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Accueil > Chroniques > Chroniqueurs > Chroniques des méandres > Fin de campagne : rien appris, tout oublié !

Fin de campagne : rien appris, tout oublié !

21 avril 2026

Fin de campagne à Grenoble
Le Wood @ECDM – Jeudi Wang

À Grenoble (Isère), dernière évolution en 2025 : l’Orientation d’Aménagement et de Programmation « Bioclimatique » (OAP B). Il y a deux ans encore, on commentait la précédente, l’OAP PB, « Paysage et Biodiversité ». A-t-on seulement déjà instruit un PC probant sous son règne ? Et analysé ses impacts ? Va savoir. Chronique des méandres.

L’heure de L’an 01 n’est pas encore venue*. Tout s’est passé comme d’habitude : des candidatures, des programmes, des alliances, des meetings. Repartis pour un tour, puis un second. Nous en avons pris pour six ans. Lourde peine, sans espoir de liberté conditionnelle, l’inséparable bracelet électronique dans la poche ; une cellule VIP ou un matelas par terre, c’est selon.

L’heure n’est donc plus aux promesses ; désormais tout est compté. Pour constituer les groupes, élire les maires, bientôt les présidents des comcoms mais, surtout, pour dire ce qu’on va faire en vrai ! Dès aujourd’hui on ne rase plus gratis et tout se paie comptant.

À commencer par les compromis (pour ne pas dire compromissions) qui ont provoqué, à Grenoble, un premier conseil municipal où les noms d’oiseaux volaient bas. Une femme racisée, comme on dit désormais, a même été traitée de « négresse de salon ». Addition sévère pour une séance initiale qui laisse tout espérer et tout craindre des futures.

Pourtant, des sujets locaux pour « s’arrêter, réfléchir et c’est pas triste »*, il y en a.

Le PLUI, l’oubli électoral…

Le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal de Grenoble Alpes Métropole, dans le genre sujet sérieux rébarbatif qui n’intéresse personne quand il faut le faire mais contrarie tout le monde quand il est fait. Voilà un dossier qui aurait mérité d’être évoqué avec les candidats aux élections municipales. Pas pour le détailler et s’en plaindre mais pour connaître les intentions des prétendants, s’ils en avaient. Un programme électoral mentionnait une révision dès le début du mandat. Un autre prospectus, plus modeste, mentionnait le PLU, sans I. En abandonnant ce I faisait-il sécession de l’intercommunalité avant même d’être élu ? Toujours est-il que seules deux équipes, sur les dix qui appelaient nos votes de leurs vœux, laissaient penser que cet outil est un réel instrument de politique urbaine locale. Alors qu’annoncer une révision, forcément lourde, longue et complexe, enjeu d’affrontements procéduriers ou de fond, ne mange pas de pain. Et peut procurer la voix d’un propriétaire foncier, brimé par une nouvelle zone Na ; ou celle d’un chargé de projet promoteur, mobilisé par l’espoir qu’un pourcentage de pleine terre se négociera mieux dans une prochaine rédaction plus libérale.

… et le mouvement perpétuel

Le PLUI grenoblois a été approuvé en décembre 2019 et, à déjà connu quatre modifications et une révision allégée, outre les mises à jour ou en comptabilité. Évoluer, c’est le propre d’un outil vivant diront ses initiateurs. Mais ce sont encore et toujours des injonctions sur des objectifs surtout quantitatifs qui ignorent la liberté de tenir un engagement global dont les outils resteraient à l’appréciation du pétitionnaire : Méfiance des « urbanistes de la règle » face à la dialectique perverse des architectes ; face aussi à la versatilité des instructeurs des permis de construire (PC), adeptes du tout ou rien administratif qui craignent plus que tout l’interprétation.

À travers les thèmes des évolutions de l’appareil apparaît heureusement la progression de la conscience du sujet environnemental. Même si elle ne fait que transiter de la lutte contre le Froid des premières années du Développement Durable à celle contre le Chaud du Changement Climatique d’aujourd’hui.

Dernière évolution 2025 : l’OAP B, Orientation d’Aménagement et de Programmation « Bioclimatique ». Il y a deux ans encore, on commentait la précédente, l’OAP PB, « Paysage et Biodiversité ». A-t-on seulement déjà instruit un PC probant sous son règne ? Et analysé ses impacts ? Va savoir.

La nouvelle révision, (modification, mise à jour, mise en compatibilité, difficile de s’y retrouver), déjà sur la planche vise « la décarbonatation et un PLUI Bioclimatique, pour une métropole végétale ». Cours, cours, le vieux monde pollué est derrière toi semble dire cet empressement à renouveler des textes à peine sont-ils édités. La question écologique est au cœur de ce mouvement perpétuel comme s’il fallait rattraper le temps perdu à ne pas avoir compris le bouleversement du climat. La chasse au carbone est devenue, pour quelques années encore, le leitmotiv de tous nos projets, nouveau chantre de nos émotions univoques.

L’OAP B (bioclimatique) cherche son public

La dernière présentation de cette modification (révision ?) aux professionnels qui voulaient bien la découvrir s’est tenue le 10 octobre 2025 devant moins de trente personnes, dont les orateurs, et des élus, techniciens, promoteurs, géomètres ; quatre architectes ! Une présentation très didactique, qui évoque : la taille des arbres à conserver, ceux d’au moins 7 m ; l’emprise inconstructible du houppier ; la carte LiDAR (cartographie 3D du territoire français) pour repérer les bons sujets et de possibles arrangements : un arbre conservé en vaut deux arbres à planter (un promoteur malin plantera désormais des arbres avant le décomptage du permis de construire). Est mentionnée également l’épaisseur des substrats des terrasses végétalisée qui peut offrir un bonus de hauteur du bâtiment…

Le concept est « la métropole végétale », soit, en 2050 (!), 40 % de surface au sol en canopée, 100 % des terrasses végétalisées ou couverte d’un dispositif de production d’énergie renouvelable (EnR)…

Les questions du public fusent : qui va mesurer l’arbre de plus de sept ans d’âge (le géomètre s’est immédiatement proposé) ? Le houppier d’été ou d’hiver ? Avant ou après l’élagage ? Et puis comme toujours les professionnels appellent à la création d’une commission de conciliation (qui dit tout de nos divorces) pour raisonner les instructeurs de PC rigides et modérer les demandeurs… Et le sujet récurrent de l’interprétation des textes, celle des uns contraire à celle des autres…

En bonus, une recommandation pour les architectes : se préserver du soleil du sud ! Oui Monsieur ! En trente ans nous sommes passés de l’apport solaire gratuit pour économiser le chauffage à l’occultation de ces rayons pour économiser la climatisation, sans même introduire la relativité des saisons ou les courbes d’ensoleillement.

L’OAP PB (Paysage et Biodiversité), la précédente, recelait une belle intention de ses concepteurs paysagistes : que la PC 4 (l’ancienne Notice paysagère du Permis de Construire) devienne un véritable outil, engagé, capable d’expliquer, voire de revendiquer, une intention paysagère et pas seulement un descriptif convenu des clôtures et des plantations. Face au décodage difficile des seuls documents graphiques par les élus et techniciens qui y cherchent leurs arguments de décision, la PC 4 peut devenir un outil de médiation positive du projet. Une belle idée dont il faudrait analyser l’influence dans les PC récents.

Grenoble / Val Thorens, même combat

Pour faire vivre ces outils, l’AURG (Agence d’Urbanisme de la Région Grenobloise) organisatrice de la rencontre du 10 octobre, a demandé à ECDM architectes de présenter, en conclusion, le projet tertiaire réalisé dans l’ex-quartier ouvrier grenoblois Berriat : Le Wood**, c’est son nom, étudié sous l’emprise de l’OAP PB qui veut faire de la note paysagère une pétition sincère des intentions environnementales.

Emmanuel Combarel a fait le job, avec subtilité : valoriser la méthode, celle de l’échange avec l’aménageur et les instructeurs que l’aura nationale, voire internationale de l’architecte, rend plus persuasif. Le résultat est assez remarquable, notamment en coupe, présentant des terrasses en gradins qui offrent de sculpturaux et généreux escaliers extérieurs ; des terrasses plein ouest car c’est du sud qu’il faut se protéger…

Dehors et dedans, dans le paysage ou dans le hall, avec du bois de bardage noir et des lambrequins découpés en plafond, on est plutôt à Val Thorens (Savoie) qu’à Grenoble. Force, sans doute, de la notice paysagère bien comprise, qui instruit l’instructeur de la dimension Paysagère et Biodiversifiée du projet. Prise au sérieux, elle devient cet outil de négociation, de conviction et, enfin, de persuasion : PC 4, mon amour !

Jean-Philippe Charon
Architecte
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*Lire la chronique Vile campagne : un maire, pas d’architecte
** Bureaux Le Wood • Grenoble (38) – ecdm

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Par Jean-Philippe Charon Rubrique(s) : Chroniques des méandres

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