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Accueil > Réalisations > Visites > Hôpital Marie Lannelongue, le plus grand des bâtiments néogrecs contemporains !

Hôpital Marie Lannelongue, le plus grand des bâtiments néogrecs contemporains !

14 juillet 2026

Hôpital Marie Lannelongue
@Michel Denancé

Au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), dans un environnement urbain que n’aurait pas renié Disney, l’agence Pargade Architectes a livré en 2026 le nouvel hôpital Marie Lannelongue. Une villa Kerilos néo-classique ? Visite.

Nous sommes en 1902, Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes). Théodore Reinach, issu d’une famille de banquiers alsaciens, est féru d’hellénisme. Il emménage avec toute sa famille dans la somptueuse villa Kerylos directement inspirée par les suiveurs du siècle de Périclès mais désormais nantie de tout le récent confort moderne. Un pur « joyau ».

Fin juin 2026. Journée d’étude au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) sur le site du nouvel hôpital Marie Lannelongue juste livré pour le Groupe Hospitalier Paris Saint-Joseph. Le choc ! Une villa Kerilos boostée, parfaitement conçue selon les codes grecs antiques. La beauté cathartique telle celle qui a frappé Stendhal à Florence.*

Première question, certes formelle, et donc pas que, bien évidemment.

Quid du dépassement du « POMO », cher à Jean-Louis Violeau, ce post-modernisme fourre-tout, architecture « queer » à toutes les sauces, fin de l’histoire à rétablir d’urgence ? Les concepts liés à l’ambiguïté ne suffisent plus. Et donc…

Serait-on plutôt au contraire face à une nième interprétation néoclassique dérivée, elle, de nos trois architectes révolutionnaires (Boullée-Ledoux-Lequeux, attention à l’élision du x pour le dernier, cf. la notice illustrée de son homophone) ? Point, ici, de combat hégélien pour réaffirmer la complexe laïcité syncrétique de nos panthéons antiques eux-mêmes malmenés par le fort revival des architectures religieuses et hospitalières au XIXe siècle. Juste un projet très urbain, et donc, simplement hypercompact ?

Beaucoup plus, évidemment, surtout lorsque l’on connaît bien le parcours de Pargade fasciné par un esthétisme minimaliste épuré souvent ponctué par une sensibilité parfaitement calibrée issue d’une longue pratique du dessin d’excellence. Au final, le leg d’un gigantesque bijou eu égard à ses dimensions si parfaitement ajustées que l’on se croirait face à une pièce d’orfèvrerie. En résulte ici, enfin, le dépassement d’un rationalisme trop souvent réducteur (cf. les cours pour l’École Polytechnique de Durand dès 1809).

Des filets dorés, également, sur le plus réussi des bétons blancs français de ces dernières années, oui, plus des micro frises sans emphases autres que de vrais traits d’architecture enfin, et in fine, un « classicisme structurel », certes déjà canonisé par Auguste Perret, ici, totalement reformulé par Pargade, techniquement d’abord, mais surtout résumé par sa pratique de la composition de guitariste de jazz. Rythmes binaires et ternaires se combinent savamment. Des angles creux renvoient aux dessins ombrés préparatoires très précisément par un vrai professionnel du grand art.

Bref, un juste défi final lancé en 2026 après un siècle de fonctionnalisme rigidifié par tous les épigones de Le Corbusier… juste un exemple parmi d’autres : de très hautes fenêtres verticales là où régnaient des écrans horizontaux à charge pour eux de renverser notre tropisme vertical d’homo erectus… ce qui au contraire précipitait les patients vers une irrémédiable position couchée pré-mortem. Ce n’est pas rien.

Deuxième question, évidemment parallèle mais dans un champ plus complexe.

Nous sommes ici au centre d’un nouvel urbanisme de périphérie parisienne voulu délibérément comme capable de renverser la table. Quid, pour ce faire, de la coresponsabilité de l’architecte aux côtés de l’élu, nouveau démiurge des fabriques urbaines contemporaines ?

Là encore, la réflexion projectuelle de Pargade, également urbaniste, mérite d’être décryptée : que faire aux côtés d’une nouvelle Venise plus Las Vegas que le faux double de l’original ? Que faire face aux néo haussmannismes rêvés par tous les maires bâtisseurs des ex-banlieues rouges soucieux de « déstalinisation » ? Que faire, enfin, entre l’héritage de cités-jardins social-démocrate emblématiques des réussites rouges-roses de l’entre-deux-guerres et cet entre-deux des trente glorieuses fait d’un patchwork grands ensembles / locaux d’activités ?

Les Allemands ont un terme parfait : ZWISCHEN désigne cet entre-deux Mère de toutes les ambiguïtés. Celui des banlieues aussi bien qu’une station intermédiaire de téléphérique… Bref comment redonner corps et âme à ces périphéries complexes ?

Rappelons quelques ferments d’innovations voisins au sein de cette fabrique urbaine particulièrement riche. Tout le cône sud parisien a été irrigué depuis 1920 non seulement par les avant-gardes ouvrières telles les typographes fer de lance du syndicalisme mais encore par les professeurs d’université directement connectés au quartier latin par la ligne de Sceaux. Les Castors des immeubles collectifs de la ville de Fresnes voisine c’étaient eux mélangés aux élites ouvrières…

Demain la gigantesque emprise du missilier MBDA issu de Thalys via l’école Polytechnique sur le plateau de Saclay tout proche deviendra le premier noyau de toute l’industrie de défense alignée sur des régiments entiers de drones intelligents et bon marché.

Bref, pour reprendre la distinction entre érudition vaine et sûreté de jugement en direct (arcane premier de tout projet architectural devenu urbain par son importance), autant avouer que cet hôpital a parfaitement compris son juste positionnement.

Conclusion

La fabrique urbaine de demain a-t-elle besoin d’un nouveau process ? Évidemment… mais comment suggérer des pistes loin de toutes formulations péremptoires ?

« Collage city » en périphérie n’est pas un vain mot. Seuls des bâtiments puissants sont à même d’imprimer un effet de masse susceptible de faire sens urbain. C’est-à-dire conférer un mode collectif par-delà tout débat trop traditionnel sur les rapports entre espaces privés et publics !

Deux conditions toutefois : savoir conjuguer des fonctionnalités à la fois emblématiques car suffisamment précises et une parfaite souplesse programmatique. La compacité parfaite du nouvel hôpital Marie Lannelongue, par-delà des centaines de pages de strictes préconisations de bureaux d’études hautement spécialisés rehaussées de milliers de modifications en cours de chantier, devrait faire École.

Bruno Vayssière
Professeur d’architecture et d’urbanisme

*Lire la présentation : Au Plessis-Robinson, hôpital Marie Lannelongue par Jean-Philippe Pargade

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Par La rédaction Rubrique(s) : Chroniques, Visites

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