
L’action des gouvernements français, depuis 40 ans disons, s’apparente à ces sirènes qui retentissent trop tard, après les bombardements. La faute à l’administration peut-être. Toutefois, en 2026, comme dirait Ulysse, les sirènes chantent l’alarme et les mauvaises nouvelles tandis que sonne le glas du confort d’été.
Bon cela commence à ressembler à la panique. Une seconde canicule hors normes en un mois à peine, avant l’été, et soudain les alarmes rugissent partout. Une bonne partie des Français découvre par exemple qu’il n’y a pas assez de piscines, que celles qui existent sont souvent obsolètes et que la construction de nouvelles est souvent hors budget pour une commune ou communauté de communes.
Je me souviens d’une photo un peu floue. En juillet 2017, à l’heure d’une pénurie de piscines à Marseille, qui de plus étaient fermées pendant les vacances d’été, Etc., un collectif d’architectes-urbanistes, avait mis en scène un groupe de femmes du quartier de la Belle de Mai afin d’interpeller la mairie sur la réappropriation possible d’un délaissé urbain et la nécessité de réintroduire l’eau dans l’espace public. Architecture politique ? Nous étions en 2017 ! Depuis, à chaque canicule, le pays redécouvre dans l’urgence le manque de piscines publiques. Rien que le dimanche 21 juin 2026, compter 13 morts par noyade.
Ha et les sirènes qui retentissent dans les écoles. Faut-il fermer l’établissement, ne pas fermer, quelles sont les règles ? Ouvrir ou fermer la fenêtre ? Parce qu’évidemment, comme dirait Vulcain ex-Jupiter,* « qui aurait pu prédire ? ». Pas lui en tout cas, au pouvoir depuis onze ans déjà et qui, comme sœur Anne, n’a rien vu venir. D’ailleurs, sans la canicule, ce n’est pas comme si l’enseignement public en France ne comptait pas déjà de multiples urgences.
Tiens les alarmes dans les transports, et je ne parle pas de l’odeur de sueur rance de ceux en commun. À chaque canicule, des trains en panne en pleine voie, voire carrément supprimés, en attendant la pluie ou décembre. Entre Paris et Bordeaux par exemple, un axe pourtant majeur comme un doigt d’honneur à la start-up nation ! Cela nous invite à bien comprendre que la canicule est la raison pour laquelle des pays tropicaux comme la Chine, le Japon, l’Inde n‘ont jamais développé le train. Ha bah si, à des vitesses vertigineuses… Oui, nous ne vivons plus dans le même monde mais personne à la SNCF depuis quarante ans que les scientifiques alertent n’a anticipé les problèmes, alors même que chaque année est toujours plus chaude que la précédente ? Mais bon, en France, comment prédire ? Les rails qui fondent et les caténaires en rade, ce ne peut être que la faute à pas de chance.
Écoutons le tonnerre des alarmes dans le logement. Sans parler de la crise profonde que traverse le secteur, à coups d’étiquettes qui font ressembler les immeubles à des pots de yaourt industriels, combien de temps a-t-il fallu aux énarques et aux députés pour se poser la question du confort d’été ? Allo ! Eux non plus ne pouvaient pas prédire qu’en 2026, les sirènes hurleraient en même temps dans les hôpitaux, dans les EHPAD, dans les crèches, dans les gendarmeries et commissariats, dans les prisons, parce qu’en temps ordinaire, évidemment, tout va bien dans les hôpitaux, les EHPAD, les crèches, les gendarmeries et commissariats, les prisons… Et dans les logements, et aux Urgences donc ! Sinon, comme en Afrique, la sélection naturelle, affectant par définition les plus fragiles, participera à l’équilibre du financement des retraites !
Sans oublier demain, tout à l’heure, les alertes épouvantables à propos de l’eau en trombes phénoménales et les inquiétudes persistantes pour ce qui concerne sa potabilité. Compter encore les couleurs rouges tempête, le trait de côte disparu au large et les urgences sanitaires quand les insectes bardés de nouvelles résistances artificielles, et par conséquent porteurs de moult virus originaux, s’épanouiront pour atteindre la taille d’un pouce.
Il faudrait imaginer un sursaut d’intelligence à l’échelle de la planète mais avec des dirigeants tels Trump, Poutine, Xi Yiping et toute leur clique, le glas peut bien sonner à toute volée, comme dirait Hemingway, il n’y a rien à espérer. D’ailleurs, plus proche de chez nous, si Vulcain ex-Jupiter avait une quelconque vision – à part le réarmement démographique décidé par les chefs de guerre, sans même parler d’une politique autre que de décrotter les gros sabots de la FNSEA – depuis dix ans qu’il est là, s’il avait une vision donc, cela se saurait. Comme, question squelette il manque de calcium, il n’y a pas grand-chose à espérer de ce côté-là non plus et ce ne sont pas les mesures « d’urgence » du gouvernement Lecornu, qui sont à la politique ce que le bricolage est à l’architecture, qui y font et feront quoi que ce soit. Un plombier polonais ne ferait pas moins bien !
Méfiance pourtant pour ministres et consorts. Depuis le film de Spike Lee Do the Right Thing (1989), chacun sait comment peut dégénérer une trop chaude journée d’été. D’ailleurs, chacun, normalement, a compris que, au-delà des éléments scientifiques incontestables, quand les alarmes se mettent à rugir partout toutes ensemble, effets de seuils et réactions en chaîne sont à craindre. D’évidence, nous sommes partis pour des lendemains que nous peinons à imaginer.
Puisque nous ne pouvons pas compter sur les politiques, courageusement architectes et ingénieurs – pas tous – et quelques maîtres d’ouvrage cherchent et trouvent des solutions contextuelles et économes, quand une administration tatillonne ne les en empêche pas. Pour autant, en prenant en compte que la grande majorité du patrimoine immobilier du pays a été bâtie sur une autre planète, certes aujourd’hui des écoles, des logements proposent des solutions compensatoires souvent astucieuses et utiles mais la raison indique qu’elles risquent d’être obsolètes dès 2050. Dans moins d’une génération ! Que se passe-t-il alors ?
Disons simplement que ce ne sera plus comme avant. Mais le pire est-il sûr ? Voire…
L’extrême droite, partout, de tout temps laisse son pays en ruines quand il en a fini avec elle. Trump, Poutine et toute la bande de réacs qui, y compris en République, font les cacous aujourd’hui – la terre est plate et dieu existe – ne sont pas immortels. Il y aura en conséquence toujours la place, à un moment ou un autre, pour les hommes et femmes raisonnables et de bonne volonté d’inventer de nouveaux modes de vie dans de nouveaux paysages avec de nouveaux usages de la ville et de la campagne. Il n’y a d’ailleurs aucune raison de penser que nos descendants feraient moins bien que nos prédécesseurs. Ce ne serait guère leur porter d’estime.
Un peu de patience donc puis, sur les décombres, faire au mieux. La France a bien tenu 75 ans avec les valeurs du Conseil national de la Résistance nées de la désastreuse seconde guerre mondiale. Les Français de 2050 devront bien faire avec le monde qui sera le leur et, qui sait ?, la moindre canicule ne mettra peut-être pas le gouvernement au bord de la crise de nerfs.
Christophe Leray
* Pour en savoir plus concernant l’origine de Vulcain ex-Jupiter, lire : Sonotone, livré par Amazon, à l’attention de l’Uber président