
Il y a un an, le 9 octobre 2026, un spectaculaire (et finalement à peine audacieux) cambriolage a permis à quatre hommes armés de redoutables disqueuses d’embarquer en huit minutes les bijoux de famille du pays. Aïe ! C’est toujours là que ça fait le plus mal. Les réactions de Pierre Dac et Raymond Devos. Louvre-Hebdo.
Les bijoux sont sortis. Les responsables sont retenus en réunion

Pour le premier anniversaire du casse du Louvre, on aurait pu organiser une cérémonie discrète. Mais une cérémonie discrète présente un inconvénient : personne ne voit que l’on fait quelque chose. On a donc imaginé une commémoration solennelle, avec pupitre, discours et petit buffet. Les petits fours sont comptés. On apprend.
Le ministre prend la parole :
— Nous avons tiré toutes les leçons de cet événement.
C’est une spécialité française : les leçons sont tirées très vite. Les conséquences prennent davantage de temps.
— Dès les premières heures, poursuit-il, j’ai demandé un rapport.
Soulagement dans l’assistance. Pendant un instant, on avait craint qu’il ne demandât des comptes.
Un haut fonctionnaire précise que la mobilisation des services a été exemplaire :
— Le dossier est remonté immédiatement.
Il est même remonté si haut qu’on ne l’a plus revu. À la différence des bijoux, on sait toutefois dans quel ministère il se trouve.
Un conseiller en communication intervient. Il souhaite corriger une expression malheureuse :
— Le mot « casse » ne rend pas justice à la complexité de la situation. Nous sommes devant une rupture de continuité dans la conservation patrimoniale.
Dans la salle, une dame demande si cela signifie qu’on a volé les bijoux.
— C’est une formulation possible, concède le conseiller, mais elle ne fait pas apparaître le travail des équipes.
C’est alors que Louis XIV, invité au titre des anciens propriétaires, manifeste quelque impatience.
— Enfin, messieurs, ma couronne ?
— Sire, nous avons constitué un comité de suivi.
— Je demandais des nouvelles de mes diamants.
— Justement. Le comité pourra se saisir de la question.
Le roi découvre ainsi qu’en République, on peut se saisir de toutes les questions sans jamais mettre la main sur rien.
On lui présente néanmoins les nouvelles procédures. Elles sont considérables. La première consiste à identifier les interlocuteurs compétents. La deuxième à réunir les interlocuteurs identifiés. La troisième à déterminer pourquoi les interlocuteurs compétents n’étaient pas les bons.
— De mon temps, soupire Louis XIV, les courtisans aussi vous prenaient tout. Mais ils demandaient audience.
Le ministre reprend le contrôle de la cérémonie :
— Nous devons maintenant regarder vers l’avenir.
C’est généralement le moment où le passé commence à poser des questions précises.
On dévoile enfin la plaque commémorative : « Ici, le 19 octobre 2025, un événement a conduit à une réflexion approfondie ».
Elle est magnifique. Sobre, digne, presque rassurante.
Et fixée avec six boulons.
Cette fois, on a mis les moyens.
PCC. Pierre Dac
Au Louvre, on peut enfin visiter sans être tenté d’acheter

Un an déjà. Pour l’anniversaire du casse du Louvre, j’ai voulu faire les choses simplement : je suis allé au musée avec mon sac, mon billet et cette confiance dans les institutions que ma femme me conseille de ne pas laisser sans surveillance.
À l’entrée, j’ai ouvert mon sac. C’est normal. Il faut vérifier ce que les visiteurs apportent. Depuis cette affaire, je serais également favorable à ce qu’on s’intéresse à ce qu’ils emportent. Je soumets l’idée. Je ne voudrais pas bouleverser les habitudes.
Le Louvre est un endroit impressionnant. Devant certaines œuvres, on se sent tout petit. Devant certaines explications officielles aussi, mais pour d’autres raisons.
On nous dit que la sécurité est une question complexe. Je le crois volontiers. Pour mon vélo, mon assureur exige un antivol agréé, une facture, le numéro du cadre et pratiquement une photo de moi en train de souffrir. Alors, pour les bijoux de la Couronne, j’imagine le dossier. Il doit falloir le livret de famille de Napoléon.
Après un cambriolage, chez un particulier, la première question est : « Aviez-vous bien fermé ? » Dans une grande institution, on commence par : « Faut-il revoir la gouvernance ? » C’est plus élégant. Chez moi, la gouvernance, c’est ma femme. Elle vérifie la porte.
J’ai appris aussi que le risque zéro n’existait pas. Voilà une phrase qui doit faire beaucoup de bien à ceux qui la prononcent. On peut l’utiliser après absolument tout. Un toit s’effondre ? Le risque zéro n’existe pas. Un fichier disparaît ? Le risque zéro n’existe pas. Essayez avec votre banquier après un découvert : vous verrez qu’il retrouve immédiatement le goût des responsabilités individuelles.
Je me demande ce qu’on pourrait proposer pour cet anniversaire. Une exposition sur le vide ? Ce serait un peu facile. Un colloque intitulé « Conserver demain » ? On risquerait de demander ce qu’on faisait hier.
Je verrais bien un nouvel audioguide :
« Devant vous se trouvait un bijou exceptionnel. Pour entendre la description du bijou, tapez 1. Pour entendre les explications, prévoyez la journée ».
Évidemment, je plaisante. Le Louvre mérite mieux que ce mauvais souvenir, et ceux qui y travaillent aussi. Mais on aimerait parfois qu’une administration trouve pour protéger les choses la même énergie que pour protéger les formulations.
Pour le premier anniversaire, je propose donc une minute de silence.
Après tant d’éléments de langage, ce sera déjà une pièce rare.
PCC Raymond Devos
Jean-Claude Ribaut
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