
La création, signée WB&A, de l’extension contemporaine de la Médiathèque du Creusot (71), directement inspirée de l’esthétique et de la rationalité de l’architecture industrielle, s’est accompagnée d’une réorganisation et d’un recentrage des espaces autour de l’ancien logement de la gardienne devenue entrée principale. Pour le plus grand bonheur, quantifié, des usagers.
Madame Milène Mariello est directrice, depuis 2004, de la médiathèque du Creusot. C’est donc elle qui a pris livraison en septembre 2007 de l’extension contemporaine de 1.000m² (2.150m² rehab+extension) signée de l’architecte Antoine Weygand (Weygand Borromée Badani & Architectes / WB&A). A ce titre elle est sans doute, après plus d’un an d’usage, la mieux à même d’en parler. Surprise par la visite non annoncée du journaliste, elle s’exprime en toute sincérité. «Nos usagers sont très très satisfaits à la fois par de nouveaux services (multimédia, plus de surface, réorganisation des collections, etc.) et par le lieu,» dit-elle. Elle en veut pour preuve que le nombre des inscriptions a «beaucoup augmenté», passant en un an, depuis l’inauguration, de 3.700 à 5.000 adhérents.
Ce qui en dit long d’ailleurs sur l’attractivité de l’ouvrage puisque Le Creusot ne compte que 25.000 habitants ; c’est-à-dire que, toutes générations confondues, 20% des habitants fréquentent la médiathèque. «Nous sommes au-dessus des statistiques nationales et le prêt de documents, jusqu’à 2.000 le samedi, a été multiplié par deux,» se réjouit-elle. Avant de conclure : «C’est un bâtiment ouvert, clair, lumineux ; les Creusotins sont très fiers de leur médiathèque».

Antoine Weygand, avant d’entamer la visite, se souvient des intentions exprimées par le maire, André Billardon*, lors du concours. «Il souhaitait que le bâtiment se voit, qu’il donne sur la rue, qu’il marque l’entrée de la ville et instaure un dialogue avec son environnement,» raconte l’architecte. «Il n’y avait pas de non-dit donc tu comprends sa politique donc tu réponds correctement,» explique Antoine Weygand. CQFD.
La première bonne idée fut de préserver ‘le pavillon de Lucette’, la gardienne, pourtant promis à démolition dans de nombreux projets du concours, pour en faire l’entrée et le centre de gravité du nouvel ensemble. «Il me semblait important de soutenir l’architecture existante pour que les deux bâtiments forment un tout,» explique l’architecte. Du coup, si le nouvel équipement se développe sur 110 mètres, l’entrée crée un lien autant qu’une rupture dans une façade composée de deux parties extrêmement distinctes, entre le bâtiment des anciennes écuries (premier usage du bâtiment existant) et l’extension contemporaine, entre le toit de guingois du pavillon et la ligne pure de l’addition.
Ce parti pris architectural a permis d’installer la totalité du bâtiment dans la continuité urbaine marquée par la rue Edith Cavell tout en permettant, en tirant profit du dénivelé, la création d’une place haute et d’une place basse. «C’est ce qui permet de redonner à la médiathèque une vraie dimension de bâtiment public,» assure Antoine Weygand. Tout en reliant la médiathèque au magnifique parc de la Verrerie auquel elle est adossée.

En effet, une première extension, datant des années 80, même si elle offrait des accès en terrasse, tournait le dos au parc. Cette fois, Antoine Weygand a fait le choix de s’y «immiscer», c’est-à-dire que l’un des volumes de l’extension s’est littéralement glissé entre les premiers arbres du parc, qui furent scrupuleusement relevés. L’accueil, judicieusement placé à l’articulation de tous ces éléments disparates finit d’unifier le tout, à l’intérieur cette fois. «Nous avons souhaité proposer une solution architecturale simple qui se marie avec la partie existante pour ne former qu’une seule entité architecturale et homogène,» ajoute-il. Cette simplicité, qui apparaît désormais comme une évidence, est sans doute la première qualité de l’ouvrage.
Si le «travail de socle» contribue à ancrer la nouvelle médiathèque dans son contexte urbain par la définition des interfaces, la seconde bonne idée fut d’imaginer une salle d’animation toute hauteur sur la place basse. Ce grand volume rompt soudain la logique d’un mur de soutènement, qui serait devenu, à cet endroit, un mur aveugle, tout en invitant (la salle dispose de son propre accès) à un usage diversifié (spectacle, rencontre, colloque, etc.) de celui d’une simple salle de lecture, fonction première du reste de l’extension. Dommage que les gradins en escalier imaginés par l’architecte n’offrent pas toute la souplesse d’utilisation souhaitée par Milène Mariello, la directrice, -«la salle est très jolie mais pas des plus fonctionnelle,» dit-elle – et que quelques erreurs en ventilation en rendent difficiles le rafraîchissement au plus fort de l’été ou le chauffage au plus froid de l’hiver. Rien qui ne puisse être rectifié à l’avenir mais qui témoigne cependant qu’à l’époque du concours, aucun aspect ‘développement durable’ n’était inclus dans le programme.

Ce qui n’avait pas empêché Antoine Weygand d’y réfléchir. Grandes baies vitrées largement ouvertes au nord et protégées par les arbres du parc, grandes baies vitrées au sud protégées par des pare-soleil, des sheds en toiture, la lumière est abondante quel que soit l’endroit où l’on se trouve dans l’extension. A tel point que, lors de la visite, la seule lumière naturelle suffisait amplement à l’usage de la salle de lecture. De plus, «le jeu de pleins et de vides permet des cadrages successifs de l’intérieur de la médiathèque et propose des vues sur le nouveau jardin tandis que les trames successives de la façade permettent, par le jeu des transparences, de communiquer avec la ville,» explique Antoine Weygand.
Lequel tient ici à rendre grâce à l’entreprise Protoy (façadier menuisier à Dijon) qui «a fortement contribué à la réussite du projet par la qualité du travail de mise en œuvre sur l’ensemble des grands éléments vitrés et par leur force de proposition sur les caractéristiques des vitrages, vitrages à faible émissivité et de coefficient U 1.1 non compris au marché à la base». Antoine Weygand salue par ailleurs le savoir-faire et l’implication de l’entreprise de couverture UTB pour le travail de pliage réalisé sur les pare-soleil en zinc ; «ils ont joué le jeu comme si j’étais Norman Foster,» dit-il.
Si la continuité avec l’existant est évidente et s’exprime par un gabarit identique, la partie extension revendique cependant une modernité sans concession, directement inspirée de l’esthétique et de la rationalité de l’architecture industrielle : régularité de la trame, charpente métallique, système modulaire, toiture en sheds, éléments de remplissage en complément d’une structure primaire … Une rationalité industrielle qui convient parfaitement à Antoine Weygand pour qui l’acier est autant un hommage à l’histoire du Creusot qu’une façon de «tout montrer» de l’architecture, «ce que ne fait pas le béton». «L’architecture doit parler toute seule et ne peut pas être uniquement justifiée par le verbe,» estime l’architecte. La charpente se passe en effet de commentaires (avec un nouveau coup de chapeau de l’architecte au petit bureau d’études de Franck Torres qui l’a entièrement modélisée) et chaque fonction permet une lecture simple (encore) du bâtiment.

Antoine Weygand n’exprime qu’un seul petit regret. Il avait imaginé une mise en valeur de la nouvelle bibliothèque par la création d’un parvis public pouvant recevoir des expositions temporaires d’art contemporain. Des sculptures font d’ailleurs partie des images du concours. Las, ce parvis a été… planté. Ce dont ne s’offusque guère l’architecte ; «à un moment il faut leur donner le bâtiment,» dit-il en riant. De même a-t-il «lâché prise» concernant le mobilier et la signalétique.
Et pourquoi pas. La première remarque du chauffeur de taxi, entre la gare et la médiathèque – nul besoin de donner l’adresse, d’ailleurs le bâtiment s’appelle simplement La Médiathèque – fut de préciser, à son propos : «il y a du monde». Et la conclusion de Milène Mariello, pour y vivre tous les jours depuis un an et demi, résume, mieux que n’importe quelle critique, le sentiment général des Creusotins. «Le bâtiment fonctionne bien dans son environnement et, à l’intérieur la jonction est bien faite entre l’ancien et le nouveau ; c’est un beau bâtiment,» dit-elle.
Christophe Leray
*André Billardon : Député de Saône-et-Loire depuis 1978 et ancien ministre délégué à l’Energie (auprès de l’industrie et du commerce extérieur) dans le gouvernement Bérégovoy1.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 22 avril 2009