
À Marseille (Bouches-du-Rhône), pour Redman maître d’ouvrage, AT architectes (Céline Teddé & Jérôme Apack) a livré en 2026 le Campus OMNES, qui intègre des blocs de terre crue compressée dans sa construction. Surface : 6 200 m² SDP. Budget non précisé. Communiqué.
Implanté place Marceau, dans le 3ᵉ arrondissement, le nouveau campus réunit trois écoles du groupe OMNES. Inscrit dans la ZAC Saint-Charles, il participe à la transformation d’un îlot en recomposition, en prolongeant le tissu urbain marseillais dont il réinterprète les typologies et les savoir-faire constructifs.
Conçu par l’agence AT architectes, le nouveau campus prend place en proue de la place Marceau, au sein de la ZAC Saint-Charles portée par Euroméditerranée. Le bâtiment accueille ECE, INSEEC et Sup de Pub du groupe OMNES réunissant ainsi des formations en ingénierie, commerce et communication. Au-delà de sa vocation d’enseignement supérieur, il contribue à la transformation d’un îlot jusqu’alors délaissé en y installant un équipement actif et ouvert sur la ville.


Faire du campus un morceau de ville
Inscrit dans le périmètre de l’Architecte des Bâtiments de France, le projet prend place dans un tissu urbain marqué par la coexistence de différentes époques de construction.
L’agence AT établit un dialogue entre les typologies traditionnelles marseillaises – notamment les immeubles dits « trois fenêtres » – et les constructions plus massives qui composent aujourd’hui le quartier. L’épannelage progressif du bâtiment et le rythme des façades assurent cette continuité urbaine tout en affirmant une écriture contemporaine.
Cet épannelage génère une succession de terrasses accessibles qui prolongent les espaces intérieurs et accompagnent le parcours à travers le campus. À l’intérieur, un espace collectif vertical structure les circulations et favorise les rencontres entre étudiants, disciplines et écoles. Tout au long du cheminement, les ouvertures multiplient les perspectives sur les façades et les toitures voisines, sur la place Marceau, puis, à mesure que l’on gagne les étages, sur Marseille dans son ensemble. Le campus entretient ainsi un dialogue visuel permanent avec la ville, offrant des vues variées, parfois spectaculaires.
Le projet offre ainsi un parcours continu, ascendant et descendant, sans cul-de-sac, qui se prolonge à l’extérieur jusqu’à la toiture. Il aboutit à une place haute conçue comme un belvédère collectif sur la ville, donnant au campus une dimension à la fois fédératrice et urbaine.


Terre crue et pierre : construire avec les ressources du territoire
Dans le cadre de la stratégie bas carbone engagée sur la ZAC Saint-Charles, l’agence AT a choisi d’associer une structure préfabriquée en béton à des remplissages en terre crue compressée issue de Marseille puis en pierre de Vers-Pont-du-Gard. Ce parti pris permet de concilier ambitions environnementales, faisabilité technique et maîtrise du calendrier du chantier.
Le système poteaux-poutres et ses remplissages non porteurs favorisent également la réversibilité du bâtiment. Conformément aux attentes d’Euroméditerranée, les rez-de-chaussée ont été conçus pour pouvoir accueillir des commerces, tandis que la trame des étages permet d’envisager leur transformation en bureaux, voire en logements, selon la typologie des immeubles marseillais « trois fenêtres ». Le campus anticipe ainsi l’évolution de ses usages et les besoins futurs du quartier.
Cette composition réinterprète le vocabulaire des façades marseillaises traditionnelles. Les trumeaux porteurs en béton architectonique préfabriqué, à la finition bouchardée de teinte calcaire, alternent avec des remplissages en blocs de terre crue compressée enduits à la chaux jusqu’au R+4, puis en pierre de Vers-Pont-du-Gard jusqu’au R+6.


La terre utilisée provient de la ZAC Vallon Régny, à Marseille, les excavations du site du campus étant insuffisantes pour répondre aux besoins du chantier. Sa transformation a été engagée avec GT Construction et Filiater, qui a livré 1 000 blocs avant de rencontrer des difficultés techniques liées à la mise au point de son outil de production. Pour assurer la continuité du chantier et respecter le calendrier de livraison, l’équipe s’est alors tournée vers la filière des Carrières de Provence, substituant de la pierre de Vers-Pont-du-Gard aux blocs de terre initialement prévus.
Cette adaptation illustre une démarche constructive qui fait des contraintes du chantier une composante du projet, tout en maintenant le recours aux matériaux géosourcés.
