Le Prix Versailles a dévoilé à Paris en septembre sa liste 2025 des plus beaux emporiums du monde, huit réalisations représentant un apogée de ce que le commerce peut produire en termes de beauté. Découverte des lauréats.
« En faisant briller des savoir-faire, en déployant des imaginaires aptes à enchanter les esprits, elles insufflent, bien au-delà de leur bâti, un vent d’élégance et de poésie. Elles prouvent que la confiance, valeur centrale que ces espaces ont vocation à transmettre, peut se cultiver dans l’audace, l’ouverture et l’innovation. Enfin, elles sont dignes d’un rayonnement mondial, dans la mesure où elles permettent de faire vivre et illustrer des cultures particulières qui inspirent l’humanité », souligne Jérôme Gouadain, secrétaire général du Prix Versailles.
Cartier, Bruxelles, Belgique
Depuis sa rénovation en 2024 par Friedmann & Versace, le « Jardin des Métiers d’Art » accueille les collections de la Maison Cartier dans un superbe écrin aux notes florales, subtilement inspiré des peintres surréalistes belges et de Victor Horta.
Le lien entre Cartier et la Belgique remonte à 1912, année où l’enseigne créa deux diadèmes pour la reine Élisabeth. Aujourd’hui, artisanat d’art et savoir-faire d’exception s’unissent pour instaurer un dialogue inédit entre nature et architecture, réinterprétant avec modernité les codes emblématiques de la Maison.
L’atelier Blundell & Therrien y a notamment réalisé un bas-relief en papier mâché inspiré des serres royales de Laeken représentant la célèbre panthère, tandis qu’un lustre spectaculaire, évoquant une canopée luxuriante, est rehaussé du motif iconique Tutti Frutti. Un parquet incrusté de nénuphars contribue encore à cette immersion poétique.
Cette recherche exquise se déploie en plaçant haut la responsabilité écologique, grâce à des matériaux alternatifs et à une gestion optimale.

Louis Vuitton Taikoo Hui, Shanghai, Chine

Bienvenue à bord de The Louis, paquebot ayant choisi Shanghai pour port d’attache. La coque, habillée du monogramme de la Maison, abrite un magasin, un café et l’exposition immersive Voyages visionnaires dont la scénographie, conçue par Shohei Shigematsu de l’agence OMA, rassemble patrimoine, innovation et émotion.
Huit salles thématiques, toutes impressionnantes, jalonnent cette traversée : Origines ; Voyage ; Parfum ; Édition – jusqu’à Ernest Hemingway, qui confia ses manuscrits à une malle-bibliothèque de la Maison ; Sport ; Mode – soit l’évolution de style des sacs emblématiques – et Atelier, qui lève le voile sur les secrets de fabrication.
L’éclairage tamisé, le bois chaleureux et les rayonnages de livres d’art évoquent l’ambiance des croisières transocéaniques d’autrefois. Pour autant, il s’agit bien d’une escale contemporaine, une maison de la culture qui, par un espace sans égal, confère une nouvelle mission à l’entreprise.

Tianjin Zhongshuge, Tianjin, Chine

Au coeur du quartier italien, Tianjin Zhongshuge offre une nouvelle librairie de la taille d’une bibliothèque (plus de 1 800 m²). Conçue par X+Living, qui a déjà dessiné plusieurs ouvrages pour la marque, à Hangzhou notamment, elle est entourée d’un ensemble de bâtiments centenaires en briques rouges.
Le projet réinvente une structure moderne grâce à une rénovation architecturale et intérieure complète, l’intégrant ainsi au contexte historique du quartier. La brique et le métal, matériaux patrimoniaux, sont ici, avec assurance, réinterprétés pour les âges. Telles des persiennes, les espaces horizontaux dans la texture dense adoucissent la masse et laissent filtrer la lumière.
Doté de grandes ouvertures ascendantes en arc, l’intérieur est monumental, voire vertigineux. Pour autant, une logique de circulation unifiée et spectaculaire donne aisément accès à une forêt de livres. Le bleu central de l’édifice et les lignes incurvées rappellent les eaux du port de Tianjin.
Tiffany & Co. Montenapoleone, Milan, Italie
Au coeur du Quadrilatère de la mode, au sein du Palazzo Taverna, bâtiment néoclassique du XIXe siècle, la Maison Tiffany & Co. Inaugure son plus grand flagship européen.
Outre la façade dotée de lunettes en verre de Murano bleu et de vitraux alliant le design légendaire de Tiffany au style milanais, Peter Marino Architect a sublimé, sur trois étages, le plaidoyer culturel de la marque autour de l’art, de l’histoire et du patrimoine.
Au rez-de-chaussée sont présentés les icônes et trésors de Tiffany – dont par exemple une broche offerte à Elizabeth Taylor par Richard Burton. Le premier étage expose les collections Maison et Argenterie. Le dernier étage, quant à lui, abrite les galeries Diamants et Montres ainsi que des salons privés. Éléments remarquables, un escalier structurel innovant tout en transparence ainsi qu’une verrière monumentale baignent de lumière la cour intérieure.
Partout, les matériaux italiens raffinés et les nombreuses oeuvres d’art (signées Picasso, Warhol, Kapoor…) témoignent encore de cette alliance réussie entre opulence américaine et élégance italienne.
Rolex Ginza, Tokyo, Japon
Le nouveau vaisseau amiral est une réinterprétation singulière, une fusion entre les codes du célèbre horloger et l’esthétique japonaise. Pour cette réalisation sur quatre niveaux et plus de 1000 m², l’agence Curiosity a livré une façade unique laissant s’infuser, depuis le premier étage, quelques extraits d’un vert profond, imprégnant délicatement la rue de cette couleur iconique.
Une entrée discrète guide les visiteurs vers un intérieur paisible et les invite à l’exploration. Au rez-de-chaussée, l’infiniment petit de la mécanique horlogère est exposé dans de grands espaces courbes. Au premier étage, une série de salons côtoie l’attendu bar exclusif. Le deuxième étage, enfin, abrite un salon privé conçu pour refléter le luxe japonais raffiné, utilisant des matériaux traditionnels fournis par des artisans locaux.
L’expérience est initiatique, à l’image de ce qui se vit en profondeur, là où un laboratoire, niché en sous-sol, met en lumière le savoir-faire technique et artisanal de la Maison.

Toraya Ginza Building, Tokyo, Japon
L’immeuble de 56 m de haut, qui prend le nom du pâtissier traditionnel japonais marqué par ses 500 ans d’histoire, sublime ce quartier effervescent par une approche renouvelée, confiée notamment aux agences d’architecture Kajima et Naito.
Balenciaga habille les trois premiers niveaux, tandis que le quatrième étage sert d’écrin au céramiste Ginza Kuroda Touen. La marque de gastronomie séculaire dispose alors des 3e, 10e et 11e étages où sont respectivement situés un café, un restaurant et un bar.
Tout est créé pour un volume global et unifié. Une terrasse répartie sur les 3e et 4e étages ouvre les visiteurs à la brise rafraîchissante et aux volutes de l’ambiance des rues. Un jardin descend du toit jusqu’à un espace de détente aménagé au 11e étage avec une vue panoramique sur le quartier de Ginza.
Faire de l’architecture un plaisir gourmand et intime. Le jeu de la brillance et de la transparence, la chaleur dans les couleurs, l’alternance des espaces pleins et vides, font de l’immeuble Toraya un nouvel emblème.

Apple The Exchange TRX, Kuala Lumpur, Malaisie

Le premier magasin Apple en Malaisie s’insère dans le centre commercial The Exchange TRX – au sein de Tun Razak Exchange, à la pointe de l’innovation urbaine contemporaine.
Ce nouvel opus signé Foster + Partners semble résoudre la « quadrature du cercle ». Son toit carré (26,5 x 26,5 m) apparaît de l’extérieur tel un dôme ouvert et lumineux. S’adaptant au climat tropical malaisien, ses ailettes, comme des persiennes, sont soigneusement inclinées pour contrôler le rayonnement solaire sur l’atrium monumental.
Le magasin s’étend sur trois niveaux. Les tables d’exposition, à l’échelon le plus bas, s’inscrivent dans le droit fil du centre commercial. Un escalier sculptural en quartz et verre ainsi qu’un ascenseur vitré relient les différents paliers superposés, créant de multiples perspectives, avant d’atteindre le jardin tropical luxuriant en haut du magasin.
Une construction semi-immergée, porteuse d’identité, qui crée des connexions, transforme l’espace et subjugue le visiteur.

Longchamp SoHo, New York, États-Unis
Au 132 Spring Street, dans un loft industriel de 800 m² datant de 1936, La Maison Unique dévoile depuis plus de 20 ans l’univers de Longchamp. Pour cette adresse iconique, rouverte en avril 2025, Thomas Heatherwick, qui avait déjà participé à la transformation de 2006, offre un manifeste de design contemporain.
Le lieu s’agence autour d’un escalier sculptural composé de 55 tonnes de rubans d’acier. Dénommé Le Paysage, il évoque une promenade fluide et poétique sur une colline. Reconfigurés dans un vert Lumière signature de la marque, les espaces se renouvellent par des références artistiques audacieuses : des tapis tourbillonnants émergent des colonnes, créant l’illusion d’une peinture qui se déverse du plafond. Les lignes courbes participent à la fluidité et à la générosité de la visite. Tout en reflétant l’âme industrielle de SoHo, les grands volumes, les matériaux bruts et la révolution du rapport à l’espace assurent un dépaysement.
La durabilité tient aussi de la capacité à réinventer un lieu en suscitant des expériences inédites, rendant l’endroit vraiment unique.








