
Dans Le Parisien, le vendredi 16 janvier 2026, cette nouvelle : Titre : L’immense campus de bureaux en bois sonne creux. En-tête : Plus d’un an après l’inauguration de l’arboretum, seuls 30 000 m² sont commercialisés sur les 126 000 m² disponibles. ???
Quoi, l’arboretum, ce démonstrateur de la vie de bureau de demain, inauguré en grande pompe par le président de la république en personne en septembre 2024, ne ferait pas recette ? Paradoxe puisqu’Emmanuel Macron* est en grande partie responsable de la grave crise du tertiaire que traverse le pays et qu’il s’y est employé à promouvoir l’écologie.
Pour mémoire,** implanté dans le prolongement de La Défense sur le site des anciennes Papeteries à Nanterre (Hauts-de-Seine), Arboretum, construit par Nicolas Laisné Architectes, avec Leclercq Associés, DREAM, Hubert & Roy et Associés, est selon son promoteur WO² un « campus de bureaux et services tourné vers la santé et le bien-être des collaborateurs ». Le projet est composé de cinq bâtiments neufs construits en bois massif ainsi que de deux bâtiments patrimoniaux conservés et réhabilités par l’agence Hubert & Roy Architectes. Pour résumer : 125 000 m² de bureaux et services dans un parc privé de neuf hectares. Le promoteur n’hésitant pas à évoquer la notion de « ville-forêt », sans doute pour faire le pendant de la « forêt urbaine » d’Anne Hidalgo, maire de Paris, une commune limitrophe.
Même si WO² affirme l’arrivée prochaine de nouveaux locataires, il demeure que vanter « un lieu de vie » pour les collaborateurs ne suffit visiblement pas à remplir l’espace commercial. Pas plus d’ailleurs que le soutien à peine discret d’Emmanuel Macron qui affirmait alors dans un tweet voir dans l’Arboretum « une illustration de l’écologie à la française ». Est-ce l’écologie à la française ou Emmanuel Macron qui ne fait plus recette ? Ou les deux ? Un arboretum qui sent le sapin ? Un lieu de vide ?
Certes, le programme a été lancé avant le Covid de sinistre mémoire et la construction bois semblait alors un nouvel eldorado et personne ne savait encore épeler télétravail. Pour autant, il demeure surtout que le concept de construction bois, qui a fait florès au point que son usage soit rendu quasi obligatoire par le gouvernement, semble désormais épuisé. Non, ce n’est pas parce qu’un bâtiment est en bois massif et lamellé-collé que les locataires vont se précipiter sur ces espaces, du moins plus en 2025. Et les Américains, les Russes et les Chinois, on ne les verra pas pendant un moment…

Idem pour le logement. La crise du logement, également provoquée par Macron Emmanuel, est devenue telle en France que les gens sont prêts à se loger n’importe où si leur pouvoir d’achat le permet et qu’importe le matériau et l’architecture et la planète. En témoigne sans doute La Mozaïk des Garettes, à Orvault (Loire-Atlantique) réalisé par Atelier Cartouche Architecture et récompensé en 2025 par le prix construction bois des Pays de la Loire dans la catégorie Habiter. « Ce projet d’habitat participatif regroupe neuf maisons en ossature bois, utilisant des matériaux bio et géosourcés (paille, liège, chanvre, terre crue) », explique l’agence, pas peu fière et pourquoi pas…
Certes mais ce projet aurait pu être construit n’importe où en France et il n’y a finalement rien de contextuel avec la construction bois sauf à construire dans le Vercors. Un bâtiment en bois à Paris, tels ceux tous pareils dans le village olympique, est-ce de l’architecture contextuelle, avec respect du génie du lieu et tout le tralala ? À ce compte-là, arroser les pistes de ski de neige artificielle est évidemment contextuel parce que la neige appartient à l’univers de la montagne.
Toutefois, les architectes se sont emparés de la notion de circuit court, soit faire usage de ce qui est immédiatement localement disponible pour construire. Mais il leur appartient le plus souvent de créer les filières ad hoc – ce qui n’est pas leur travail –, filières qui justement parce qu’elles sont locales ne font pas industrie.
De fait la construction bois devenue une doxa croyait le devenir, industrie, mais ses lobbies sont tombés dans les mêmes travers que ceux de la construction en béton, c’est-à-dire justifier le business avec des arguments architecturaux bien-pensants qui montrent in fine les limites de leurs vertus. Ainsi WO², paraphrasant sans doute le président, expliquait lors de l’inauguration qu’il s’agissait pour l’arboretum du « plus grand campus de bureaux en bois massif d’Europe, avec une empreinte carbone minimale ».
Question : au prix du m² à Paris (à Nanterre pardon), quelle est l’empreinte carbone d’un bâtiment aux trois quarts vide pendant un an, cinq ans, dix ans ? Et combien de temps avant que les bénéfices écologiques d’Arboretum soient rentabilisés, à l’échelle de la ville déjà, voire de la région sinon de la planète ? En tout cas, voilà pour la « ville-forêt » qui, faute d’occupants, n’a plus qu’à être retournée à la nature. Le président de la France lui-même n’avait-il pas indiqué que son quinquennat « sera écologique ou ne sera pas ». Qui sait, dans cinquante ans, ici la jungle dominée par quelques séquoias et une biodiversité du tonnerre… Et les architectes du futur d’imaginer un couloir écologique pour relier Arboretum à la petite ceinture !
Le problème n’est donc pas le bois en lui-même ou n’importe quel matériau de construction mais le collage inadapté. Les Inuits construisaient avec de la glace et les Africains avec de la terre car ils utilisaient les ressources à disposition. L’ironie de l’histoire est que les uns et les autres, du moins les plus pauvres d’entre eux, vivent désormais dans les mêmes agglomérés de béton reliés à Starlink. Cela vaut aussi pour les pauvres du Mississippi, USA. Vraiment, quel matériau serait parfait pour le bonheur ?
Pour autant 25 % du réchauffement planétaire en 25 ans est dû non à l’augmentation des gaz à effet de serre mais à la déforestation. « Quand le soleil rayonne sur une pierre, elle chauffe, quand le soleil rayonne sur un arbre, il ne devient pas chaud, au contraire, il rafraîchit [l’atmosphère]. Qui plus est, en coupant un arbre de 40 ans, on enlève de la forêt un million de feuilles, puis on replante un arbre de quelques centaines de feuilles. On supprime donc la capacité de stocker du CO² pour dix ou vingt ans », soulignait l’architecte et ingénieur allemand Werner Sobek le 24 septembre 2022 à Paris dans le cadre solennel d’un colloque organisé par l’Académie des sciences et l’Académie des beaux-arts intitulé Science et architecture : l’urgence. Parole d’expert ?
D’aucuns se souviennent peut-être de EcoARK, pavillon de la Mode et hall d’exposition principal des floralies internationales de Taipei (Taïwan) de 2010 qui était la première grande structure au monde à utiliser des bouteilles en plastique recyclées. Quinze ans déjà ! Voilà pourtant un matériau d’avenir quasi inépuisable, surtout quand le bois sera devenu trop rare, la terre trop polluée et l’acier pour la ferraille hors de prix.
Jusqu’à bien sûr que l’État en fasse le cheval de Troie de l’industrie conquérante : des bidonvilles, au sens propre, aux couleurs des marques d’eaux minérales internationales, voilà qui aurait de l’allure !
Christophe Leray
*À ceux qui s’étonnent que dans ces colonnes Vulcain ex-Jupiter soit redevenu Emmanuel Macron, c’est bien simple, à Chroniques, on ne tire pas sur les ambulances.
** Lire l’édito Bon plan à l’arboretum pour le président bas du carbone (2024)