
Ce qui est fascinant, en observant les cartes géographiques, ce sont les océans, les déserts, les forêts, les montagnes et ces lieux vierges qui n’attendent qu’à être découverts. Chronique de l’architecte Jean-Pierre Heim.
Aller sur les traces d’explorateurs, découvrir et dépasser son destin pour l’inconnu. Immortaliser avec des dessins, telle est pour moi la meilleure gravure de ma mémoire. La photo est le moment, le dessin est pérenne. Le dessin exalte le trait et crée l’imaginaire, prend l’essentiel de l’image et je peux ainsi créer ma propre composition. Ma vision avec le trait.
Manier une plume et un petit flacon d’encre de Chine, où toute tache est interdite, est une expérience inoubliable. Elle est bien vite remplacée par des rapidographes, puis par des stylos à encre indélébile, afin d’éviter que l’encre des stylos à feutre, à base d’eau, ne disparaisse avec le temps.
Le voyage n’est pas seulement l’apprentissage des lieux et de leur histoire, ni la découverte de sites géographiques. C’est bien plus que cela : c’est l’apprentissage des autres, des hommes, et la rencontre d’étrangers qui nourrissent votre savoir par l’échange. Tout cela fait partie de la culture de l’exploration.
Ce qui est fascinant, en observant les cartes géographiques, ce sont les océans, les déserts, les forêts, les montagnes et ces lieux vierges qui n’attendent qu’à être découverts. Il est fascinant de voir ces terres frappées par la sécheresse ou inondées, ou ces forêts et montagnes rudes, si difficiles à pénétrer. Ces paysages désertiques enfouissent-ils encore des trésors et des civilisations oubliées ?
L’archéologie est la base de ma vision du futur à travers mes réalisations architecturales car elle offre un lien direct avec les racines de la construction humaine. Lorsque je me plonge dans l’étude des civilisations anciennes, je découvre des méthodes, des matériaux et des approches qui respectent l’environnement et répondent aux besoins des sociétés de manière durable. En intégrant ces leçons dans mes conceptions actuelles, j’honore ce savoir tout en le réinterprétant pour répondre aux exigences contemporaines.
Je vois dans les vestiges du passé une source d’inspiration pour des constructions qui traversent le temps. Chaque structure que je conçois porte en elle cette quête de durabilité et d’harmonie avec son environnement, comme ces monuments qui ont résisté aux siècles. En explorant le passé, j’apprends à bâtir pour demain, avec des matériaux et des techniques qui assurent une longévité bien au-delà de notre époque.
En voyageant et en dessinant des vestiges anciens, dont de nombreux sites classés par l’UNESCO, j’ai appris à observer les détails et à comprendre les matériaux utilisés. J’ai compris comment les sites géographiques étaient le socle des civilisations urbaines, façonnés par leur climat, leurs ressources minérales et énergétiques. J’ai aussi observé comment les déserts, autrefois habités par des oasis, ont été abandonnés à cause de la sécheresse, que ce soit à cause d’erreurs humaines ou de changements climatiques.
L’archéologie invite aussi à un dialogue entre l’histoire et l’innovation. J’aime m’inspirer des formes, des motifs et des symboles anciens pour créer des bâtiments qui s’inscrivent dans le tissu culturel et historique de leur lieu. Chaque projet devient alors une conversation entre le passé et l’avenir, une continuité visuelle et symbolique entre ce qui a été et ce qui sera.
Je suis fasciné par l’idée que l’archéologie révèle des cycles dans l’histoire des civilisations, des périodes de prospérité, d’effondrement et de renaissance. Cela m’amène à penser l’architecture comme une réponse aux changements constants de notre monde.
Hegra (Mada’in Salih) – ancienne ville nabatéenne en Arabie saoudite, située à Al-‘Ula, près de la province de Médine. C’est la deuxième plus grande ville nabatéenne après Pétra, en Jordanie, et le site nabatéen le plus méridional. Ce site archéologique possède une grande importance historique, avec des tombes monumentales bien préservées, ornées de façades décorées datant du 1er siècle avant J.-C. au 1er siècle après J.-C. On y trouve également environ 50 inscriptions pré-nabatéennes et des dessins rupestres, offrant un aperçu unique de la civilisation nabatéenne.
En Arabie saoudite, le site de Hegra à AlUla abrite sa tombe la plus impressionnante, Mada’in Salih. Avec 111 tombes monumentales, dont 94 décorées, et un réseau de puits, ce site illustre l’expertise avancée des Nabatéens en architecture et en ingénierie hydraulique. Plus grand site nabatéen dans la région sud de leur empire, Al-Hijr constitue un trésor archéologique remarquablement bien préservé. Ses tombes et monuments, sculptés dans le grès avec une grande précision, témoignent de la maîtrise artistique et technique de cette ancienne civilisation.
Le Khazneh, également appelé le « Trésor du Pharaon » ou Khasneh, est l’un des monuments les plus célèbres de Pétra, en Jordanie. Cette impressionnante tombe nabatéenne taillée dans la roche possède une façade monumentale en grès et constitue une attraction touristique majeure. Construite vers le 1er siècle avant J.-C., son architecture s’inspire du style alexandrin, rappelant les décorations des villas de Pompéi. Elle est considérée comme le tombeau d’un souverain nabatéen, probablement le roi Arétas IV, décédé en 40 après J.-C.

En Jordanie, Al-Deir (« Le Monastère ») est une structure monumentale taillée dans la roche à Pétra. Sa façade mesure environ 48 mètres de large et 47 mètres de haut. Construite au milieu du 1er siècle après J.-C., elle était probablement un temple nabatéen dédié au roi divinisé Obodas Ier. Durant la période byzantine, elle fut transformée en monastère chrétien, ce qui lui valut son nom actuel. L’intérieur comporte une grande salle avec un podium à l’arrière. Les visiteurs accèdent à Al-Deir après avoir gravi environ 800 marches taillées dans la roche.
Méroé, une ancienne ville de Nubie et capitale du royaume de Koush, était un centre clé à l’époque méroïtique. Elle est célèbre pour ses pyramides aux pentes abruptes et ses tombes bien préservées. Plus de 200 pyramides se trouvent dans la même région, témoignant de la richesse et du savoir-faire de la civilisation koushite. Site archéologique majeur, Méroé est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2003, reconnaissant son importance dans l’histoire africaine et ses liens avec l’Égypte pharaonique et l’Afrique subsaharienne.
Le temple de Kom Ombo, aussi appelé le « Temple du Crocodile », a été construit entre 180 et 47 av. J.-C. sous Ptolémée VI, avec des ajouts réalisés durant la période romaine. Son architecture unique comprend deux sections identiques, chacune avec ses propres entrées, salles, cours et sanctuaires, dédiées à deux dieux : Sobek, le dieu crocodile de la fertilité et de la création, et Horus, le dieu faucon de la royauté, de la chasse et de la guerre, fils d’Isis et d’Osiris. Le temple est situé sur un promontoire rocheux le long d’un méandre du Nil, à environ 40 km au nord d’Assouan.
Un sadhu à Varanasi. Un sadhu est un ascète hindou en Inde qui renonce à la société pour rechercher le moksha, ou la libération spirituelle. Son objectif est d’échapper au cycle des renaissances et de fusionner avec le divin. Les sadhus coupent les liens avec leur famille, possèdent peu ou rien, et portent des vêtements simples — safran pour les shivaïtes, jaune ou blanc pour les vishnouïtes, symbolisant la sainteté. Ils vivent sans domicile fixe, parcourant l’Inde et le Népal, comptant sur les dons des fidèles pour se nourrir.
Monastère de Rumtek, Sikkim : Le Centre du Dharma Chakra de Rumtek, le plus grand monastère du Sikkim, se dresse à 5 500 pieds au-dessus du niveau de la mer sur une colline surplombant Gangtok. Orné des couleurs vibrantes de l’art sacré, le monastère est entouré de quartiers de moines qui prient plusieurs fois par jour. Les moines au chapeau rouge y sont installés, et ces bâtiments entourent une vaste cour pavée. Cette cour sert de scène aux danses rituelles des lamas, exécutées pour marquer les dates importantes du calendrier bouddhiste tibétain.
Un homme yéménite mâchant du khat. La Madrasa est une madrasa-mosquée historique située à Taïz, au Yémen, au pied du mont Sabr, dans la partie sud-ouest de la ville. Réputée pour son architecture distinctive et élégante, elle est considérée comme l’un des monuments les mieux préservés de Taïz. Aux côtés de la mosquée Mudhaffar, elle occupe une place importante dans l’histoire islamique du Yémen.
Égypte : Le pharaon Akhenaton est célèbre pour avoir transformé la religion égyptienne en remplaçant le culte de nombreux dieux par celui d’un seul, Aton. Les experts ne s’accordent pas sur le fait qu’il croyait véritablement en un dieu unique ou s’il favorisait simplement Aton par rapport aux autres. Après sa mort, ses réformes religieuses furent annulées : ses temples furent démantelés, ses statues détruites et son nom effacé des archives par les souverains qui lui succédèrent.
Jean-Pierre Heim, architecte
“Travelling is an Art”
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