Dans un contexte tendu depuis le vol des bijoux du 19 octobre 2025, avec une ministre de la Culture aux abonnées absentes, quel avenir pour le projet « Nouvelle Renaissance » ?
Les agents du musée du Louvre, réunis lundi 5 janvier 2025 en assemblée générale à l’appel de l’intersyndicale, ont à nouveau voté la grève à l’unanimité, selon la CFDT et la CGT, pour protester contre leurs conditions de travail dans le musée, qui reste « ouvert partiellement », avec le parcours « chefs-d’œuvre », un service minimum qui inclut la Joconde, la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace.
Le concours d’architecture du Plan Renaissance du Louvre, dont les résultats devaient être annoncés fin 2025 se poursuit. Les agences internationales (Amanda Levete, Diller Scofidio + Renfro avec Architecture Studio, SANAA avec Dubuisson, Sou Fujimoto et STUDIOS architecture avec Selldorf Architects) sont toujours en lice pour la phase finale. Le choix n’a pas encore été rendu public officiellement, mais la date du 13 février circule, annoncée notamment par Le Monde le 1er janvier.
Aucun résultat n’a fuité encore à ce stade. Contrairement à d’autres grands concours internationaux, il n’existe pas de révélation crédible des projets ou des résultats.
Quelques discussions off dans la presse d’architecture sont débattues sur l’absence de candidats français dans la présélection ; les raisons du choix des équipes étrangères ; les enjeux patrimoniaux et urbains du projet ; et surtout des critiques plus larges sur la façon dont ce concours s’inscrit dans un projet politique et médiatique.
En effet, le projet « Nouvelle Renaissance » est plus qu’un simple concours architectural : il touche au patrimoine majeur de la République, à la gestion des flux touristiques, à l’urbanisme, à l’identité architecturale du Louvre, et au rôle de l’État dans les grands travaux culturels. Ces dimensions expliquent les débats publics et commentaires critiques, notamment autour du choix des équipes internationales, du financement, des enjeux patrimoniaux et du coût global du projet, aujourd’hui estimé à plus d’un milliard d’euros.
Dans un contexte tendu depuis le vol des bijoux du 19 octobre 2025, et les auditions de la patronne du Louvre, Laurence des Cars, devant les commissions parlementaires du Sénat et de l’Assemblée Nationale, le Louvre est apparu pour beaucoup comme un caravansérail à la gouvernance chaotique, notamment en matière de sécurité. Pour le financement des travaux, l’appel à des mécènes internationaux pourrait avoir des conséquences sur le choix du lauréat du concours : « L’alliance entre l’agence Sanaa, qui a refait la Samaritaine pour LVMH, et Thomas Dubuisson, l’architecte de la transformation du Musée des arts et traditions populaires pour le même groupe, paraît directement fléchée sur Bernard Arnault » relève judicieusement Le Monde (1 janvier 2026).
Contexte politique et judiciaire
Un autre volet de cette affaire risque d’assombrir le paysage dans le contexte d’incertitude politique actuel du pays, à la recherche de son budget pour 2026. La ministre de tutelle du Louvre – Rachida Dati – a officiellement déclaré son intention de briguer la Mairie de Paris lors des élections municipales prévues en mars 2026. Peut-elle rester à son poste pendant la campagne, au risque d’être accusée d’utiliser à son profit les moyens de sa charge ? Il n’y a pas d’obligation légale stricte pour un ministre de démissionner simplement parce qu’il se présente à une élection (municipale ou législative). De nombreux exemples précédents montrent que des ministres ont mené campagne tout en restant en poste : Jean-Louis Borloo en 2008, François Fillon… Mais au cas où elle serait élue, elle serait soumise à la règle de non-cumul des mandats et devrait quitter la rue de Valois.
La ministre de la Culture est aussi visée par une procédure judiciaire (renvoi devant le tribunal correctionnel notamment pour des faits de corruption présumée liés à une période antérieure à son ministère). Cela n’entraîne pas automatiquement une obligation de démissionner, tant qu’elle n’est pas condamnée en premier ressort ou que des mesures spécifiques de justice (inéligibilité) n’imposent pas sa démission. Les audiences sont programmées en septembre 2026.
Toutefois le calendrier du concours du Louvre dépend des instances du musée, du jury indépendant et des arbitrages gouvernementaux en matière de politique culturelle — pas simplement de la situation personnelle de la ministre.
Jean-Claude Ribaut
