
Au Musée du Louvre on ne contemple plus les chefs-d’œuvre : on écope. Rappel des épisodes précédents à la veille d’une actualité brûlante.
Tout commence le 25 janvier 2025. Le président de la République annonce son Plan Renaissance. Traduction officielle : mieux gérer les touristes et offrir une nouvelle cage dorée à La Joconde. Traduction officieuse : laisser son nom gravé quelque part entre une verrière et un escalator, comme ailleurs Pompidou, Giscard et Chirac.
Budget annoncé : 680 millions d’euros. Personne n’écoute. Il faut dire que le gouvernement François Bayrou – le septième d’Emmanuel Macron – vient juste de naître, au forceps, et que Donald Trump refait surface à Washington. Le Louvre passe après l’Ukraine, avant la météo.
Puis, le 9 octobre, vol des bijoux de la Couronne, choc planétaire. D’un coup, on découvre que le plus grand musée du monde est gardé comme un parking souterrain.
Arrive alors la Cour des comptes. Elle sort le carnet de notes, questionne la Renaissance, et réécrit l’addition : 1,15 milliard d’euros. Gouvernance brinquebalante, équipements obsolètes, financement « fragile » euphémisme de magistrat financier. En langage clair : tout est prêt, sauf l’essentiel.
Auditions parlementaires. Mines consternées. Découverte collective : plusieurs audits avaient déjà alerté. Personne ne les avait lus. Trop occupés à préparer les visuels.
Pendant ce temps, un concours d’architectes est lance pour créer une entrée unique par la Colonnade de Perrault, comme si un nouveau vestibule pouvait résoudre un problème systémique. Quand le bateau prend l’eau, on redessine le hall d’accueil.
Le 15 décembre, les agents partent en grève reconductible. La présidente est convoquée par l’assemblée générale. Elle refuse de s’y rendre. Les personnels insistent. Elle persiste. Dialogue social version visioconférence fantôme. Prochaine réunion prévue, le 19 février 2026. Aura-t-elle lieu ? Officiellement, il est question d’effectifs et de conditions de travail. En réalité, le Plan Renaissance est devenu l’ennemi public numéro un. Ce n’est plus un projet, c’est un symbole : celui d’un État qui préfère les halls monumentaux aux alarmes qui fonctionnent.
Et comme la farce aime les rappels, arrivent les épisodes bonus : vidéos du vol jamais exploitées en temps réel, fuites de canalisations qui ruinent plafonds et salles, détournement de billetterie à un million d’euros. Le Louvre n’est plus un musée : c’est une administration expérimentale.
À l’Élysée, on s’agace. Puis on agit. La nomination de Amélie de Montchanin à la présidence inamovible de la Cour des Comptes est vue par certains comme une manière élégante de se rappeler à l’arbitre qui tient le sifflet, après le départ anticipé de Pierre Moscovici. Quand un thermomètre dérange, on change le thermomètre !
En parallèle, Rachida Dati prépare ses cartons pour Paris car le remaniement annoncé est, en principe, fixé au 20 février. Les équipes d’architectes apprennent que la réunion du jury est reportée sine die. Le chantier patine, la gouvernance vacille, et le calendrier politique impose son tempo.
Reste la grande inconnue : Laurence des Cars tiendra-t-elle ? Si oui, l’exécutif assume le bras de fer avec la CGT et l’intersyndicale. Si non, on change la cheffe d’orchestre sans réécrire la partition. Dans les deux cas, la culture sert de variable d’ajustement.
Moralité : on voulait une Renaissance, on récolte une panne sèche. Un pouvoir qui annonce avant d’écouter, qui bâtit avant de réparer, qui pilote à la com’ pendant que les tuyaux lâchent. Et pendant que cabinets, ministères et directions se renvoient le chef-d’œuvre empoisonné, la Joconde continue de sourire, malgré ses pare-balles. Elle a connu les rois, les empereurs et les présidents. Elle survivra, assurément, aux plans stratégiques.
Jean-Claude Ribaut
* La tiare de Saïtapharnès est une tiare en or acquise, à prix d’or, par le musée du Louvre en 1896 comme un objet archéologique qui s’est rapidement révélée être un faux.
! Dernière minute !
Un de nos (honorables) correspondants nous informe de « source sûre » qu’un projet de communiqué circule dans les arcanes du pouvoir. Fake news ou « bouteillon » des années 1940, nous le livrons tel que :
Communiqué de presse
Présidence de la République
Palais de l’Élysée
Concours international d’architecture du Louvre – Plan Renaissance
Paris, le [date]
Le Président de la République a pris connaissance des conclusions du jury indépendant chargé d’examiner les projets présentés dans le cadre du concours international d’architecture du « Plan Renaissance » du Musée du Louvre
Après plusieurs mois d’études et d’auditions, le jury a considéré qu’aucune des propositions soumises ne permettait, à ce stade, de concilier pleinement les trois impératifs qui fondent cette démarche :
– la préservation absolue de l’intégrité historique et symbolique du Palais du Louvre ;
– la transformation ambitieuse des conditions d’accueil face à une fréquentation structurellement élevée ;
– la soutenabilité financière et environnementale d’un projet d’ampleur nationale et internationale.
Dans ce contexte, le concours est déclaré infructueux.
Le Président de la République souligne que cette décision ne constitue ni un renoncement ni un recul, mais l’expression d’une exigence accrue. Le Louvre n’est pas un site comme les autres : il est à la fois un monument historique majeur, un musée universel et un symbole de l’influence culturelle de la France.
Les réflexions engagées ont permis de mesurer l’ampleur des attentes, parfois divergentes, qui entourent l’avenir du musée : attentes patrimoniales, exigences scientifiques, impératifs de sécurité, aspirations contemporaines en matière d’architecture et responsabilité budgétaire.
Afin de garantir un projet fédérateur et pérenne, le Gouvernement ouvrira une nouvelle phase de travail associant les équipes du musée, les autorités patrimoniales, les représentants des personnels, les collectivités concernées et des personnalités qualifiées du monde de l’architecture et de la culture. Cette étape devra permettre de clarifier les priorités stratégiques du « Plan Renaissance », d’en affiner le périmètre et d’en sécuriser le modèle économique avant toute relance de procédure.
La France continuera d’assumer pleinement son ambition pour le Louvre : moderniser sans altérer, accueillir sans dénaturer, projeter dans l’avenir sans rompre avec l’histoire.