
L’idée que portaient les concours d’architecture, tels qu’ils étaient imaginés dans l’esprit de la loi de ‘77 sur l’architecture est aujourd’hui dévoyée. Faut-il pour autant en finir avec les concours ? Tribune.
Il est curieux que dans sa tribune notre ami Francis Soler réclame la fin des concours,* alors qu’il leur doit vraisemblablement l’essentiel de sa belle carrière ! On comprend sa bouffée libertarienne pour le retour franc à la vie sauvage des affaires, afin de laisser apparaître, pense-t-il, l’engagement des commanditaires, et leur véritable désir d’architecture… On peut craindre le meilleur comme le pire !
Effectivement la politique des concours a été déviée progressivement par petites touches technocratiques, et elle ne peut jamais constituer une garantie totale de qualité…
Elle en est cependant le chemin, à condition de poursuivre sa conception d’origine : un processus démocratique de choix des projets architecturaux.
Avec notamment le retour systématique aux conditions suivantes :
– Ouverture de l’intention des programmes vers les enjeux sociaux, urbains et architecturaux ;
– Présentation par le commanditaire d’une justification détaillée des budgets d’opération ;
– Desserrer l’étau de validité des références à 10 ans, pour tous les concours ;
– Appel obligatoire à au moins une jeune équipe par concours ( hors références ! ) ;
– Simplification des documents exigés, et valorisation de rendu par maquette blanche ;
– Systématisation de la défense explicative orale devant le jury, sortie de l’anonymat hypocrite ;
– Publication dans la presse des résultats, et constitution d’un Observatoire des Concours.
Ces premières mesures (présentes dans les premiers débats sur les concours ) ne règlent pas tout mais elles constituent un préalable d’amélioration indispensable face aux dérives actuelles. Comme Francis Soler, j’ai participé aux débats de la MIQCP sur la Loi MOP dans les années ‘80, mission en Suisse (procédure de concours) puis travaillant notamment sur la question des définitions budgétaires des projets publics (sous la conduite du Préfet Coursaget). Il y avait déjà une pression forte des majors des BTP pour défendre leurs savoir-faire et réduire l’apport des architectes.
La Loi MOP et les concours ont apporté un équilibre et une pacification mais le combat continu, pas seulement pour les architectes, mais pour le bien commun .
Xavier Fabre
Architecte
*Lire la tribune Il est temps d’en finir avec les concours d’architecture !