
Notre santé, le maintien en bonne santé, dépend pour les ¾ de notre environnement. Tout de ce que nous ingérons, nourriture, air que nous respirons, eau que nous buvons, mais aussi notre environnement physique, température, bruit, et moral, stress, tensions sociales, etc. contribue à favoriser ou à dégrader notre état de santé. Chronique de l’intensité.
L’environnement a été associé, dans les ministères, à bien d’autres secteurs, jeunesse et sport, aménagement, tourisme, mais jamais à la santé, alors que le lien santé-environnement est très fort. Il faut pour en prendre la mesure dépasser la question des soins, auxquelles on associe souvent la santé, pour prendre en charge la définition de l’OMS, « un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
C’est dire que l’environnement de proximité revêt une grande importance pour la santé, et par suite pour les finances publiques qui prennent en charge les dépenses de remise en bonne santé. C’est d’ailleurs le plus gros budget de l’État, en dehors du financement des retraites, 260 milliards d’euros pour 2026.
Les villes sont en premières loges pour relever ce défi et offrir à leurs habitants un cadre de vie bon pour la santé, de même que les entreprises, pour ce qui concerne leurs personnels qui passent une partie de leur vie dans leurs locaux, et les professionnels de la construction qui doivent offrir des logements également bons pour la santé. Une mobilisation générale, en quelque sorte.
Dans la perspective des élections municipales, restons sur ce que peuvent faire les villes pour la santé. De nombreux domaines sont concernés, des cantines scolaires à l’ergonomie de la ville pour que chacun puisse s’y épanouir, en encore son métabolisme, son bon fonctionnement interne. Il y a les déchets et la propreté, le bruit, la qualité de l’air et des eaux au robinet, les espaces verts, tous ces aspects interférant avec le logement, les services publics, la mobilité, l’urbanisme, les espaces publics, l’éducation, etc. Comme la santé, l’environnement est omniprésent, et même si plusieurs adjoints se partagent les responsabilités, il convient de mettre en œuvre une politique cohérente, où la main droite ne défait pas ce que fait la main gauche. Comme pour la santé, les modes d’action présentent des particularités de deux ordres, la temporalité et le mélange des genres.
Certains leviers peuvent être actionnés rapidement, d’autres demandent plusieurs mandats pour être effectifs. Ces derniers doivent faire l’objet de consensus pour résister à d’éventuels changements politiques. Il s’agit d’infrastructures ou de modes de développement de la ville, décidés lors de l’élaboration de documents d’urbanisme, qui prendront corps au cours des années. D’autres types d’intervention ont des effets immédiats.
Les approches de l’environnement sont souvent à plusieurs dimensions. Le bruit et l’énergie sont souvent associés, et il faut y ajouter la qualité de l’air, avec les véhicules électriques par exemple, et la végétalisation aux multiples avantages, notamment climatiques. Ces combinaisons d’intérêts sont parfois favorables, avec des co-bénéfices d’une approche pour d’autres, mais parfois conflictuelles. Le bruit des pompes à chaleur est un aspect à surveiller dans une politique d’électrification du chauffage, bonne pour l’effet de serre et pour la qualité de l’air.
Prenons l’exemple du bruit, véritable problème de santé publique, et qui présente tous les cas de figure. Réduire la vitesse des voitures à 30 km/h est une mesure à effet immédiat, si elle est respectée. Moins de bruit, moins de pollution de l’air et des eaux, moins d’effet de serre. Une police de proximité peut aussi avoir des effets rapides sur le bruit de voisinage. Elle exercera aussi son influence sur la propreté et le respect des règles de voirie. L’isolation des classes, des cantines et des crèches peut aller assez vite, si les moyens sont mobilisés. De travaux qui doivent également avoir une dimension thermique et prévoir un renouvellement d’air dans les locaux.
L’introduction de pistes cyclables a des effets multiples. Sur le bruit mais aussi sur la pollution de l’air, les émissions de gaz à effet de serre, et la santé publique. Selon l’institut Pasteur, « à chaque kilomètre de vélo parcouru, c’est un euro de coûts sociaux évités ». La refonte des plans de circulation, dont les effets peuvent être puissants, demande plus de temps et doit être pensée avec l’aménagement de la ville, en particulier avec l’implantation des activités et l’organisation des transports en commun. La création d’espaces calmes peut profiter d’opportunités dans des opérations d’aménagement.
Un problème général est la perméabilité aux décibels du tissu urbain, qui ne peut se traiter que dans des documents d’urbanisme. Le chemin des décibels étant aussi emprunté par les courants d’air, il faudra étudier de près les plans à adopter pour que la qualité de l’air et le rafraîchissement nécessaires pendant l’été puissent cohabiter avec le calme. La morphologie de la ville est le fruit d’années voire de dizaines d’années d’évolution, à revoir dans le monde d’aujourd’hui.
La complexité des politiques d’environnement à l’échelle locale se prolonge avec l’arrivée de nouveaux modes de vie et de nouvelles technologies, comme les voitures électriques, le travail à distance, le commerce en ligne, etc. qu’il faut intégrer dans les approches locales.
À l’approche des élections municipales, de nombreux documents sont publiés, qui font l’inventaire des questions santé-environnement qui peuvent trouver des réponses à l’initiative des maires. Le réseau Ville-santé, sous l’égide de l’OMS témoigne de son côté de l’expérience acquise par les villes adhérentes. Formons le vœu que les élections permettent aux enjeux de santé et d’environnement d’être débattus sans a priori pour progresser à l’échelle de nos villes et nos villages. Pour une vie quotidienne plus intense.
Dominique Bidou
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Urbanisme et santé : les collectivités locales en première ligne

Publié en 2025, un Guide de ressources sur l’urbanisme favorable à la santé rappelle une évidence trop souvent sous-estimée : les choix locaux d’urbanisme influencent directement la santé physique et mentale des habitants. Qualité de l’air, lutte contre les îlots de chaleur, mobilités actives, accès à la nature, bien-être psychique… ces déterminants se jouent d’abord à l’échelle des territoires.
Les collectivités locales ont un rôle clé à jouer :
– intégrer la santé dans les documents d’urbanisme (PLU, SCoT, projets d’aménagement) ;
– adapter les espaces publics face au changement climatique ;
– favoriser des environnements propices à l’activité physique et aux liens sociaux ;
– réduire les inégalités territoriales de santé.
Ce guide, conçu comme un outil opérationnel, propose des ressources concrètes pour outiller les élus et les techniciens, faciliter la prise de décision et passer de l’intention à l’action.
Un rappel utile : l’urbanisme n’est pas seulement une affaire de foncier ou de réglementation, c’est aussi une politique de prévention et de qualité de vie.
Source : Berthelot M.-M., Cambon M., Urbanisme favorable à la santé – Guide de ressources, GRAINE Occitanie & Promotion Santé Occitanie, novembre 2025
Réseau ville santé
Urbanisme, aménagement : de quoi parle-t-on ?
L’urbanisme et l’aménagement couvrent un large panel de politiques, plans et projets, qui peut être défini comme « un champ d’action pluridisciplinaire par essence, qui vise à créer dans le temps une disposition ordonnée de l’espace en recherchant harmonie et efficacité » (Pierre Merlin, Dictionnaire de l’urbanisme). À l’échelle locale, ce champ recouvre tant un effort de planification à long terme, notamment via des outils réglementaires, que des opérations d’aménagement à l’échelle d’un quartier, ou encore des travaux de plus petite envergure, par exemple sur les abords d’un équipement ou sur la voirie.
De multiples démarches et méthodes peuvent être mobilisées par les collectivités pour intégrer les enjeux de santé aux critères de choix d’aménagement et d’urbanisme : démarches d’accompagnement, évaluation d’impact sur la santé (EIS), évaluation quantitative d’impact sanitaire (EQIS), évaluation environnementale etc. De manière plus systémique, la collectivité peut faciliter l’intersectorialité entre l’aménagement, l’environnement et la santé, via une gouvernance adaptée ou encore des dispositifs de formation ou de sensibilisation.
Les choix d’aménagements, des leviers pour agir sur de nombreux déterminants de santé
De nombreux déterminants de santé sont en partie liés aux choix d’aménagement et d’urbanisme : qualité de l’air, de l’eau, des sols, biodiversité, exposition au bruit ou à la chaleur, mais aussi accès au logement et sa qualité, accès à des espaces verts, à divers services et équipements etc.
Certaines habitudes de vie sont également fortement influencées par les opportunités ou freins qu’offre le cadre de vie. Par exemple, le recours aux mobilités actives (vélo, marche) contribue à augmenter l’activité physique et limiter la sédentarité mais requiert un aménagement de la ville facilitateur de ces modes de déplacement. L’alimentation saine et durable peut être encouragée par la présence de marchés alimentaires. Elle peut également l’être via des opportunités de jardinage en milieu urbain, qui contribueront à sensibiliser les personnes aux fruits et légumes locaux et de saison.
Ainsi, les choix d’aménagements sont des leviers majeurs pour limiter l’exposition de la population à des nuisances et polluants, mais également pour maximiser les bénéfices que le cadre de vie peut offrir, dans la perspective de la promotion de la santé. Pour cela, il est également important d’agir en vue de réduire les inégalités sociales, environnementales et territoriales de santé.
Les villes et intercommunalités ont les compétences relevant de l’aménagement et de l’urbanisme. Elles portent des documents d’urbanisme, qui réglementent l’usage des sols, tels que les Schémas de cohérence territoriale (SCoT), les Plans locaux d’urbanisme (PLU). Elles (ré)aménagent des quartiers, des espaces publics ou encore des espaces verts. Elles sont également gestionnaires de ces espaces, ainsi qu’organisatrices de la mobilité. Via ces plans et projets, elles peuvent donc agir en prévention et promotion de la santé. Elles peuvent également s’appuyer sur les co-bénéfices pour la santé, l’environnement et la biodiversité. En effet, les villes s’attellent depuis plusieurs années à intégrer les enjeux environnementaux et de qualité de vie à l’aménagement. L’urbanisme favorable à la santé permet de compléter et approfondir cette approche.
DB