L’idée que portaient les concours d’architecture, tels qu’ils étaient imaginés dans l’esprit de la loi de ‘77 sur l’architecture, est aujourd’hui dévoyée.* Faut-il pour autant en finir avec les concours ? Une nouvelle tribune,** sous forme de fabliau, relance le débat.
L’architecte, le paon et le concours
Dans un royaume où l’on rêve plus que l’on bâtit,
Vivait un Paon fameux, à la roue toujours sortie.
On le disait rebelle, poète et esprit libre,
Génial, et sortant régulièrement un calibre.
Il pestait contre les règles, les jurys, les délais,
Les dossiers trop chargés, les cadres trop épais.
« Jadis l’Art était pur, aujourd’hui tout s’abîme,
Le concours est un jeu vain, il n’est plus légitime ».
Il parlait haut, le Paon, fort de sa renommée,
Lui que les royaumes avaient souvent appelé.
Car s’il dénonçait l’élite et ses rites feutrés,
Il en fut, sans détour, l’un des mieux doté.
Il parlait de manière solaire, arbitrait débats et querelles.
Les oreilles à l’écoute regroupaient tous ses fidèles.
Brillant par ses discours, superbe en ses colères
Il tonnait contre un monde qu’il avait vu prospère.
Mais au pied de l’arbre, une Fourmilière travaille :
Jeunes bêtes studieuses, courbées sur la paille.
Cent dossiers pour un seuil, cent nuits sans repos,
Espérant qu’un concours leur entrouvre l’étau.
Le Paon, d’en haut, proposait un remède radical :
Abolir la règle, le cadre, le rituel mais au ton brutal.
« Supprimons les concours ! » clamait-il sans détour,
Certain que le talent suffirait et s’en tirerait toujours.
Car la loi est pesante, souvent malhabile,
Mais elle protège encore ceux qui sont sur le fil.
Elle n’est pas parfaite, mais elle paie le travail,
Et sans elle, l’arbitraire régnerait sans détail.
Le Paon rêvait d’un âge ancien et fastueux,
Où le Roi choisissait l’Artiste audacieux.
Il oubliait qu’alors, sans pain ni salaire,
Peu bâtissaient longtemps sans fermer leur tanière.
Il se fit discret, dit-on, quand le Louvre appela,
Espérant qu’un choix direct passerait par là.
Car l’on critique aisément ce qui semble pesant
Quand on en dépend tous depuis bien longtemps.
Morale
Il est peu glorieux, même pour un Paon solaire,
De dénigrer l’échelle qui l’a porté vers la lumière.
Réformer n’est pas abolir, vieillir n’est pas savoir :
La sagesse est un travail, pas qu’un effet de mémoire.
Xavier Gonzalez
Architecte DPLG
Professeur à l’école d’architecture Paris Malaquais
*Lire la tribune Il est temps d’en finir avec les concours d’architecture ! (Francis Soler – 6 janvier 2026)
** Lire la tribune Il est temps de redémarrer avec les concours d’architecture ! (Xavier Fabre – 13 janvier 2026)
