
C’est le troisième dôme de chaleur en deux mois et le ministère de la Culture n’en peut mais et se contente d’une communication lénifiante. Pourtant, peut-être que le meilleur refuge en cas de canicule est un musée près de chez soi.
Depuis la première vague de chaleur en juin 2026 – il faudra bien finir par leur donner des petits noms, comme aux ouragans – nous avons tous entendu parler des dispositions prises par quelques généreux centres commerciaux et autres patrons conciliants permettant aux enfants de leurs salariés ou des écoles de bénéficier de la climatisation. Entre les melons et l’imprimante, de constater que « les temples du commerce et les usines à cols blancs ont pris leurs dispositions à temps pour n’interrompre ni la production, ni la vente », comme le relate Jean-Philippe Charon dans sa chronique. *
Les architectes sont de dociles boucs émissaires et sont mis en cause dans les médias paresseux pour les appartements, écoles, collèges et lycées en surchauffe, les mêmes médias comptant avec une joie compassée les morts dans les hôpitaux, les Ehpad, les crèches, les lieux de soins. Les femmes et hommes de l’art répondent pourtant à un programme et un budget précis fixés par leurs clients, élus de la République ou non ! Les maîtres d’œuvre sont généralement pieds et mains liés et les prendre pour cible est « tout aussi scandaleux et stupide que si l’on incriminait le corps médical pour l’impréparation nationale face à l’arrivée du Covid », s’insurge l’architecte Philippe Vignaud (RVA). La preuve, les permis de construire des immeubles de bureaux et des centres commerciaux sont signés par des architectes. Tout comme ceux des musées.
Alors pourquoi, quitte à chercher une fraîche destination, plutôt que les bureaux du patron paternaliste ou le confort de l’hyper consommation, ne pas se réfugier dans les musées ? Ils sont souvent climatisés – aux frais de la princesse, c’est le cas de le dire – pour la protection des œuvres et il est permis d’imaginer que quiconque passe une après-midi réfrigérée dans un musée plutôt qu’au centre commercial ou au fast-food finira sa journée moins sot qu’il ne l’a commencée. Imaginez le gain sur le niveau de QI de la population au bout d’un été caniculaire ! Vive la canicule qui rend intelligent ! Ça marche quel que soit le musée ! Il y en a toujours un pas loin, même près des plages.
D’ailleurs, rentrer le soir chez soi sain et sauf, rafraîchi et moins andouille qu’en partant, ça marche aussi avec les bibliothèques, les médiathèques, les artothèques et en tout lieu en thèques qui ne vend pas de pastèques mais construit par des archithècques consciencieux. Encore faut-il que ces établissements publics aient envie, et les moyens humains sans doute, d’accueillir gratuitement ou presque ces hordes de réfugiés climatiques.
La raison sans doute pour laquelle les fonctionnaires de la rue de Valois ne se sont pas trop énervés pour attirer les foules, eux qui invitent (9/07) – c’est officiel** – à adopter « quelques réflexes pour éviter les risques », dont en premier lieu :
– Bien s’hydrater.
– Éviter l’alcool.
– Manger sainement.
– Ne pas s’exposer au soleil.
– Éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes.
– Fermer ses volets et fenêtre en journée, aérer la nuit.
– S’humidifier régulièrement le corps.
– Veiller sur soi et ses proches.
Autant dire que, grâce sans doute à la clim à fond, personne n’a disjoncté pendant le brainstorming du ministère de la Morale et du Bon sens.
Il faut imaginer la conversation du fonctionnaire rentrant chez lui :
– Comment a été ta journée mon chéri ?
– Ha, ma chère, je suis épuisé.
– Pauvre chou, la clim était encore en panne au ministère ?
– Non, mais rends-toi compte, sachant que « les fortes chaleurs peuvent causer des troubles rapidement, notamment chez les personnes les plus fragiles » – excuse-moi, je me cite – j’avais moins d’un mois pour rédiger le communiqué officiel du ministère, distribué aux médias du monde entier.
– Ha, tu veux une aspirine ?
Certes, les mêmes employés de l’État, tous BAC+5 au moins, indiquent sans autre précision que « certains lieux de culture peuvent vous permettre de vous mettre au frais : cinémas ; musées ; salles de spectacle ; bibliothèques et médiathèques ; espaces aquatiques ». STOP. comme on dit en style télégrammiste pour ne pas en dire plus. Ces lieux « peuvent » vous protéger donc mais ce n’est pas sûr, comme le métro de Kiev peut-être. Trop d’empathie tue l’empathie. Si nous ne sommes pas sauvés, avec ce communiqué rédigé par ChatGPD pour les nuls, c’est à désespérer des gens cultivés.
Au moins, ce n’est pas l’improvisation qui règne au ministère des architectes. La preuve, le Louvre en surchauffe doit fermer à 16h au lieu de 18h en période canicule. En 2050, le Louvre se visitera la nuit entre minuit et 6h ! Vite un concours « Born again » comme dirait Georges Bush junior !
Pourquoi pas justement, à l’inverse, quand la température dépasse 30° par exemple, d’ores et déjà garder les musées ouverts jusqu’à minuit, voire plus tard, pour conserver la population au frais et physiquement autant qu’intellectuellement alerte ? La nuit des musées, on sait faire pourtant…
C’est le moment donc – mieux vaut tard que jamais – pour le ministère de la Culture, quel que soit le Mickey*** à sa tête, d’engager une vraie campagne de communication : « Face à la canicule, restez au frais dans nos musées et nos châteaux ». Un peu d’imagination – les albums des jeunes designers de ventilateur – un zeste de culture, les douves exceptionnellement ouvertes pour faire frissonner les visiteurs, beaucoup de dignité dans l’accueil de tous et c’est la France entière qui, au sortir de cet été caniculaire, s’en trouverait à l’automne heureusement surprise d’être moins conne qu’au printemps et, surtout, moins désespérée face à la mondialisation et des emmerdes qui en 2027, comme le soutient à raison Michel Audiard, promettent de voler en escadrille.
Et puis, se réfugier au château, souvent perché sur un éperon, ça marche aussi quand il pleut à seaux ! Le ministère de la Culture, après la canicule, quand la bise sera venue, saura-t-il à l’automne anticiper le déluge ?
Hum, il nous enjoindra sans doute de porter des bottes…
Christophe Leray
* Lire la chronique Partager la fraîcheur avec Charlotte Perriand au Musée de Grenoble
** Lire le communiqué lénifiant du ministère de la Culture : Fortes chaleurs : la culture au frais
*** Lire l’édito Rachida 5 sur le départ, quel Mickey 6 pour le ministère de la Culture ? (Chroniques, septembre 2025)