
Il se passe toujours quelque chose au Louvre, ce musée aux portes battantes. Chronique d’actualité « à la manière de » Philippe Caverivière (RTL).
Alors l’info du jour est énorme : un détenu de la prison de Nanterre en sortie culturelle au Musée du Louvre s’évade… dans le métro. Condamné pour vol avec effraction, le taulard débutant, né en 2001, n’a pas attendu sa sortie l’an prochain pour réaliser son exploit. Car le Louvre est « the place to be » chez les truands. Une référence !
Au Louvre, l’histoire se répète. Le casse du siècle en octobre dernier avait été prévu en détail, sept ans plus tôt, par un joaillier de la place Vendome.
Aujourd’hui c’est Bande à Part, un film prémonitoire de Jean-Luc Godard (1964) qui incite un primo-délinquant cinéphile à se faire la belle. Souvenons-nous de la cavalcade effrénée de Sami Frey et Anna Karina qui s’étaient juré de visiter le Louvre au pas de course en 9 minutes et 43 secondes, sans émouvoir ni le public, ni les gardiens.
Bis repetita vendredi 13 mars 2026 lorsque ce taulard impatient a faussé compagnie au petit groupe de détenus en « permission culturelle » au musée. Au mépris de toute camaraderie. A-t-il pris la fuite, dans le métro ou par le musée ? Les témoignages divergent. Au Louvre, depuis six mois, tous les scénarios sont possibles. Alors, Godard, visionnaire ? On le soupçonnait.
Plaignons le nouveau patron du Louvre d’avoir à gérer, dès son arrivée, un fait divers aussi miteux. Qu’en sera-t-il lorsqu’il ouvrira les cartons du concours d’architecture, qui moisissent depuis plus d’un mois en sous-sol, endommagés par des fuites d’eau à répétition… malgré la fuite en avant !
Déjà, moi je veux dire bravo !
Parce qu’en France, on parle beaucoup de sortie de crise, sortie du blocage, sortie par le haut… Lui, c’est le seul qui a réussi la sortie par le tourniquet du métro.
Et en plus au Louvre.
C’est magnifique : pendant que les autres espéraient voir Mona Lisa, lui observait surtout les plans d’évacuation.
On imagine la scène.
Le guide : « À votre gauche, chef-d’œuvre absolu de la Renaissance… ».
Et Gérard : « Oui oui… mais la correspondance avec la ligne 1, c’est avant ou après la pyramide ? »
Franchement, il a peut-être confondu la sortie culturelle avec un escape game. Sauf que lui… il a gagné. Ce détenu a peut-être simplement appliqué ce qu’on dit toujours : La culture ouvre des portes.
Bon… lui, c’était la porte de sortie.
Et puis disparaître dans un musée rempli de touristes, c’est très malin. Au Louvre, depuis octobre dernier, si quelqu’un court, personne ne s’inquiète. Les gens pensent que c’est : soit un influenceur qui filme pour TikTok, soit une performance artistique subventionnée, ou bien un candidat en campagne qui fuit pour éviter une question sur son programme.
En effet, on est en période électorale, séquence très inspirante pour les militants d’un changement radical.
Et je me demande si ce détenu, au fond, ne prépare pas déjà sa reconversion. Il a déjà toutes les qualités pour faire de la politique :
Car, le métro parisien promet une direction claire, mais au final tout le monde finit par changer de ligne.
Comme en politique.
Surtout, il a déjà trois qualités essentielles pour un mandat public :
– il sait disparaître au moment opportun ;
– il maîtrise la fuite stratégique ;
– et il a déjà échappé à un dispositif de contrôle de l’État.
Franchement… c’est presque un CV.
Et puis en réalité, cette évasion est peut-être la plus belle installation artistique du Louvre depuis longtemps. Un type qui disparaît dans un musée… c’est presque conceptuel.
Un Américain a sûrement dit : Oh my God, it’s part of the exhibition! Escape from the justice system, very French!
On pourrait appeler l’œuvre : “Liberté guidant le prisonnier”.
Un hommage discret à Delacroix : Liberty Leading the People
Seule conséquence, l’administration pénitentiaire devra revoir ses sorties culturelles : avant l’évasion – visite au Louvre ; après : diaporama PowerPoint sur les natures mortes flamandes, dans une salle sans fenêtres de la maison d’arrêt.
C’est dommage : parce que l’art est censé ouvrir des horizons.
Là, on peut dire qu’il a surtout ouvert une bouche de métro.
PCC / Jean-Claude Ribaut