
Le Prix Versailles a dévoilé en mai 2026 les noms des seize réalisations constituant la Liste 2026 des Plus beaux hôtels du monde lesquels, récemment ouverts constituent des références à la fois insolites et patrimoniales pour les destinations qu’ils représentent. Deux lauréats français. Découverte (1ère partie).
« Les réalisations qui forment la Liste 2026 des Plus beaux hôtels du monde prônent un art de vivre fondé sur l’enchantement et l’innovation, parfaitement ancré dans le paysage local. Elles apportent une vision de l’excellence dans l’aménagement intérieur et extérieur des constructions, et servent ainsi une hospitalité vertueuse qui embellit l’environnement bâti et comble les aspirations des voyageurs. Dotés chacun d’une personnalité exceptionnelle, ces hôtels offrent un horizon lumineux et, à leur manière, un dialogue bienvenu dans la mondialisation culturelle », souligne Jérôme Gouadain, secrétaire général du Prix Versailles.
The ArcadiaPlace, Lugu Lake, Chine

Perché à 2 690 mètres d’altitude sur la rive sichuanaise du lac Lugu, l’hôtel The Arcadia-Place, Lugu Lake offre, à quelques pas de deux anciens villages mosuo, une immersion dans l’une des dernières sociétés matriarcales au monde. Ses courbes organiques épousent le relief environnant, évoquant un foetus en gestation, symbole discret d’harmonie entre l’humanité et la nature.
Pensé par l’architecte Lu Yang, l’établissement accueille 57 chambres baignées de lumière, proposant chacune une terrasse ouverte sur un panorama saisissant où se rencontrent ciel, eau et reliefs. Comme dans les trois villas attenantes, l’intérieur associe matières brutes et tons apaisants. Les baignoires aux teintes de jade et les carreaux de céramique personnalisés reflètent les nuances changeantes des eaux du lac Lugu, instaurant une atmosphère de profondeur et de sérénité.
À l’extérieur, chaque instant devient expérience : observer la brume hivernale, admirer les fleurs d’été ou contempler les étoiles depuis la piscine à débordement au cinquième étage (surnommée « OEil du Ciel ») permet de renouer avec le rythme de la nature, de la culture et du temps lui-même.

The Silk Lakehouse, Shangri-La Hangzhou

La magie du lac de l’Ouest, dans le centre historique de Hangzhou, est louée par le poète depuis plus d’un millénaire. La « Maison de la soie près du lac », sur ce site exceptionnel, est une réinterprétation de l’ancienne aile Est du Shangri-La Hangzhou.
Sous la houlette de l’agence Kokaistudios, les deux derniers étages de l’hôtel ont été volontairement supprimés pour mieux conserver le paysage culturel inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et préserver la silhouette du lac. La façade a été retravaillée et les ouvertures soigneusement cadrées pour sublimer les vues.
À l’intérieur, dans l’esprit luxuriant du lieu, le designer belge Gert Voorjans et le designer espagnol Lázaro Rosa-Violán ont été associés pour réinventer la demeure d’un marchand de soie du Jiangnan, dans un dialogue où l’Orient rencontre l’Occident, la culture ancestrale le monde contemporain.
L’atmosphère intime et la quiétude évoquent la visite chez un ami, la quintessence de l’hospitalité asiatique fondée sur l’art et la joie de recevoir.

Sir Prague, Prague, République tchèque

Sir Prague s’élance dans un édifice néo-Renaissance construit en 1884 par l’architecte Vratislav Pasovský, puis enrichi par la patte Art nouveau d’Osvald Polívka. À deux pas de la Vltava, dans le périmètre inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’hôtel, à proximité immédiate du Théâtre national et de la maison dansante de Frank Gehry, témoigne d’un mariage réussi entre le style historique et l’audace.
Familiers sont les façades en pierre restaurées, la tour à lucarne et son dôme, le portail sur la rue Náplavní, les rampes en fer forgé, les parquets et l’escalier sculptural en bois. Audacieux, le renouvellement intérieur, par Linda Boronkay, inspiré de l’héritage du cubisme tchèque dont témoigne une sélection de meubles vintage aux lignes angulaires.
Un récit poétique fait référence à la princesse Libuše, fondatrice légendaire de Prague. Le résultat est une série d’espaces qui ne ressemblent à aucune autre, des chambres et suites chaleureuses et éclectiques, quand bien même de nombreuses architectures originales sont restées intactes. Une restauration minutieuse et une splendide réinterprétation qui en font un haut lieu du design.

Chiemgauhof Lakeside Retreat, Übersee, Allemagne

Avec une vue panoramique sur le lac Chiemsee et l’arc alpin à l’horizon, Chiemgauhof a été conçu pour répondre à la vision des hôteliers Ursula et Dieter Müller, où priment l’atmosphère et l’authenticité.
Le studio milanais Matteo Thun a revisité l’esprit des granges de la région : une architecture qui se fait discrète, sublimant la présence de la nature chère aux romantiques allemands. Parfaitement intégré, le bâtiment devient un repère visuel la nuit, évoquant la lanterne japonaise et limitant la pollution lumineuse dans le paysage.
Le design intérieur mêle matériaux naturels et touches inattendues d’inspiration japonaise. Chaque détail, chaque finition ont été réalisés en étroite collaboration avec des artisans locaux. La structure et le décor suggèrent une rigueur géométrique, combinés pour réinterpréter la tradition dans un esprit contemporain.
Chiemgauhof affirme ainsi une forme de luxe empreint d’une certaine sobriété, enraciné dans le territoire, entre héritage bavarois, hospitalité moderne et harmonie avec la nature.

La Fondation, Paris, France

Au sein du 17e arrondissement, dans l’ancien village des Batignolles, résidentiel, créatif et en pleine transformation, La Fondation propose une vision inédite de l’hospitalité parisienne : architecturale, vivante, plurielle et profondément ancrée dans son quartier.
Le projet, signé PCA-Stream, s’inscrit dans un ensemble hybride alliant gastronomie, bien-être et programmation culturelle. Il valorise les volumes d’origine, la matérialité minérale et la force structurelle du bâtiment. En contrepoint des matériaux bruts, la nature – murs végétaux, terrasses, patios et jardins
suspendus – s’invite partout, créant des refuges verdoyants en marge de la frénésie urbaine.
L’architecture intérieure, confiée au studio Roman and Williams, développe un langage sensoriel où la noblesse de la matière, le travail de la lumière, le recours à l’artisanat et le jeu des contrastes composent une scénographie raffinée.
Figure de proue d’un luxe discret, en dehors des sentiers battus, ce cocon arty, précurseur de toutes les attentes d’un hôtel cinq étoiles, est un mystère de Paris qui ne restera pas secret longtemps.
Lire aussi notre présentation À Paris, La Fondation, par PCA-Stream, avec Roman & Williams

Les Roches, Le Lavandou, France

Construit dans les années 1930 face aux îles d’Or et à la Méditerranée, Les Roches incarne avec éclat la renaissance d’une adresse mythique de la Côte d’Azur. Repensé par l’architecte Jean-Baptiste Pietri, l’hôtel épouse parfaitement les lignes naturelles des calanques de Peire Gouerbe.
La structure, faite de murs épais, de percements maîtrisés, de matériaux durables et d’ombres portées, contribue à donner l’impression d’un navire posé sur l’eau. Les volumes imbriqués dans la pente, les passerelles métalliques et les escaliers intégrés dans le paysage créent un dialogue constant et fluide entre la minéralité massive de la pierre de Bormes, extraite localement, et la légèreté technique du béton fibré.
Héritier d’une riche histoire ayant accueilli artistes et figures emblématiques, comme Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Jean Cocteau ou encore Christian Dior, Les Roches conjugue mémoire et modernité. De l’accueil à la réception, des suites au préau de la piscine, du toit végétalisé au jardin, une collection d’oeuvres d’artistes et designers contemporains participe à faire de l’hôtel un vrai petit musée.
Lire aussi notre présentation : Au Lavandou, l’hôtel Les Roches par PietriArchitectes

The Telegraph Hotel, Tbilissi, Géorgie

C’est un tour de force réalisé par l’agence de Shanghai Neri&Hu, à Tbilissi, en Géorgie. L’hôtel The Telegraph, conçu en 1964 par les architectes géorgiens Lado Alexi‑Meskhishvili et Teimuraz Mikashavidze, est une structure monumentale à la gloire conquérante de l’architecture soviétique : façade architectonique, corniches imposantes, doubles atriums, plafond en caissons.
Aujourd’hui, cet héritage – dont le nom anachronique demeure plein de poésie – est devenu un symbole éclatant de l’avenir de Tbilissi. Ancien centre névralgique des communications, The Telegraph est en effet réinterprété, sous l’impulsion de George Ramishvili, comme une oeuvre architecturale où la mémoire industrielle dialogue avec le design contemporain.
Dans ce qui fut longtemps un endroit réservé, le rez-de-chaussée est devenu un prolongement de l’espace public, un réseau de couloirs évoquant les ruelles étroites de la vieille ville. Cette cour centrale, imaginée en place urbaine, accueille des restaurants, une bibliothèque, un club et crée un univers intérieur et civique dont les balcons communs, typiques des complexes résidentiels géorgiens, lui donnent un air de joyeuse agora.

Villa Dubrovnik, Dubrovnik, Croatie

Surplombant la mer Adriatique et ses eaux émeraudes, l’hôtel s’insère dans un bâtiment classé, conçu en 1961 par l’architecte Mladen Frka. Son enveloppe extérieure épouse la topographie côtière, face à l’île de Lokrum et à la vieille ville. Studio Arthur Casas a été chargé de remanier profondément les intérieurs, quelque 65 ans plus tard.
En faisant le choix de la simplicité, de l’épure et de matériaux locaux, dans un style qui lui est propre, l’architecte brésilien rend hommage à l’âme cosmopolite de Dubrovnik. La pierre calcaire, le stuc, la terre cuite et le chêne créent une palette naturelle, enrichie par des références subtiles aux influences italiennes et vénitiennes. Le raffinement se retrouve encore dans des détails décoratifs surprenants, tels les panneaux perforés des armoires qui réinterprètent les motifs de la dentelle croate.
Rien d’ostentatoire pour autant : le mobilier fait sobrement le lien entre l’histoire d’hier et celle d’aujourd’hui. À Villa Dubrovnik, la modestie est sérénité. Du grand art.
