
À Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), pour la commune maître d’ouvrage, MARS Architectes, avec Caroline Serra Architecte du patrimoine, a livré en 2023 « La Manufacture », un pôle culturel et médiathèque imprimés de l’histoire du lieu. Surface : 1 717 m². Coût : 4,09 M€ HT. Communiqué.
Construire un pôle culturel
La création de ce Pôle culturel est intimement liée au désir de retrouver un équipement fonctionnel, capable de rassembler les différents services, aujourd’hui, éparpillés ; et fédérateur, à même de répondre aux besoins des habitants.
Cette bastide séculaire, magnifique fait urbain moyenâgeux, est aujourd’hui un quartier dit « prioritaire », aussi la construction de ce pôle culturel représente le premier pas vers le renouveau du centre-ville de Villefranche-de-Rouergue : un lieu capable de répondre aux besoins de chacun et notamment des plus défavorisés, capable de diffuser, d’animer, d’accueillir, d’éduquer autour des savoirs et des cultures.
Aussi pour l’agence, ce pôle culturel n’est ni une bibliothèque, ni une médiathèque, ni une salle de jeux, ni une salle polyvalente, ni un espace d’exposition, mais bien tout à la fois : aujourd’hui il pourrait s’appeler « tiers lieu », c’est-à-dire, un lieu imaginé pour accueillir une communauté afin de permettre à celle-ci de partager librement ressources, compétences et savoirs sous un même toit.

Continuum
Si les bibliothèques pouvaient, autrefois, s’apparenter à des sanctuaires sacrés, hauts lieux de l’apprentissage et de la culture réservés à un public averti et dont les frontières semblaient être jalousement gardées. Cette forteresse paraissant protéger des espaces sanctuarisés d’un extérieur envahissant, hors du temps : de vastes étendues silencieuses paralysant le plaisir de l’échange et la simplicité du mouvement vers l’autre.
« Nous imaginons des espaces s’évadant de cette enceinte, pénétrant la cité dans un désir partagé d’échange et de générosité », indiquent les architectes. La manière de circuler dans le bâtiment devient ainsi un élément primordial et qui est repensée dans la verticalité du bâtiment, dans sa capacité à créer des surfaces d’échanges et à interagir avec la ville dans un continuum avec le Rez-de-chaussée du bâtiment et l’espace public. Le projet dispose de larges circulations à la lumière, visible de tous, rendant le parcours évident entre les étages et à même de proposer une continuité spatiale entre les différents niveaux du bâtiment et l’espace public.

Un toit
Aussi, le 1er acte de ce projet consiste en la couverture totale des bâtiments existants ainsi que du patio, pour offrir le maximum de volume utilisable au projet. Transformant naturellement, l’ancienne cour en atrium permettant une communication immédiate entre tous les programmes et renforçant l’idée d’un espace identitaire et démocratique.
C’est aussi une manière de révéler et de protéger le patrimoine existant sous son aile. S’installant avec tact et netteté, il agit comme un élément fédérateur planant au-dessus de cet ancien palais du Moyen Âge. Il protège du soleil, du froid, de la pluie, autant qu’il filtre et diffuse la lumière naturelle. C’est aussi un nouveau belvédère offrant un grand panorama sur la ville et ses environs, une manière de redécouvrir sa ville et de la valoriser. Ici, il n’y a pas d’opposition entre l’ancien et le moderne, mais plutôt un consentement mutuel à refaire vivre ce lieu.

Un palimpseste
Avec la sensibilité, la culture et les besoins d’aujourd’hui, l’architecture en lien avec l’histoire de ce lieu : un parcours à travers les âges, un parcours opportuniste, relevant d’une poétique de la situation. En cherchant, en triant les différentes couches d’architectures qui composent cet ensemble, on se rend compte qu’elles se succèdent, s’entremêlent et s’imbriquent fortement. À l’image d’un palimpseste, manuscrit d’auteurs anciens que les copistes du Moyen Âge ont effacé pour le recouvrir d’un second texte, le bâtiment s’est d’une certaine manière réécrit au fil du temps. L’intervention s’inscrit dans cette démarche.
« Si nous mesurons amplement la valeur patrimoniale de cette bâtisse et la responsabilité qui nous sont confiés, nous pensons néanmoins que la création de ce pôle culturel ne doit pas être écrasée sous le poids de l’Histoire, mais bien au contraire embrasser cette Histoire passée, présente et future dans une dynamique à la fois créative et innovante », expliquent MARS.
Par conséquent, le projet restitue, additionne, juxtapose et ajoute de nouvelles composantes aux parties anciennes, dans le but affirmé de réécrire cet espace de manière cohérente avec les valeurs et les besoins d’aujourd’hui. Il n’a pas pour objectif une restauration pastiche mais un dialogue harmonieux entre les époques. « Nous aimons à imaginer la dimension métaphysique qui émerge de l’écart vertigineux, bien que tangible, entre deux fragments du réel se confrontant à quelques mètres d’écart dans l’espace, et à quelques millénaires dans le temps », poursuivent les architectes.


