
À Suzhou (Chine), l’architecte Sun Yuanliang a installé en 2024 son agence et résidence dans une petite cour du quartier historique fait de ruelles sinueuses entre les murs blancs et les toits de tuiles grises. Surface : 450 m². Poésie dans le contexte chinois contemporain ? Communiqué.
Vivre ensemble
Cet immeuble résidentiel se situe dans le quartier historique de Suzhou et a été acquis par le designer Sun Yuanliang en juin 2018. Il se trouve à seulement 15 minutes à pied des célèbres jardins de style Jiangnan, dont le Jardin du Maître des lieux, le Bosquet des Lions et le Musée de Suzhou conçu par I.M. Pei. À l’est s’étend le quartier historique de la rue Pingjiang, à deux kilomètres du parc de Suzhou. Contrairement aux zones touristiques animées, cet emplacement se trouve dans un quartier résidentiel relativement calme et paisible. Seuls les murmures des conversations, les aboiements des chiens et le tintement des sonnettes de vélo viennent perturber la quiétude des lieux.

L’aspect le plus saisissant de ce lieu est la vue depuis les fenêtres du deuxième étage. De là, on aperçoit les toits bien conservés des bâtiments anciens de la partie ouest de Suzhou. La maison, située en hauteur, offre un panorama exceptionnel. L’effervescence de la ville se mêle aux souvenirs du passé, reliant subtilement différentes époques et histoires, d’une manière qui n’en est pas moins marquante.
Le vieux quartier de Suzhou est un vaste espace composé d’un réseau de ruelles formant une succession d’espaces publics animés où les habitants se retrouvent pour bavarder et se rafraîchir durant l’été. Il y règne une atmosphère ouverte et conviviale. Nombre de personnes âgées aiment engager la conversation sur leur quotidien ou partager des anecdotes captivantes, et l’entraide entre voisins est de mise. En flânant dans les rues et les ruelles pour prendre son petit-déjeuner, le jeu d’ombre et de lumière crée une expérience unique. Vivre ici, c’est voir les autres et être vu en retour. Ce lien étroit avec la vie collective quotidienne enrichit notre compréhension de nous-mêmes et des autres, ainsi que notre appréciation du design.


La maison dans le jardin
Vue de l’entrée, la petite cour intérieure évoque une version miniature d’un jardin typique du Jiangnan, la porte de la Grotte de la Lune se reflétant dans la végétation luxuriante qui l’entoure. Les jardins de Suzhou sont réputés pour leur art de mettre en valeur le paysage ; chaque porte et chaque fenêtre servent de cadre, permettant aux plantes de s’épanouir librement. Les concepteurs privilégient une intervention minimale.
En s’enfonçant dans le jardin, les visiteurs découvrent une cour intérieure plus vaste et cachée. Lors des premières étapes de sa construction, la terre a été prélevée et agencée pour créer de subtiles variations de niveau, et l’eau a été détournée pour former un étang. Ce paysage soigneusement aménagé dégage une riche ambiance naturelle. Les différentes lumières se reflétant à la surface de l’eau imprègnent le lieu d’énergies variées. Un pin robuste se dresse fièrement contre le mur, au milieu des rochers.
L’architecte Sun Yuanliang a métamorphosé le pavillon classique d’angle en une structure d’acier moderne. Tout en savourant un thé et en admirant le paysage, on apprécie un charme rustique à la fois élégant et contemporain. Les visiteurs peuvent également observer de près les plantes et les fleurs, et même interagir avec les poissons.

Comme la petite cour jouxte un bâtiment légèrement plus haut, Sun Yuanliang a installé plusieurs grilles afin d’éviter toute sensation d’oppression. Ces grilles structurent l’espace du jardin, harmonisent la lumière naturelle et préservent l’intimité. Elles masquent également la vue sur les bâtiments voisins, permettant ainsi de converser en toute tranquillité et de se concentrer sur le paysage.
La cour intérieure entretient un lien étroit avec l’espace intérieur. De l’intérieur, la conception ouverte offre des vues dégagées, tandis que la lumière et l’air circulent librement. La continuité des matériaux et leur progression rythmique et harmonieuse créent une atmosphère calme et accueillante, favorisant une circulation fluide et détendue.

Le dialogue entre le neuf et l’ancien
Le concept de cet espace repose sur le dialogue entre le neuf et l’ancien, visant à rapprocher la conception architecturale et les personnes qui l’occupent. L’idéal est que les individus et les espaces soient interconnectés, les concepteurs cherchant à créer un sentiment de proximité et de communauté au sein de ces environnements.
L’architecte a intégré des éléments architecturaux et des récits paysagers à la maison, tout en privilégiant une esthétique minimaliste. Il a ainsi créé un espace ouvert et harmonieux où les invités peuvent se détendre confortablement, que ce soit assis sur différents canapés ou en contemplant les nuages et les arbres par la fenêtre. Le caractère convivial du lieu est renforcé par son lien avec la nature, une connexion intuitive et perceptible.

Les lignes épurées et fonctionnelles du design s’adaptent à la vie contemporaine tout en valorisant la recherche d’un art de vivre de qualité grâce à un mobilier au design classique. Point de symboles ostentatoires d’affirmation de soi ; au contraire, il se dégage un sentiment de libération des conventions culturelles. Face à la nature, chacun se sent partie intégrante d’un tout plus vaste. Formes, couleurs, matériaux et jeux d’ombre et de lumière, tous puisés dans la nature, s’entremêlent et se transforment au contact de l’esprit humain.


