
À Paris (IVe), pour OSAE Partners, Paris Habitat, Caudalie maîtres d’ouvrage, MARS architectes – avec Jean-François Lagneau, architecte du patrimoine – a livré en 2025 dans le Marais Rue Pavée, la réhabilitation d’un ensemble d’immeubles classés en bureaux, commerces et spa, foyer jeunes travailleurs et 12 logements familiaux. Surface : 6 778 m². Coût : 30,30 M€. Communiqué.
Le Marais est l’un des territoires parisiens où l’histoire urbaine se lit comme une succession de réemplois, de densifications et de transformations. D’abord structuré par de grandes emprises aristocratiques, le quartier s’est progressivement recomposé : hôtels particuliers subdivisés, ateliers, commerces, remises et entrepôts ont investi les cours, jardins et profondeurs d’îlot sans effacer complètement les structures antérieures. Cette stratification est également sociale. Autour de la rue des Rosiers, de la rue Pavée et de Saint-Paul, le Pletzl est devenu l’un des foyers historiques de la présence juive parisienne, notamment avec l’arrivée de familles d’Alsace puis d’Europe de l’Est. Le site lui-même, occupé avant les travaux par l’école privée juive Yad Mordekhai, s’inscrit dans cette continuité.
À partir des années 1960, le Marais devient aussi un laboratoire de la sauvegarde urbaine. La loi Malraux et la création du secteur sauvegardé en 1964 déplacent la notion de patrimoine : il ne s’agit plus seulement de protéger des monuments, mais un tissu composé de rues, parcelles, cours, immeubles, ateliers et transformations successives. Rue Pavée s’inscrit dans cette épaisseur historique. Face au site, la synagogue construite en 1913 par Hector Guimard rappelle elle aussi la densité et la verticalité particulières du quartier.



L’ensemble conserve les traces de l’ancien Hôtel de Lorraine, fragmenté puis transformé en hôtels de Savoisy, Desmarets et d’Herbouville. Caves médiévales, murs épais, charpentes, distributions irrégulières et décors peints témoignent de ces différentes périodes. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les bâtiments sont profondément remaniés ; au XIXe, les profondeurs d’îlot se densifient avec ateliers, verrières, remises et constructions techniques. L’installation des établissements Darrasse en 1891 ajoute une strate industrielle de métal, de brique et de fer. Le site apparaît ainsi moins comme un monument homogène que comme un fragment condensé de l’histoire du Marais.
Cette accumulation fonde la démarche du projet. Il ne s’agit ni de retrouver un état originel ni de restituer une unité stylistique disparue, mais de poursuivre une histoire faite d’adaptations. Le patrimoine est envisagé comme une structure vivante capable d’accueillir de nouveaux usages. Certaines constructions sont supprimées lorsqu’elles empêchent la lumière, les parcours ou la compréhension du site ; d’autres sont conservées parce qu’elles témoignent d’une étape de son évolution. Transformer ne signifie donc pas remplacer, mais maintenir actif un ensemble qui n’a jamais cessé d’évoluer.
L’un des principaux enjeux consiste à retrouver lumière, vues traversantes et continuités dans un îlot progressivement saturé. Les circulations sont réarticulées et les différences de niveaux deviennent des ressources spatiales. Les nouvelles façades sur cour, légères et répétitives, diffusent lumière et profondeur plutôt qu’elles ne cherchent à constituer une figure autonome. Ventilation, lumière naturelle, vues et relations entre espaces collectifs et domestiques structurent l’intervention.


Le projet rassemble bureaux, commerces, spa, espaces événementiels, logements familiaux et foyer de jeunes travailleurs. Plutôt que de juxtaposer ces fonctions, il organise leurs voisinages : circulations prolongées par des espaces collectifs, cours partagées, seuils et degrés d’intimité composent une sorte de micro-ville intérieure. Le foyer de jeunes travailleurs réintroduit notamment une dimension résidentielle et sociale dans un ensemble longtemps marqué par les usages administratifs et productifs.
La grande cour centrale constitue le principal espace de respiration. Accessible depuis la rue par deux porches hérités des anciens hôtels particuliers, elle réactive la structure historique des parcelles profondes du Marais. Elle met face à face les façades restaurées des hôtels et celle de l’ancien bâtiment industriel, entièrement réhabilitée à partir de sa trame d’origine. Sa verticalité et sa transparence apportent lumière et profondeur sans opposer artificiellement ancien et contemporain. Un petit pavillon conservé au centre de la cour devient l’accès aux espaces souterrains et maintient la mémoire des constructions secondaires autrefois accumulées dans l’îlot. La cour révèle ainsi cette ville intérieure, dense et stratifiée, généralement invisible depuis la rue.


En sous-sol, salle événementielle, spa, réserves et espaces de service occupent une strate plus silencieuse et contrôlée, dans la continuité des anciennes caves et infrastructures. Au rez-de-chaussée, l’accueil installé dans l’ancien bâtiment industriel se présente comme une grande pièce habitée, ouverte sur la cour et mêlant réception, travail informel, réunion et sociabilité. Tables, plantations, bois, rideaux et mezzanines vitrées donnent à cet ancien volume productif une atmosphère plus domestique.
Dans les étages, les bureaux occupent la longueur de l’ancien bâtiment industriel au contact de la grande façade vitrée. Trame régulière, poutres, gaines apparentes et plafonds bruts rendent lisible la structure constructive, tandis que bois, textiles, végétation et mobilier en tempèrent l’échelle. Dans les anciens hôtels particuliers, l’intervention demeure plus mesurée afin de préserver proportions, épaisseur des murs, hauteur des baies et rythme des pièces.

Enfin, au-dessus des bureaux, 26 studios du foyer de jeunes travailleurs prennent place dans l’enveloppe volumétrique existante, les contraintes patrimoniales interdisant toute surélévation. Organisés autour d’un patio végétalisé au niveau des toits de Paris, ils bénéficient d’un espace commun calme, lumineux et frais. Les façades en bois et la végétation installent une atmosphère domestique distincte des niveaux tertiaires et commerciaux. Ce patio partagé achève le projet sur une forme d’intimité collective : une nouvelle strate ajoutée à un ensemble dont l’identité s’est précisément construite, au fil des siècles, par transformations successives.
