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Accueil > Chroniques > Chroniqueurs > Chroniques de Stéphane Védrenne > Canicule : faut-il tout calibrer par rapport à l’exceptionnel ?

Canicule : faut-il tout calibrer par rapport à l’exceptionnel ?

30 juin 2026

Canicule Aléas climatiques
Tempête de neige à Montréal @Mourial

« Voilà l’été, j’aperçois le soleil » dit la chanson. En 2026 en France, l’arrivée de l’été se fait en grande pompe avec une longue période de chaleurs historiques. De tels évènements permettent de requestionner nos modes de vie, nos dogmes et de tester notre capacité d’adaptation. Force est de constater que dans ce domaine la France n’est pas exemplaire !

Il faut bien le reconnaître, et ce n’est pas nous faire injure, mais ce pays n’a jamais été précurseur dans le domaine de l’adaptation au climat. Cela pour au moins deux raisons. La première est que nous avons toujours bénéficié d’un climat tempéré. Oui il peut faire chaud l’été durant une semaine, rarement plus ; même la durée de la vague de chaleur historique subie en juin 2026 n’aura pas excédé beaucoup plus d’une semaine… Faut-il pour autant installer la clim dans tous les logements et édifices en général ? Avec quel retour sur investissement ?

De même n’avons-nous jamais été les champions de l’isolation des bâtiments, ce qui s’explique par le fait que, sur la plus grande partie du territoire, franchir la barre du zéro degré est plutôt rare et généralement de courte durée. Il faut se souvenir également que dans les années ‘60/70, le dogme était plutôt de consommer sans retenue l’électricité que le nucléaire offrait en quantité et pas cher !

L’autre raison, qui est liée à la première, est que des générations successives avaient une foi inébranlable dans la technologie et avaient tendance à penser que celle-ci permettait de s’affranchir des contraintes du climat et de la géographie. Nous avons construit le tunnel sous la manche, conçu le TGV et les fusées Ariane, l’irrigation a permis de fiabiliser l’agriculture, laquelle a opéré une sélection des essences agricoles permettant de garantir des rendements élevés et d’éloigner les risques de famines quels que soit les aléas climatiques « courants ». L’aléa exceptionnel était anecdotique et compensé par la dépense publique, une autre grande spécialité française.

Sauf que quand l’exceptionnel devient récurrent et que les caisses de l’État sont déjà vides, l’équation devient compliquée. De se rendre compte qu’en réalité la période de canicule que nous subissons pose plus de problème aux urbains qu’aux agriculteurs…

En effet, il est douloureux de constater que la technique ne peut pas tout et qu’elle aussi peut être impactée par des évènements météorologiques : le TGV et les transports ferrés en général ont une plage de température de fonctionnement et lorsqu’il fait très chaud ou très froid, ils fonctionnent moins bien ; le nucléaire à besoin d’eau ; sans vent, la ville dense s’échauffe très vite.

Cette volonté d’industrialiser et de normaliser nos vies a aussi conduit à l’aménagement du territoire que nous subissons aujourd’hui : un maillage de mégalopoles toujours plus dense, reliées entre elles par des transports rapides qui méprisent le terroir traversé, laissé-pour-compte à la désertification. Le problème est d’avoir négligé, sinon oublié, les corollaires de cette vision que sont l’artificialisation à outrance que cela génère et les risques d’inondations, les îlots de chaleurs produits et le recours systématique à la climatisation que cela impose, la dépendance à des systèmes de transports de masse pour alimenter en nourriture l’ensemble de la population et la pollution ainsi engendrée. Sans parler des logements majoritairement petits, compacts et mono-orientés qui s’échauffent à la moins montée du thermomètre…

Bref nous avons oublié qu’une ville se bâtit sur un terroir et dans un environnement climatique à respecter.

Alors faut-il tout calibrer par rapport à l’exceptionnel ? Faut-il au motif que nous subissons une ou deux fois par an une semaine de forte chaleur abandonner le blé au profit du sorgho, céréale typique des pays arides ? Il y a là une démarche quelque peu alarmiste lorsque l’on se souvient que les dernières inondations subies par la France remontent à trois mois. Surtout, parce que nous avons perdu notre capacité à travailler avec la nature, nous laissons filer à l’océan les millions de mètres cubes d’eau douce tombés du ciel, si nous avions pu nous les aurions même poussés pour qu’ils s’en aillent plus vite. Et maintenant nous allons insulter les agriculteurs qui vont irriguer depuis les nappes phréatiques pour permettre aux cultures de passer la semaine de grosse chaleur ? Toutefois, s’ils ne le font pas et que nous n’avons rien dans nos assiettes d’ici quelques mois sauf à prix prohibitif parce que les récoltes n’auront pas été bonnes… nous les insulterons de la même façon.

La réalité est que notre foi en la technologie nous a fait perdre tout bon sens paysan qui poussait à exploiter ce que la nature mettait à porter de main, ce bon sens qui associé à un peu d’ingénierie nous a permis d’élever le pays là où il en est aujourd’hui, et ce bon sens qui lors des fortes chaleurs savait ralentir le rythme de travail durant quelques jours avant, la vague passée, de mettre les bouchées doubles pour récupérer le retard.

Cette perte de sens est symptomatique de la France. Il suffit de regarder les pays qui sont confrontés tous les ans à des aléas climatiques forts, comme le froid avec des tempêtes de neige qui peuvent atteindre des cumuls que nous ne connaîtrons jamais en France, ou connaissent des périodes de très fortes chaleurs bien supérieures à ce que nous subissons. Ceux-là, le temps de revenir à des conditions plus « normales », ont intégré dans leur fonctionnement le ralentissement de la vie et les pertes d’activités qu’il génère, et cela même dans les pays très développés comme les États-Unis ou le Canada.

Nous, en France, on hurle dès qu’un TGV arrive en retard parce qu’il ne pouvait pas rouler à la bonne vitesse, que les vols sont suspendus parce qu’il y a de la neige ou que les chantiers se mettent à l’arrêt parce qu’il fait trop chaud et cela vaut tout autant pour couler du béton ou assembler des poutres en bois.

Bien sûr, la tentation existe à chaque aléa de vouloir adapter notre environnement pour éviter de le subir à nouveau, mais il est bon aussi de se rappeler que la nature nous réservera toujours des surprises différentes, que la météo ne rentre pas dans un tableur excel, que le propre de l’homme est de s’y adapter et que finalement la France reste malgré tout un territoire tempéré qui peut subir des vagues de froid comme des vagues de chaud. À nous d’aménager le territoire pour qu’il soit résilient vis-à-vis de ces évènements et de tirer le meilleur parti de ce que nous donne la nature.

Stéphane Védrenne
Architecte – Urbaniste
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Par Stéphane Védrenne Rubrique(s) : Chroniques de Stéphane Védrenne

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