
C’est plié : le Grand Prix national d’Architecture 2026 sera enfin décerné à une femme, choisie parmi la quinzaine d’impétrantes retenues par la rue de Valois.
La consultation* lancée le 1er juin par le ministère de la Culture, « ouverte à tous les acteurs œuvrant pour l’architecture » – Madame Michu ne pourra pas voter cette année –, doit permettre, parmi la centaine recensée par les fonctionnaires, d’identifier trois agences d’architecture susceptibles de recevoir la récompense française suprême : le Grand Prix national de l’architecture (GPNA). Elles ne sont en réalité qu’une quinzaine de femmes architectes à diriger leur agence en leur nom propre sur cette liste. C’est encore peu. Pour autant, en 2026, la lauréate est forcément parmi elles.
Les voici :
Amelia Tavella Architectes
Antonini Architecte et Associé
Architecture Anne Demians
Corinne Vezzoni et Associés
Emmanuelle Colboc & Associés
Francoise N’Thépé Architecture et Design
Jumeau Architectes
Lina Ghotmeh Architecture
Manuelle Gautrand Architecture
Maud Caubet Architectes
Metra + Associés
Pascale Guédot
Sophie Delhay
Studio Odile Decq
Véronique Joffre Architecture
Cherchez l’œuvre !
Pour mémoire, il faut rappeler que pour trouver une femme architecte Grand Prix national d’Architecture, il faut remonter… à jamais. Depuis 1975 et la création de ce prix, AUCUNE femme ne l’a jamais emporté en son nom propre. Elles ne sont que deux – Anne Lacaton (2008) et Myrto Vitart (2016) – dûment accompagnées, à voir leur nom gravé au fronton de l’excellence.
Or il faut bien qu’un jour en ce pays une femme architecte en son nom propre gagne ce Grand Prix maculé de testostérone depuis l’origine, les derniers étant Pierre-Louis Faloci (2018), Philippe Prost (2022) et Gilles Perraudin (2024). Les finalistes 2024 – BQ+A ; Bruther ; Encore Heureux ; Jean et Aline Harari ; Muoto –, à nouveau placés cette année peuvent déjà déchirer leurs tickets perdants. Si le moment n’est pas venu, au bout de 50 ans, pour une femme architecte, il ne le sera jamais !
Bref, il y a match entre les quinze candidates retenues dans la liste du TOP 100. Noter que Françoise Raynaud qui, après New York livre des tours à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), n’est même pas proposée au vote. Elle ne l’était déjà pas les années précédentes. Voilà qui, pour les fonctionnaires qui suent sur cette liste pendant des semaines, relève de l’impolitesse, au mieux.
Pourquoi suis-je si affirmatif que cette année est la bonne ? Certes je l’étais déjà en 2022 et en 2024 et je n’en peux plus d’attendre mais, souvenez-vous, en 2022, le ministère insistait qu’il s’agissait alors de proposer « trois noms d’agences d’architecture dont l’une au moins [devait] compter a minima une femme architecte parmi ses dirigeants ». Il fallait même que le votant « certifie avoir vérifié que l’agence [choisie] compte au moins une femme architecte parmi ses dirigeants ». A minima ! Le message était pourtant clair. Mais les gars et les filles du jury ne l’ont pas reçu.
En 2024, lors du dévoilement de la liste, le ministère précisait encore qu’une « attention particulière dans le choix des agences nominées a été accordée au respect de la parité afin de promouvoir une représentation équilibrée des genres dont on sait qu’elle contribue à l’enrichissement des propositions créatives et de souligner l’engagement du jury à encourager une culture de collaboration inclusive et équitable au sein du secteur. Le jury a ainsi été attentif à restituer l’importance de la place des femmes architectes pour la pensée et l’acte constructifs, reconnaissant que la diversité des voix et des expériences contribue à des solutions justes et durables pour le secteur ». Aucune ambiguïté donc. Résultat des courses ? Une seule femme architecte parmi les nommés – Corinne Vezzoni – et Gilles Perraudin Grand Prix ! Caramba, encore raté !
Sans doute, foin de circonlocutions, de comprendre que le jury 2026 ne serait pas malheureux que, pour une fois, une femme gagne. La preuve : il n’est fait cette année dans le communiqué du ministère aucune mention de parité ou de « diversité des expériences », rien du salmigondis habituel. Pourquoi ? Le ministère serait devenu machiste ? Non, c’est seulement qu’il n’est pas besoin cette fois de précision, encore moins de mettre la puce à l’oreille des votants, car les pouvoirs en place savent déjà que le Grand Prix sera une femme.
Sinon c’est trop la honte.
Surtout à l’heure de la révolution masculiniste en cours portée par les nervis de la loi et l’ordre et leur « réarmement démographiques ». Avant des lendemains qui déchantent, avant d’en reprendre pour trente ans, c’est le moment ou jamais pour une femme architecte de gagner le Grand Prix national d’architecture !
Certes, pour prévenir toute néfaste occurrence future, le ministère pourrait une bonne fois pour toutes instaurer une stricte égalité en droit en alternant vainqueurs et vaincrices : aux années paires, un GPNA au féminin, aux années impaires, un GPNA masculin et, tous les dix ans, un Super Duel entre les dix dernier(e)s lauréat(e)s pour le Super Grand Prix de la décade ! Qui sait, cela intéressera peut-être les chaînes d’info en continu…
Mais bon…
Bref, pour le jury 2026 du Grand Prix national d’architecture, le choix sera entre une femme, une femme et une femme. Pourvu qu’elle soit architecte !
Christophe Leray
*Pour soutenir votre femme architecte favorite, participez à la consultation pour le Grand Prix national d’architecture 2026.