
Le 8 janvier 2026, devant une Commission parlementaire sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées, Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Culture et sociétaire des Grosses Têtes (RTL), a d’abord rappelé qu’en tant que ministre, elle avait proposé Laurence des Cars, qu’elle décrivait comme « une grande professionnelle » à la tête du Louvre.
Mais lors de l’émission Complément d’Enquête en mai 2026, elle l’avait pourtant lâchée en rase-campagne, afin d’éloigner les accusations visant directement le ministère de la Culture dans les faiblesses de la sécurité du Musée du Louvre révélées par le cambriolage du 19 octobre 2025.
Pour l’ancienne ministre, la responsabilité restait avant tout celle de la direction du musée. « La chaîne de responsabilité s’arrête au président-directeur général de l’établissement du Louvre ». Exit Laurence des Cars !
Roselyne a souligné en revanche « la valse des responsables » au ministère de la Culture ainsi qu’au sein des grandes institutions publiques. « Quand on est nommé ministre de la Culture, on a à peu près la durée de vie qu’on a sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute », ironisait-elle, avant d’évoquer une forme de « déperdition en ligne » liée aux changements fréquents de responsables.*
Au-delà du cambriolage, Roselyne Bachelot s’est inquiétée de l’avenir du musée face à l’explosion du tourisme de masse. Interrogée sur le gigantesque projet « Nouvelle Renaissance du Louvre » lancé par Emmanuel Macron et estimé à plus d’un milliard d’euros, elle a indiqué éprouver« une réserve » sur l’objectif affiché d’augmenter encore la fréquentation du musée, qui accueille déjà près de 9 millions de visiteurs par an.
« Le risque majeur qui menace le Louvre, c’est le surtourisme », affirme-t-elle, dénonçant « ces troupeaux de touristes qui ne regardent pas la Joconde. Dans une sorte de narcissisme débridé, ils se regardent devant la Joconde ». « Vous pensez vraiment que se photographier devant Mona Lisa, c’est une façon d’accéder à la culture ? », demandait encore l’ancienne ministre, avant de conclure façon Grosses Têtes : « Il n’y a pas que le Louvre dans la vie, nom d’un chien ».
Aujourd’hui, le programme de rénovation « Louvre Nouvelle Renaissance » traverse une zone de fortes turbulences financières et politiques. S’il n’est pas formellement annulé, son périmètre est réajusté pour parer à l’urgence sécuritaire.
En effet un budget de 85 millions d’euros est alloué spécifiquement à la sécurité sur la période 2025-2032 (contre à peine 2 millions par an auparavant).
Déploiements immédiats : Un tout nouveau poste de commandement de sécurité (PC) est opérationnel…depuis octobre 2026 !, et de nouvelles caméras ont été déployées dans les zones sensibles. Prochaine étape : l’enveloppe budgétaire intègre le déploiement complet d’un nouveau système de vidéosurveillance périmétrique dès janvier 2027. Il était temps !
En revanche, le projet global, qui prévoit la création du nouvel accès sous la Colonnade et d’une salle dédiée à La Joconde, s’étalera sur une décennie. Comme le remboursement de la dette !
Toutefois, le calendrier initial qui prévoyait un lancement des travaux dès l’automne 2026 est abandonné. Officiellement en raison du retard pris dans l’examen des projets (toujours invisibles) et de l’obtention des autorisations sur ce monument historique (alors que François Chatillon, l’architecte en chef est pourtant sur place !).
Le projet n’est pas abandonné – le président du musée ayant réaffirmé sa « nécessité absolue » pour désengorger le Louvre – mais il fait face à deux menaces majeures qui obligent à l’« aménager ».
Un mur financier (fragilité du financement) : sur l’enveloppe globale, la part pour le volet « Grande Colonnade » s’élève à 270 millions d’euros (pour un plan global qui dépasse le milliard). Or, l’État ne s’est engagé que sur une contribution symbolique (environ 10 millions d’euros). Le Louvre doit donc lever 660 millions d’euros auprès du secteur privé et du mécénat. Si 300 millions sont attendus du partenariat avec Abu Dhabi, les 360 millions restants s’avèrent extrêmement complexes à réunir dans le contexte économique actuel, mettant le musée sous une « énorme pression » financière.
Il est peu vraisemblable que la campagne présidentielle qui s’annonce éclaircisse ce tableau bien sombre imaginé à l’Elysée un jour de janvier 2025 !
Jean-Claude Ribaut
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* Lire Rachida 5 sur le départ, quel Mickey 6 pour le ministère de la Culture ? (Chroniques, septembre 2025)