
A Sanbao, un village au nord de la province du Jiangxi, Yang Liu, l’architecte fondateur de DL Atelier, basé à Beijing, a livré un Art Museum dédié aux artistes de la porcelaine. Selon lui, l’architecture est comme une «intelligence artificielle permettant de communiquer silencieusement avec ses visiteurs à travers ses espaces». Impression et imagination ? Communiqué.
Le Sanbao Art Museum se trouve dans le village Sanbao, un lieu scénique près de Jingdezhen, la capitale de porcelaine de Chine. Depuis plus de dix ans, les artistes de la porcelaine ont été invités à y installer leurs ateliers. Ainsi est né un centre de création dynamique et florissant qui attire toujours plus de talents, et avec eux, la passion et les rêves hérités de la tradition de l’art de la porcelaine. Les nombreuses industries liées à la porcelaine qui se sont également installées créent un environnement très compétitif, où il faut beaucoup d’ingéniosité et d’efforts pour pouvoir percer.

La porcelaine et le Maître
A Sanbao il y a des artistes, de l’art, et des lieux où les exposer. La relation entre les artistes et leurs créations est en quelque sorte romantique, comme un premier amour ; une exploration directe où il faut également négocier et se montrer subtil.
La transformation dans les fours à poterie est comme le développement d’un film : plein d’incertitudes, même si les photographes ont projeté leur meilleure imagination sur le film avant d’appuyer sur l’obturateur, le résultat final peut être surprenant ou décevant. Cependant, ce sont les risques et les incertitudes qui poussent les photographes à revoir chaque détail en long, en large et en travers avant d’appuyer sur l’obturateur.

La création de porcelaine est similaire, dans le sens où cela nécessite beaucoup d’expérience et de volonté ; il y a toujours des essais et des échecs, des pistes à relever, une négociation constante et une relation romantique entre le créateur et son œuvre.
Le rôle du musée d’art est de construire un espace interactif pour encourager une communication entre les visiteurs et l’espace qui ressort autant de l’émotion que du comportement.
Les espaces sont créés avec un sentiment de mystère pour déclencher diverses sensations et une stimulation psychologique des visiteurs. «Dans notre folle imagination, l’architecture peut agir comme une intelligence artificielle permettant de communiquer silencieusement avec ses visiteurs à travers ses espaces», explique Yang Liu, fondateur de DL Atelier, basé à Beijing.

Naturel et artificiel
Naturellement, des ruisseaux traversent cette étroite vallée et chantent la fine porcelaine depuis des millénaires. Artificiel, le musée s’inscrit en contraste au paysage naturel, tel une scène du film 2001 : L’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick ; une gigantesque création artificielle terrée dans le paysage naturel. La surface est pleine de mousse et de terre ; son contour, lui, est cependant évident dans la montagne.

L’objet exposé, miroir de soi-même
Le musée, qui fait 150m de long, apparaît de l’extérieur comme une forme linéaire mais à l’intérieur la visite est non-linéaire : les visiteurs peuvent choisir où se rendre. Le but est d’encourager la sérendipité entre les gens et les espaces.
«L’architecture peut créer une atmosphère dans laquelle les visiteurs peuvent développer et entretenir des connections personnelles, les objets exposés perdent alors de leur importance en tant que tels mais deviennent des miroirs intimes à chaque visiteur. Les vraies œuvres d’art sont un moyen de nous aider à voir le vrai ‘moi’, parfois clairement, parfois vaguement, parfois réel, parfois irréel», poursuit Yang Liu. «Pendant la visite de ce labyrinthe, les visiteurs apprennent à se comprendre mieux», dit-il.

Impression et imagination
Les murs, la partie la plus importante pour former l’espace et l’atmosphère du lieu, sont faits en béton de terre pour offrir un sentiment poétique. Le passage principal est un long couloir transparent, de 100m, enfermé dans des murs 4 m de haut.

Les expériences du visiteur sont variées selon les espaces du musée. Il sera attiré par l’avant-toit tendu après l’espace destiné au bois ou choisira de se détendre à l’écoute du ruissellement de l’eau avant de s’enfoncer dans la crypte pour encore un autre monde.
Les choix sont multiples : monter ou descendre, s’émerveiller ou méditer près d’une mare paisible, apprécier l’exposition ou se relaxer dans un coin. Différents choix nourrissent différentes expériences, ce qui enrichit la relation entre les artisans de porcelaine et leurs créations. Chaque visite est une histoire entre le visiteur et l’architecture, un mélange de découverte, d’attente, d’anxiété, de déception et de joie.

Nouveau et ancien
La plupart des matériaux utilisés pour ce musée, comme la terre damée, des panneaux de zinc de titane et du travertin, seront érodés par le temps. Ce processus d’érosion est comme la fermentation du vin, le temps lui donne un goût unique. La terre des murs, naturellement légèrement rouge, provient du village de Sanbao et donne à l’ensemble une familiarité avec son environnement.

Traduction : A. L.