
Le Parlement a finalement voté le budget lundi soir 2 février 2026. Avec une conséquence inattendue : le sauvetage probable du grand projet présidentiel pour le Louvre.
La reprise de la grève des salariés du Louvre, annoncée lundi 2 février au matin, a surpris. Et ce, d’autant plus que les syndicats venaient d’obtenir l’essentiel : le maintien de la dotation publique du musée pour 2026, à hauteur de 5,7 millions d’euros. Pourquoi relancer un conflit coûteux — près d’un million d’euros de pertes de billetterie en deux mois — alors que le principal motif semblait levé ?
Parce que le cœur du conflit n’est plus budgétaire. Il est politique.
Depuis le début, le véritable point de crispation porte sur le projet dit de « Nouvelle Renaissance », vaste programme d’entrée et d’agrandissement du Louvre, dont le coût se chiffre en centaines de millions d’euros. Pour les syndicats, la priorité n’est pas à un geste architectural spectaculaire, mais à l’entretien, à la sécurité et aux conditions de travail dans un musée déjà fragilisé. Autrement dit : réparer avant d’agrandir, protéger avant de monumentaliser.
Le choix du calendrier n’avait rien d’anodin. En reprenant la grève le jour même du vote du budget de l’État, les organisations syndicales jouaient un quitte ou double institutionnel. Car un rejet du budget aurait entraîné la chute du gouvernement — et, avec elle, l’abandon quasi certain du projet « Nouvelle Renaissance ». Tout le monde le savait. L’enjeu dépassait désormais largement les murs du musée.
Une fuite est venue confirmer ce fragile équilibre. Un projet de déclaration de l’Élysée, évoquant l’abandon du programme au motif d’un concours d’architectes déclaré infructueux, a circulé. Le signal était clair : le projet tenait à un fil, suspendu à la survie politique de l’exécutif.
Mais le Parlement a finalement voté le budget lundi soir. Avec une conséquence inattendue : le sauvetage probable du grand projet présidentiel pour le Louvre. Car il faut bien nommer les choses. Plus qu’un projet culturel, la « Nouvelle Renaissance » apparaît aujourd’hui comme une ambition présidentielle . Après l’échec ou l’enlisement de réformes majeures, inscrire son nom dans la pierre semble devenu l’horizon politique ultime. Comme d’autres avant lui – Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac – le président cherche son monument.
Dans cette perspective, le Louvre n’est plus une institution à protéger mais un support symbolique. Le maintien de sa présidente à son poste, malgré les graves défaillances en matière de sécurité révélées après le vol du 19 octobre 2025, interroge. Il s’explique moins par un satisfecit de gestion que par la nécessité de préserver la continuité d’un projet devenu éminemment politique.
Ce glissement est lourd de sens. Il dit quelque chose de notre rapport au patrimoine, instrumentalisé au service d’une postérité personnelle. Il dit aussi l’inconfort d’un grand musée national sommé de servir de monument-testament, alors même que ses fondations humaines et matérielles réclament des soins urgents.
À force de vouloir laisser une trace, on risque d’effacer l’essentiel. Et de confondre la Renaissance avec un simple décor.
Jean-Claude Ribaut