À Colombes (Hauts-de-Seine), pour la ville maître d’ouvrage, l’agence lyonnaise Tectoniques a livré en 2025 le groupe scolaire Dominique Frelaut, un programme de 25 classes, restaurant et local associatif. Surface : 5 180 m². Budget : 20 M€ HT. Communiqué.
Monumentalité domestique
Le groupe scolaire Dominique Frelaut s’installe dans le contexte urbain dense et hétérogène de la ZAC de l’Arc sportif, en lieu et place d’un ancien site industriel Ericsson dont il ne reste rien. Au milieu des opérations de promotions immobilières qui ont permis de financer le projet subsiste une parcelle de taille réduite pour accueillir l’école, attendue comme la figure de proue de la ZAC.


La taille conséquente de l’équipement et l’injonction d’une cour en pleine terre induisent une organisation sur quatre étages ce qui est rare dans les programmes scolaires qui plébiscitent le plain-pied. Tectoniques et Altitude 35 ont saisi cette opportunité pour proposer une école verticale aux parcours singuliers qui entrelace architecture et paysage et favorise les relations à l’extérieur.
L’école propose une forme urbaine claire et lisible à la fois monumentale et familière. Installé sur les limites parcellaires selon un plan en U, le bâtiment s’enroule autour de la cour de récréation comme une enceinte protectrice. Son gabarit, haut et épais côté nord, s’amenuise et décroît en gradins sur les ailes latérales qui descendent progressivement vers le sud dans un geste d’ouverture. Cette silhouette convoque un vaste imaginaire allant de la ziggourat mésopotamienne aux immeubles à gradins d’Henri Sauvage.

Le projet multiplie les espaces extérieurs variés et complémentaires. À chaque étage, une salle de classe est soustraite pour laisser place à un jardin suspendu en balcon sur la ville. Ces terrasses déclinent un arboretum miniature des différents milieux naturels du Bassin parisien. Au sud, la toiture du préau offre une vaste plateforme aménagée en jardin pédagogique qui relie les deux ailes du bâtiment. L’emprise bâtie offre une généreuse surface de pleine terre à la cour qui retranscrit le paysage de plaine alluviale et de ripisylve de la Seine.
Les angles du bâtiment adressent des politesses à l’espace public et à ses usagers. Au sud-est, un retrait par rapport à la limite parcellaire permet l’élargissement du trottoir, la mise en valeur de l’entrée du collège voisin tandis qu’un grand oculus s’inscrit dans la perspective de la rue. Au nord, les angles deviennent courbes pour adoucir la frontalité sur le parvis et accompagner le piéton.
Côté ville, les façades constituent une enceinte minérale en terre cuite en écho au patrimoine francilien en brique tout en assumant l’influence d’Alvar Aalto. Côté cour et au dernier étage, les façades sont en bois. Elles sont augmentées d’une fine structure métallique suspendue et de caillebotis qui assurent une protection solaire fixe et supportent une végétation grimpante qui prend racine en pleine terre dans la cour.


Une galerie de milieux endémiques typiques du Bassin parisien
Le jeu de terrasses proposé dans l’architecture est synonyme d’épaisseurs de sols variables et décroissantes à mesure que l’on s’élève. Les variations de profondeur de sol sont amplifiées par une différentiation de la composition physico-chimique des substrats pour favoriser le bon développement des essences et diversifier les milieux. La stratification paysagère suit un gradient altimétrique propre au Bassin parisien : en bas, la Seine, au-dessus, les boisements puis les pelouses sèches. Pelouses calcicoles sur substrat maigre et prairies mésophiles en toiture semi-extensive occupent les derniers niveaux du bâtiment. La partie médiane est organisée autour de landes arbustives qui se développent sur un sol pauvre. Viennent ensuite les boisements secs sur substrat calcaire. Les piémonts de la Seine occupent le niveau intermédiaire du projet avec un jardin pédagogique dans lequel arbres fruitiers, légumes et plantes aromatiques sont cultivés par les enfants.
Au niveau du sol, le paysage de la Seine ressurgit dans la cour avec une évocation des lisières de la plaine alluviale et de la ripisylve de la Seine. Strates basses et arbres de haute tige ponctuent la cour et structurent un îlot de fraîcheur à l’échelle du quartier. L’espace central, point focal de la composition, recueille et filtre les eaux pluviales de la parcelle. Ces jardins de pluie jouent le rôle de limites entre les deux cours, contribuent à la résilience climatique et préservent un refuge pour la faune endémique. L’allusion aux paysages des rives de Seine se traduit au quotidien par les fluctuations du niveau d’eau dans les espaces extérieurs.



À l’intérieur, les ambiances sont caractérisées par l’expression directe des systèmes constructifs et la recherche de réduction du second œuvre au strict minimum. Structure et réseaux restent visibles dans une dimension didactique et pédagogique. Ils rendent intelligibles la manière dont le bâtiment est construit et dont il fonctionne. Cela rend également plus simples et moins coûteux l’entretien et la maintenance.

