Au Japon, Mikan a livré en 2024 une maison urbaine de 150 m² pour échapper à la densité et une maison en montagne de 207 m² pour s’échapper au temps du « choléra ». Découverte.
Maison Shoin
La famille A. a acheté une parcelle d’angle qui donne sur une ruelle du quartier central de Sangenjaya à Tokyo. Sur ce petit terrain cerné par les voisins, tout le jeu a consisté à gérer le problème de la densité urbaine et de la promiscuité.


L’économie de moyens caractérise la maison dont la grille structurelle en bois a généré le plan carré : un système de faibles portées en pin Douglass massif de 3,64m, soit deux ken (le ken est l’unité traditionnelle des charpenteries en bois d’1,82m). La construction, qui a été repoussée au maximum pour laisser un jardinet et un parking à vélo en façade, accueille un puzzle de petites pièces, chambres, salles d’eau et rangements, au rez-de-chaussée et dans un demi-sous-sol.
L’escalier en hêtre, qui monte en zigzag comme un chemin de montagne, mène à l’ample pièce familiale qui occupe tout le volume. A la partie inférieure et comprimée des pièces répond l’aspect ouvert et solaire du haut. Un poteau structurel et symbolique daikokubashira, constitué d’un cèdre de Kitayama (région du nord de Kyoto renommée pour ceux-ci) juste écorcé marque le centre de la maison et de la famille.

Des extensions (balcon, bibliothèque, bureau), qui se fixent sur le pourtour de la pièce sans en déranger la géométrie, sur le principe des alcôves traditionnelles appelées shoin, élargissent et dynamisent l’espace.
Maison aux annexes
La famille K. a quitté Tokyo au moment du Covid pour aller vivre à Karuizawa, une villégiature de montagne prisée des habitants de la capitale, où elle a acheté un large terrain pentu et boisé sur les flancs du volcan Asama.


La maison, posée sur un replat, se présente comme un long et simple volume légèrement incurvé. Située en contrebas d’une route en terre au nord elle se prolonge au sud par une large terrasse en surplomb sur la forêt.
Réalisée en structures bois, elle est couverte, tel un Janus à deux têtes, par deux formes de toitures différentes : au sud un type à deux pans kirizuma dont la forme permet d’accueillir l’étage supérieur ; au nord un type à pignon coupé irimoya réduit la masse visuelle de l’édifice depuis la route. Afin de minimiser son empreinte écologique et de l’intégrer à son environnement la maison est recouverte de lattes de bois débitées directement dans les troncs de mélèzes coupés sur la parcelle.


L’intérieur est conçu comme une enfilade de pièces communes de hauteurs variables, simplement planchéiées de chêne avec des plafond lattés de cyprès. Seules l’entrée teinte en rouge bengara, conçue comme un porche ou un canon à vue et les deux annexes hanare qui donnent leurs noms à la maison troublent cet ordre. Le porche d’entrée en contrebas de l’escalier en quinconce sépare le corps principal de l’annexe « japonaise », la salle « bleue », qui sert pour recevoir un hôte ou un parent. Elle possède une alcôve tokonoma et son sol est couvert de tatamis et de planches de frêne rabotées à l’herminette.

La seconde annexe accueille le bureau qui se loge juste sous le faîte du toit. La pièce, entièrement recouverte de papier japonais à l’or, se projette au-dessus de l’espace familial commun.

