier temps consulter afin d’établir un diagnostic sur les bâtiments – deux petites maisons de ville à pans de bois en l’occurrence – de la parcelle située en limite du périmètre historique et secteur sauvegardé de Troyes. Ces maisons aux cours couvertes, voire construites, sont typiques du centre de Troyes – les maisons en pans de bois y furent édifiées du XVIe jusqu’à la fin du XIXe siècle – et ne se trouvaient pas dans une rue à très forte homogénéité patrimoniale.

La restitution des cours étant une obligation réglementaire, les architectes ont donc demandé dans un premier temps au maître d’ouvrage de cureter la cour puis de piocher tous les enduits. « Conclusion : un bâtiment pouvait être rénové mais nous avons proposé de démolir l’autre, qui était dans un état pitoyable« , explique Christian Colomès. Cette proposition fut acceptée et l’agence s’est ainsi retrouvée avec une opération double : la restauration d’un bâtiment ancien et un bâtiment neuf à reconstruire en mitoyen, le tout devant former une seule agence.
« Nous avons joué le jeu d’une restauration fidèle et d’une architecture d’aujourd’hui« , se félicitent-ils. En effet, le projet s’appuie sur les particularités de l’architecture locale, qu’il s’agisse de l’alignement sur rue, du respect des gabarits avec un bâtiment neuf construit sur l’empreinte exacte de l’ancienne maison à deux étages ou d’une organisation spatiale des volumes qui « respecte le lieu« , soit, dit autrement, « une silhouette qui est la transcription contemporaine de l’identité du centre ville« .
« A l’intérieur, les plateaux libres s’organisent autour du patio et permettent un maximum de flexibilité. Les façades sont entièrement vitrées pour permettre aux utilisateurs de travailler à la lumière naturelle tandis que quelques vitrages colorés ou parois en polycarbonate permettent une certaine confidentialité« , expliquent-ils. Côté rue et en partie sur cour, le bâtiment se dissimule derrière une double façade bois légère et changeante qui, tout en affirmant son autonomie, permet de limiter le contraste avec le bâtiment à pans de bois tout en faisant référence à la tradition de charpenterie ancienne et encore très forte à Troyes. Derrière cette ‘maille’, et grâce à la cour intérieure vitrée sur trois côtés, les espaces sont transparents et ouverts jusqu’au fond de la parcelle. « Plutôt que l’architecture pastiche qui a trop souvent cours ici, nous avons privilégié l’inscription dans une continuité afin de faire passer l’architecture contemporaine« , souligne Christian Colomès.

« Nous n’aimons pas trop les excentricités architecturales« , poursuit-il. « Nous ‘militons’ pour une architecture contemporaine presque ordinaire, si l’on peut dire, et, ici, nous avons retraduit l’architecture traditionnelle« . Si bien d’ailleurs que ni l’OPAC, ni la mairie, ni même les riverains ou défenseurs du patrimoine n’ont tenté de modifier le projet. Les vraies difficultés – techniques celles-la – sont apparues en phase chantier quand il a fallu restaurer et renforcer sans le démolir un vieux bâtiment, en construire un autre neuf sur une parcelle de cinq mètres de large avec une ancienne fondation sur pieu, aucun dégagement de chantier, et un bus passant toutes les minutes à un mètre devant la façade. « Une conception technique simple mais une organisation de chantier très compliquée avec des imprévus au quotidien ; un travail d’équilibriste« , se souviennent-ils en riant. Fabrice Nomdedeu rappelle cependant qu’il a fallu « infiltrer la réglementation, la réinterpréter et la détourner » pour aboutir.
Depuis la livraison en septembre 2006, après un an et demi de chantier, ils n’ont reçu que des échos favorables et voient dans ce petit projet « la démonstration qu’une architecture contemporaine sans ambiguïté peut s’inscrire dans le quotidien et tisser, à son tour, la ville« . Ils travaillent désormais, encore dans le centre historique, sur des logements étudiants proches du campus conçu par Lipsky&Rollet. « La pression est plus forte, on se rapproche de la cathédrale« , disent-ils.
Christophe Leray

Fiche technique
Agence commerciale OPAC de l’Aube
Maîtrise d’ouvrage : OPAC de l’Aube et SIABA
Maîtrise d’oeuvre : Christian Colomès et Fabrice Nomdedeu architectes
Coût de l’opération : 630.000 HT€
SHON : 380 m².
Début des travaux : décembre 2004
Livraison : septembre 2006.
BET : MBI chauffage et élèctricité
Entreprises: JPM charpente,SND – Paganessi maçonnerie, France 2000 menuiserie aluminium, Toggenburger élèctricité-chauffage, SMBI menuiserie intérieure, Thiriet peinture
Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 3 octobre 2007