
Qui aurait crû les architectes, hommes et femmes d’art et de culture, capables d’une telle violence ? Si la recherche de tels caractères fut longue et périlleuse, et s’il nous fut impossible de retrouver un architecte détective, une plongée dans l’univers du roman noir et policier s’est au final avérée fort divertissante.
Les architectes défraient la chronique. C’est un architecte qui disparaît aux U.S.A. avec 75.000 dollars, soit la paye de ses employés ; ou encore l’assassinat d’un mandarin, professeur d’architecture, qui sème l’effroi dans la prestigieuse université de Cambridge ; un autre encore, présumé meurtrier d’un agent immobilier sur fond de scandale immobilier en Louisiane ; victime aussi quand un jeune architecte de génie qui, en Angleterre, vient de refuser la main de la fille unique de son meilleur client, est retrouvé plus mort qu’une vieille pierre.
Reprenons. En lieu et place des ouvrages savants habituels, tout moment de l’année est le bon quand un roman policier peut tenir guise de livre de chevet ou de livre de plage. Quels rôles pour les architectes et l’architecture dans cette littérature donc ? Au départ, peu d’indices. Des souvenirs du roman de Umberto Eco, ‘Le nom de la Rose’, dans lequel l’architecture joue un rôle décisif de l’intrigue, ou encore les romans de Gaston Leroux tels ‘Le fantôme de l’Opéra’ ou ‘Le mystère de la chambre jaune’. Des impressions laissées également par les Nestor Burma de Léo Malet qui avait ébauché l’idée de romans décrivant les 20 arrondissements du Paris des années 50 (il en a fait 15).
Sinon, rien d’autres qu’une «résonance», pour citer Corinne Naidet, présidente de l’association ‘Le temps de la noire’rôde’. Pas d’architecte assassin ou assassiné. De fait, l’ouvrage monumental ‘l’encyclopédie : les années série noire’, en cinq tomes, ne compte ni architecte, ni architecture ni promoteur dans ses mots clefs. Même le mystère en chambre close, le roman policier classique des années 30, se fait rare puisque un seul auteur français, l’Alsacien Paul Halter se permet encore de tuer quelqu’un dans une pièce fermée de l’intérieur, explique Jean-Paul Guéry, responsable éditorial de la revue ‘Tête en noir’.
Pourtant, dans le Quartier Latin, au fond d’une impasse, comme de juste, cachée derrière la caserne des pompiers, les architectes assassins et assassinés abondent. Il nous faut ici rendre grâce à l’immense érudition es crimes en tous genres à Michelle Witta, conservatrice à la Bibliothèque de la Littérature Policière (40-50 rue du Cardinal Lemoine, Paris 75005), qui a dénoué l’affaire. C’est grâce à elle en effet que nous pouvons aujourd’hui vous proposer la liste ci-dessous pour une lecture estivale pleine de frissons et d’effroi à l’endroit des architectes.
Pour vous présenter cette liste d’ouvrages, nous avons découpé le genre en plusieurs thèmes récurrents.
1) Les ouvrages dans lesquels un architecte assassine et/ou est assassiné, les plus rares et, hélas, les plus souvent épuisés (A noter que les Anglo-saxons trucident leur architectes plus souvent que les Latins) :
L’architecte assassin (Peter Ackroyd, Le Promeneur ; épuisé) : mystère autour de l’architecte du château Houard au XVIIème siècle.
La maîtresse de l’architecte (James Bradberry, Librairie des Champs Elysées (LCE)/Le Masque ; épuisé) : une version inconnue d’une œuvre d’Eskins conduit un architecte, celui qui avait disparu avec la paye de ses employés, à la ruine.
Le piège de l’architecte (Douglas Preston, Laffont ; épuisé) : un architecte a conçu un piège diabolique pour trucider tous ceux qui tentent de s’emparer d’un trésor sur une île de Nouvelle Angleterre.
Mariage impossible (Anne Perry, 10/18) : de la difficulté de refuser la main de la fille de son meilleur client.
La mélancolie des ruines (James Bradberry, Librairie des Champs Elysées/Le Masque ; épuisé) : quand on fait un sort, mauvais, au mandarin, l’université, aussi prestigieuse soit-elle, a du mal à s’en remettre.
Meurtre au carnaval (Tami Hoag, Pocket) : un architecte est soupçonné du meurtre d’un promoteur sur fond de scandale en Louisiane (A noter que dans ce roman, le soft porn rejoint l’architecture et les corps sanguinolents, tous les ingrédients du thriller donc).
Le septième sacrement (James Bradberry, Librairie des Champs Elysées/Le Masque ; épuisé) : un maître d’ouvrage invite six architectes pour lui présenter son projet de siège social. Dès le lendemain, l’un de ces hommes de l’art est assassiné. Hasard ?
2) Les ouvrages liés aux passages secrets et autres labyrinthes. (A noter que la collection de LCE s’intitule justement… labyrinthes)
Le labyrinthe du pharaon (Serge Brussolo, Livre de poche) : roman d’épouvante à l’hémoglobine généreuse, à vous décourager de construire des pyramides.
Le jobi du racati (Del Pappas, Editions Jigal) : un jobi, à Marseille, est un… ? (Demander la réponse à Rudy Ricciotti). Où il est question d’un souterrain sous le vieux port ! Langage truculent à souhait.
L’homme du soir (M.O. Hayder, presses de la cité) : un roman épouvantable, publié en 2001, dans les milieux pédophiles où l’horreur est liée à des passages secrets dans les combles d’une cité pavillonnaire.
Vert de gris (Viviane Moore, LCE) : Passages souterrains à Provins, à vous dégoûter de la Seine-et-Marne
Causes mortelles (Ian Rankin, Editions du Rocher) : La ville souterraine d’Edimbourg, en Ecosse, est la protagoniste d’une intrigue enlevée ; à lire en plein jour.
La roue de Ste Catherine (Patricia Wentworth, 10/18) : Une auberge perchée au bord d’une falaise, du vent mauvais et des embruns, des descendants qui accourent… Que recèlent les vieux murs ?
3) Les mystères liés au patrimoine (non cela n’a rien à voir avec la Cité de l’architecture ou le Musée des monuments français)
Bleu sang (Viviane Moore, LCE) : meurtres mystérieux lors de l’édification de la cathédrale de Chartres en 1143.
Les piliers de la terre (Ken Follet, 2 vol., Stock) : grand classique du genre ; mystères en série lors de l’édification d’une cathédrale en Angleterre au XIIe siècle.
Une main dans la tombe (Peter Lovesey, Masque) : Etranges et macabres découvertes dans une crypte sise sous l’Abbaye de Barth.
Opération providence (Gonzalo Lira, Flammarion) : lutte de pouvoir dans les catacombes du Vatican. Quand les Italiens s’y mettent, ce n’est pas piqué des vers.
Le chat qui vivait haut et Le chat qui connaissait un cardinal (Lilian Jackson Braun, 10/18) : Préserver un gratte-ciel des années 30 ou rénover une grange à pommes en Illinois, rien de plus simple, sauf que…
4) L’enfer urbain
Le chien de minuit (Serge Brussolo, Livre de poche) : Le toit des gratte-ciel est un espace libre. A voir car veille le chien de minuit. Par l’un des meilleurs spécialistes français.
Une étrange ambition (Kay Mitchell, LCE) : Il y a urbanisme et urbanisme. Avis à tous les étudiants.
Trésor en péril (David Williams, Club des masques) : De la difficulté de vouloir faire classer un monument quand des promoteurs ont déjà prévu au même endroit un projet d’urbanisme…
L’ivresse des dieux (Laurent Martin, série noire) : «Marne la Vallée c’est moins laid la nuit que le jour», explique Max Ripolini, flic municipal. Et quand on sait ce qu’il découvre la nuit…
Ca (Stephen King, livre de poche) : un classique par l’un des maîtres du genre. Bienvenue en suburbia americana.
Sliver (Ira Levin, Denoël) : pour tous ceux qui n‘ont pas encore vu le film avec Sharon Stone et William Baldwin. Habiter une tour ? Super, comme on dit à Paris.
La tour d’Abraham (Philip Kerr, Masque) : Une extrapolation outrancière et humoristique autour du bâtiment contemporain
A noter enfin la nouvelle collection ‘Noir urbain’ (Editions Autrement) dirigée par Claude Mesplède, un spécialiste du genre, dont les intrigues sont centrée sur un quartier ou un endroit précis d’une ville. Avec des oeuvres de Jean-Bernard Pouy notamment.
Christophe Leray