
Alors que 2026 est advenue, comme il est coutume, au nom des architectes et de la maîtrise d’œuvre, si nous faisions des vœux ?
Il y a bien sûr les vœux faciles, que le monde du bâtiment en général et celui du logement en particulier sorte du marasme dans lequel il se trouve depuis pas mal d’années maintenant, que les étoiles se réalignent pour permettre aux acquéreurs de pouvoir réaliser leur rêve, qu’ils soient primo accédants, investisseurs privés, qu’ils puissent trouver un intérêt à investir dans la pierre, fut-elle en bois.
Nous pouvons aussi espérer que le monde de la commande publique se re-fluidifie car, somme toute, lorsque le public investi dans le bâtiment, ce sont des impôts redistribués à des entreprises majoritairement françaises, faisant travailler des personnes elles-mêmes majoritairement résidents français et payant des impôts… en France. Du coup, si l’investissement est justifié, il fait surtout circuler l’argent dans les différentes strates de la population française ce qui n’est en rien péjoratif.
Et si le projet consiste à améliorer l’efficacité énergétique d’un bâtiment public ou réduire le coût de loyers payés à fonds perdu à des bailleurs étrangers, alors l’investissement n’est pas vain et devrait même obtenir l’assentiment de tout le monde.
Puis il y a des vœux plus difficiles à exaucer, notamment celui d’une vraie simplification administrative, qui ferait gagner du temps aux maîtres d’œuvre en simplifiant les dossiers d’appels d’offres, en n’imposant pas une kyrielle de spécialistes, qui demanderait simplement que l’équipe s’entoure de toutes les compétences requises à l’aboutissement du projet.
Puis le vœu que les références soient acquises et non périssables en trois ou cinq ans comme aujourd’hui. Sachant le temps particulièrement lent qu’il faut à l’heure actuelle pour réaliser un projet, en avoir construits trois du même type en moins de trois ans devient illusoire, sinon absurde. Que vous ayez bâti tel ou tel ouvrage il y a cinq ou 10 ans cela ne change pas grand-chose… sauf si bien sûr vous avez versé dans la sénilité entre-temps… Mais en ce cas, là encore, que vos références aient trois ou dix ans n’y changera rien !
Et encore bien sûr le vœu que les règles environnementales soient enfin claires et uniques, adaptées simplement au contexte dans lequel se trouve le projet. Que cesse enfin ce jeu de « roulette russe » où, même en s’étant entouré de tous les spécialistes, demeure pour l’architecte l’hypothèse d’une suspension d’instruction de permis toujours possible en raison d’une interprétation différente d’un instructeur d’une sous-commission qui pense qu’il serait bon de soumettre le projet à une étude plus approfondie pour s’assurer que le pigeon de la rue voisine ne sera pas perturbé dans sa nidification par la construction du nouveau groupe scolaire…
Enfin, il y a les vœux probablement inatteignables. Celui par exemple d’arrêter de jeter l’argent public par les fenêtres en avortant les projets après que des milliers d’heures de matière grise ont été consommées, parce que finalement le maître d’ouvrage n’a plus les moyens d’aboutir, ou parce qu’en fait la communauté n’avait pas complètement besoin d’un nouvel équipement, parce que pour l’élu, plutôt que compétence il est question d’ego… ou pire parce qu’il n’aura pas le temps de l’inaugurer avant l’élection suivante et que ce serait dommage d’offrir un cadeau à un éventuel successeur !
Allez, rassurons-nous, l’écoute des débats de l’Assemblée nationale nous renvoie bien vite à la réalité : ce ne sont que des vœux pieux et aucun d’eux ne sera exaucé !
2026 sera une année comme les autres, un peu plus compliquée parce que nos chers députés, qui sont aussi souvent impliqués en mairie en contournant les règles du cumul, ne vont jusqu’en mars que s’occuper des élections municipales. D’ici-là, l’économie du pays peut bien sombrer un peu plus et leurs mauvais jeux de rôle continuer… The show must go on !
Stéphane Védrenne
Architecte – Urbaniste
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