
À Évreux (Eure), pour SHEMA / SPL Évreux Normandie Aménagement, sur le site de l’ancien Hôpital St-Louis, l’agence VIB architecture (Franck Vialet, Bettina Ballus) a livré en 2025 un Institut de formations paramédicales et parking silo. Surface : 15 000 m². Montant des travaux : 18,50 M€ HT. Communiqué.
Former aux métiers du soin implique de concevoir un lieu capable d’accompagner des apprentissages exigeants, des rythmes de travail intenses et une relation quotidienne à l’humain. À Évreux, le nouvel Institut de Formations Paramédicales de l’Eure (IFPE) traduit cette ambition à travers une architecture intégrant des équipements pédagogiques et technologiques de dernière génération, attentive à ses jeunes usagers, à son contexte paysager et aux enjeux environnementaux actuels, où la dimension humaine du projet s’articule étroitement avec le paysage et le vivant.

En cœur de ville historique
Implanté sur l’îlot Saint-Louis, en centre-ville d’Évreux, l’IFPE prend place sur un ancien site hospitalier, riche de vestiges antiques et médiévaux. Le projet marque la première phase de reconversion du site, intégrée au développement d’un quartier mixte à dominante paysagère, imaginé par les urbanistes Philippon Kalt. Située non loin de la cathédrale Notre-Dame d’Évreux, l’opération a été suivie par l’Architecte des Bâtiments de France.
La relocalisation de l’ancienne école d’infirmières participe à la dynamisation du centre-ville en rapprochant les étudiants des commerces et du nouveau parc Saint-Louis, qui structure le cœur d’îlot. L’opération associe dans un même volume bâti l’institut de formation et un parking silo de 318 places, répondant aux besoins des étudiants, des enseignants et des services municipaux, tout en limitant l’emprise au sol. Des plateaux d’activités totalisant 800 m², implantés au nord participent à l’animation du quartier. Au centre de l’opération, un jardin en pleine terre prolonge le parc Saint-Louis et apporte de la lumière naturelle au cœur de l’édifice.


Une architecture pour deux
L’Institut de formations paramédicales et le parking s’inscrivent dans un bâtiment en U dont l’écriture architecturale assure l’unité tout en exprimant des façades différenciées selon leur orientation. Côté rue, au nord, le bâtiment affirme une présence urbaine qui s’inscrit à la fois dans le rythme de la voie de contournement du centre-ville et dans celui des ensembles de logements voisins.
La composition verticale et le rythme des grandes baies accompagnent l’échelle du tissu environnant et signalent l’équipement public. Côté jardin, au sud, l’architecture adopte une écriture bioclimatique avec coursives, balcons et projections horizontales des dalles de stationnement, le tout étant unifié par une trame verticale de poteaux.
Cette mutation architecturale permet de concilier, au sein d’un volume unique, les logiques propres à la formation et à la mobilité. Le parking, structuré en demi-niveaux, est conçu pour évoluer à terme et prolonger la durée de vie du bâtiment. Ses strates végétalisées, les balcons généreux de l’école et les terrasses pédagogiques disposées en gradins développent une relation directe avec le paysage, offrant des vues, des prolongements extérieurs et des espaces de respiration. Les casquettes et les balcons participent également à la protection des façades vitrées contre l’ensoleillement et contribuent à réguler le confort d’été anticipé pour les années à venir.
Le dessin des façades, structuré par le jeu des lignes verticales et horizontales, organise pleins, vides et relations au paysage dans une composition dynamique. Grandes baies, allèges pleines et coursives s’assemblent dans un ensemble où l’expression formelle provient directement des logiques d’usage, d’éclairement et de protection climatique. Des pans en pierre de taille, briques ou moucharabiehs, ainsi que les jardinières et les garde-corps filants, introduisent profondeur, vibration et variations d’échelle. Ici, la fonctionnalité ne contraint pas l’esthétique : elle la génère.

Une école publique ouverte
Le nouvel Institut de Formation Paramédicale de l’Eure est conçu pour accueillir jusqu’à 660 étudiants, répartis entre les formations en soins infirmiers, d’aides-soignants et d’auxiliaires de puériculture. Développé sur environ 5 000 m², le bâtiment regroupe l’ensemble des espaces nécessaires à l’enseignement : un amphithéâtre de 242 places, des salles de cours modulables, des espaces de simulation pédagogique, ainsi que des lieux de vie partagés comme le CDI et le foyer des étudiants.
L’école s’organise autour d’un atrium central baigné de lumière naturelle, véritable cœur du projet qui structure les circulations et relie les différents niveaux, de l’amphithéâtre semi-enterré aux salles d’enseignement. Les plateaux libres, portés par des poutres précontraintes de 12,5 m, offrent une grande flexibilité d’usage, accueillant aussi bien de grands espaces de formation que des bureaux ou salles spécialisées.
Visible depuis la rue grâce à de larges baies, l’amphithéâtre affirme l’ouverture de l’équipement sur la ville. Accessible en soirée, il peut recevoir des événements extérieurs et renforcer le rôle de l’institut comme lieu d’échange.


Une matérialité expérimentale
Malgré un budget contraint, le projet mobilise des matériaux durables et biosourcés issus de filières locales. Les ambiances intérieures privilégient des matériaux naturels et des tonalités chaleureuses, participant à la qualité des espaces d’apprentissage et au confort quotidien des étudiants. Basées sur des paramètres psychophysiques, les salles d’enseignement ont été conçues avec de grandes ouvertures, des cloisons en brique de terre crue et des absorbants acoustiques en bois. Le mobilier sur mesure et la signalétique didactique reflètent l’attention portée à une ergonomie du soin.
Les façades minérales s’inscrivent dans une palette inspirée des tonalités calcaires du territoire ébroïcien, des sols, des vestiges anciens et font référence au patrimoine voisin, comme la cathédrale ou le palais épiscopal. Bétons bas carbone aux nuances naturelles, briques de béton préfabriquées et pierres de Vernon composent une matérialité pérenne dont les nuances accrochent la lumière et ancrent le bâtiment dans le paysage.
Les briques de terre crue, comme les briques de béton devant les façades à ossature bois, ont nécessité une Appréciation Technique d’Expérimentation (ATEx) ainsi que des mises au point et des procédures de validation spécifiques lors des études et à nouveau en chantier. De même, les panneaux photovoltaïques installés au-dessus des toitures végétalisées sont sous procédure ETN (Enquête de techniques nouvelles) et ont demandé de longs échanges avec les fabricants et certificateurs.
L’enveloppe du bâtiment est complétée par des ouvrages en bois pré-grisé utilisés pour les platelages des terrasses et les façades bardées donnant sur les patios. Des pare-vues et ombrières en bois, coiffent le dernier niveau et unifient la silhouette du bâtiment tout en accompagnant la stratégie énergétique et bas carbone du site.


En symbiose avec la nature
Bien que situé en centre-ville, l’opération profite de nombreuses vues sur les coteaux qui ceinturent l’agglomération. Cette relation au paysage se prolonge dans le projet paysager : avec plus de 80 essences végétales, dont 80 % indigènes et 40 % locales, l’opération s’inscrit dans la labellisation BiodiverCity du quartier Saint-Louis. Les toitures végétalisées, composées de 30 cm à 110 cm de substrat, favorisent la biodiversité et améliorent le confort d’été du centre-ville.
Au dernier étage, deux patios plantés rapprochent la végétation des bureaux de l’administration, de véritables havres de calme au sein d’une école vivante. Au centre de la parcelle, les étudiants profitent d’une terrasse ensoleillée et d’un jardin en pleine terre organisé autour d’une noue paysagère qui favorise l’infiltration naturelle des eaux pluviales. Agrémenté d’arbres élancés, le jardin semble monter sur la façade du parking vers de larges jardinières où déborderont à terme des plantes grimpantes. La présence conjointe de matériaux naturels et d’une végétation champêtre et médicinale inscrit l’IFPE dans une relation concrète entre architecture, paysage et usages quotidiens.

Le langage du bien-être
Loin d’un objet autonome, le bâtiment établit des continuités : avec la ville, avec le paysage, avec les usages qu’il accueille. Traversant et perméable, le bâtiment prolonge les espaces extérieurs jusque dans le hall et diffuse la lumière naturelle au cœur de l’édifice. Cette organisation spatiale contribue à la lisibilité des circulations, au confort des ambiances et à la qualité du cadre quotidien.
Par la clarté de ses volumes, la précision de ses façades et la pérennité de sa matérialité, le projet affirme une présence urbaine mesurée, tout en développant une relation directe au paysage et au vivant. Pensée pour accompagner des formations exigeantes et des métiers profondément humains, l’architecture offre ici un cadre attentif à celles et ceux qui, demain, prendront soin des autres.