
À Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), pour la ville maître d’ouvrage, Ateliers A+ a livré en 2025 la Maison de la Mer accueillant le siège du Parc naturel Marin du Golfe du Lion et la Capitainerie du Port. Surface : 1 682 m² SDP. Montant global des travaux : 5,92 M€ HT. Architecture-Paysage ? Communiqué.
La Maison de la Mer s’inscrit dans une démarche de transformation ambitieuse du port de plaisance d’Argelès-sur-Mer visant à redonner toute sa place au vivant. Ce projet de reconquête de l’espace public repose sur un aménagement qui rétablit une liaison paysagère entre mer et terre. Il s’exprime aussi par une architecture symbolique et audacieuse, à travers un bâtiment-paysage, vertueux, ouvert sur son environnement urbain et marin.


Projet architectural : une architecture-paysage pensée comme un parc public
Cet ensemble bâti et paysager implanté au cœur du port, sur l’ancien parking des Plaisanciers, restructure l’espace public pour offrir à ses habitants et visiteurs un parc public et un nouveau lieu de centralité, valorisant le littoral, le parc marin et la forêt de la Massane.
Une esplanade paysagère, proposant une aire de jeux aux accents marins, une tyrolienne et des espaces de détente anime la promenade centrale et accompagne naturellement les flux piétons et les cycles vers la Maison de la Mer et sa promenade pédagogique en toiture. Un lieu conçu comme un véritable jardin méditerranéen, que l’on parcourt par un escalier sillonnant la pente du toit jusqu’au belvédère, perché à 8 mètres de hauteur et ouvrant sur une vue à 360° sur le paysage caractéristique de la côte Vermeille : le port, la mer, la ville et le massif des Albères.
La composition paysagère de l’ensemble s’inscrit dans la continuité de l’écosystème côtier que parcourt le sentier littoral et plus loin le chemin des douaniers.


Une identité forte et lisible
Inspiré par l’idée de l’envol – du vent, des vagues, de l’imaginaire – le bâtiment s’élève en douceur dans le paysage pour s’y fondre sans le dominer. Ses toitures courbes, véritables jardins suspendus, ondulent comme des voiles et des vagues végétales. Elles abritent les espaces de travail, protègent du soleil, régulent la température et accompagnent les promeneurs jusqu’à la toiture-terrasse. L’architecture du bâtiment se développe comme une promenade urbaine, inspirée des cheminements piétons qui la traversent, de l’esplanade jusqu’à la toiture. Lisible et généreuse, elle dialogue avec le paysage et ses usagers.
Plus qu’un équipement, la Maison de la Mer devient un phare entre terre et mer, un repère identifiable de loin, par les usagers du port et les visiteurs. Elle marque le paysage tout en le respectant, et exprime que l’architecture peut être à la fois utile, sensible et ambitieuse.
Une construction frugale et durable
Sa volumétrie contenue respecte les contraintes du site en matière d’inondabilité, limite l’impact carbone et optimise le confort d’usage tout en réduisant les consommations d’énergie. La Maison de Mer conjugue conception précise, équilibrée, et choix de matériaux durables. Privilégiant le réemploi et le recyclage de l’existant, l’enrobé de l’ancien parking devient pas japonais, le parvis se pare de béton bouchardé en granulats recyclés et de tuiles concassées, tandis que les garde-corps sont réhabilités. Pour l’isolation, le choix s’est porté sur du Métisse, une solution thermique et acoustique performante et écologique, fabriquée en France à partir de fibres textiles recyclées.
Le dispositif de toiture apporte une réponse climatique simple et performante en recréant de la biodiversité, en assurant de l’ombrage et en limitant les surchauffes.

Parti paysager
Les aménagements extérieurs, respectueux des entités paysagères locales et des caractéristiques initiales du site, font partie intégrante du projet. La Maison de la Mer, son parvis et son esplanade deviennent le nouveau lieu de centralité du port. Ils valorisent les continuités piétonnes sur les quais, densifient les espaces plantés et affirment l’identité de la ville d’Argelès-sur-Mer, « la naturelle ».
L’esplanade
L’ancien parking laisse place à une esplanade paysagère en gradins végétalisés, assurant une transition douce entre la route et le port. Fortement fréquenté lors des périodes estivales, ce nouvel aménagement facilite les circulations piétonnes entre le centre-ville et la Maison de la Mer tout restant dans la continuité du style architectural du bâtiment et du parvis. Pensée comme un espace de vie, l’esplanade invite à la contemplation autant qu’à la détente. Mobilier urbain, tables de pique-nique, aires de jeux et zones enherbées ombragées offrent une polyvalence d’usages, tandis que zones enherbées et îlots arborés assurent un confort climatique, redonnant toute sa place au vivant.

Le parking
L’aire de stationnement est réduite au profit des déplacements doux, et rendue perméable afin de maximiser l’infiltration des eaux de pluie dans le sol. Des ombrières en panneaux photovoltaïques permettent une réutilisation de l’énergie solaire tout en réduisant la surchauffe.
Le parvis
Le parvis, dégagé et lisible, guide le visiteur vers l’entrée de la Maison de la Mer et du cheminement annexe qui permet de rejoindre le belvédère situé sur la toiture végétalisée. Cet espace généreux permet aussi d’offrir une aire supplémentaire à l’accueil d’événements ou de manifestations à la Maison de la Mer.
La toiture végétalisée et son belvédère
La végétation se prolonge jusqu’en toiture. Elle valorise la flore caractéristique de la région – du littoral, de la garrigue, de la forêt de la Massane – à travers des essences plantées composées de différentes strates. La palette végétale complète la végétation environnante existante. On y retrouve de multiples variétés fleuries et odorantes qui participent au confort et au bien-être des habitants et des vacanciers. Les espèces choisies sont adaptées au climat méditerranéen et résistantes aux embruns, afin de garantir un bon développement et une pérennité des masses végétales.

Organisation spatiale
La Maison de la Mer accueille le visiteur par un hall vitré en double hauteur de plus de 100 m², conçu comme une véritable vitrine sur l’espace public. En écho à la thématique de la mer, le bleu prédomine et contraste avec la fibralith brute couleur bois. Un lustre monumental, 9 Mixte Reef, créé par Designheure basé à Sète, prolonge la métaphore marine. Ici et là, la vitrophanie et la signalétique imagent les enjeux emblématiques portés par le Parc naturel marin en termes de préservation de la faune et de la flore, tels que la sauvegarde du corail rouge ou du mérou brun. L’accueil dispose d’un espace d’exposition qui prolonge les aménagements extérieurs et dessert les deux entités qui se partagent les lieux en rez-de-chaussée : le Parc naturel marin et la Capitainerie.
Les bureaux, largement ouverts sur l’environnement, bénéficient de vues dégagées et variées sur les bassins du port, la mer et le massif des Albères. Les circulations, pensées comme des séquences immersives, débouchent sur des percées visuelles plongeantes sur la mer. Un patio intimiste, des salles de réunion ou encore de coworking complètent les typologies des espaces administratifs, dans un cadre apaisé. Les espaces techniques s’organisent autour d’une terrasse fonctionnelle, à l’abri des regards, avec un accès direct au quai, facilitant les opérations de chargement, de rinçage et de stockage du matériel utilisé lors des missions de plongée de navigation.
À l’étage, la salle de réception de 480 m², divisible en trois espaces, offre un cadre exceptionnel à l’accueil d’événements jusqu’à 450 personnes. Profitant d’une vue panoramique sur le paysage environnant depuis l’intérieur autant que l’extérieur grâce à ses terrasses généreuses, cet espace événementiel modulable permet de s’adapter à des configurations variées tout en conservant ses qualités d’usage. Une cuisine de réchauffe, des rangements et un accès logistique indépendant assurent une gestion fluide des réceptions. Reliée au reste du bâtiment mais pensée pour fonctionner de manière autonome, cette salle fait le lien entre paysage et convivialité.

Art et scénographie – Les drapeaux
Des drapeaux animés par le vent signalent la Maison de la Mer. Un choix à la fois symbolique – incarner l’image d’un phare reliant terre et mer –, fonctionnel – indiquer l’orientation du vent comme une girouette –, et durable, dans une région souvent soumise aux vents.
En collaboration avec les Ateliers A+, l’artiste catalan Stéphane Villafane, architecte de formation, accompagne l’architecture du bâtiment. Ses œuvres, poétiques et abstraites, figurant sur les drapeaux, invitent à une interprétation personnelle. Elles rendent l’art visible, sensible et accessible à tous.