
À Angers (Maine-et-Loire), pour ATARAXIA / CCS maître d’ouvrage, Säbh (Studio d’architecture Bruno Huet) a livré en 2025 Le Molière, restructuration et surélévation de l’ancienne usine Cointreau en programme mixte. Surfaces : 10 695 m² SDP dont 6 846 m² en réhabilitation et 3 849 m² en surélévation. Coût : 22,30 M€ HT. Communiqué.
D’un patrimoine industriel en lieu de vie contemporain, il s’agit de la métamorphose de l’ancienne usine Cointreau en programme mixte : Le Molière, site historique au cœur des mutations urbaines angevines est aujourd’hui un immeuble de bureaux abritant le siège social du Crédit Mutuel Anjou (6 800 m²), 35 logements du T2 au T5 (3 638 m²), terrasses (1 723 m²) et l’Espace Molière et espace événementiel (257 m²).
Occupé dès 1857 par la fabrique Cointreau, entreprise angevine emblématique spécialisée dans les spiritueux, et alors que la ville conserve aujourd’hui peu de vestiges de son passé industriel, l’édifice présente un caractère patrimonial indiscutable, constituant un témoignage essentiel de cette période.
Situé entre la place Molière, la rue Thiers et les quais de la Maine, ce site, acquis par le Crédit Mutuel de l’Anjou en 1972, occupe une place singulière dans la mémoire collective. Massif, minéral et introverti, il s’est longtemps imposé comme une présence forte mais peu lisible dans le paysage urbain. Au-delà de la restructuration complexe d’un édifice unique de l’architecture industrielle du XIXᵉ siècle, l’ambition était de le réinscrire pleinement dans la vie de la cité, en lui conférant une nouvelle porosité et de nouveaux usages.

Urbanisme : un projet manifeste pour une ville en transformation
Le Molière constitue une forte composante urbaine, inscrite dans le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur grâce à une concertation étroite avec la Ville et l’ABF. Cette démarche a permis de concilier la préservation du patrimoine avec les exigences contemporaines de transformation urbaine, en rouvrant le bâtiment sur la ville et en participant activement au projet Cœur de Maine, nouvelle polarité urbaine d’Angers.
Le projet s’inscrit ainsi dans une logique plus large : reconnecter la ville à la Maine, revitaliser un quartier central, préserver un édifice emblématique et créer un lieu de vie pluriel, mêlant bureaux, logements et tiers-lieux.
Par le jeu des contrastes et de la mixité des usages, le projet redonne au bâtiment sa place active dans la ville, tout en respectant son histoire et son identité. Les aménagements ouverts — cafés, rooftop accessible et connexions directes avec les quais — favorisent l’ouverture sur la rue et la rivière, renforçant la vitalité sociale du quartier.
Avec audace, la Ville et l’ABF ont également fait évoluer le PLU pour rendre possible la surélévation, en acceptant une hauteur maximale adaptée, démontrant ainsi la capacité de la réglementation à accompagner une intervention patrimoniale innovante et respectueuse du contexte urbain.


Restructuration : révéler plutôt que remplacer
Le socle historique en briques, dont la qualité minérale et la trame régulière s’imposent dans le paysage urbain, a évolué au fil du temps tout en conservant son caractère exceptionnel. La rotonde d’accueil, symbole de la culture patronale de Monsieur Cointreau, et la salle des Alambics, construite et investie progressivement de l’intérieur, ont été redécouvertes avec attention. Restaurés avec soin, ces éléments ne sont pas figés : ils sont revisités et adaptés aux usages contemporains, offrant un dialogue subtil entre histoire et modernité, tout en affirmant leur présence dans la ville.
Les façades existantes sont retravaillées avec finesse et s’ouvrent par transparence sur l’espace public et la Maine. Les menuiseries, redessinées en aluminium brun, respectent la trame originelle tout en améliorant le confort d’usage. Les percements sont ajustés, les entrées mises en valeur par des doubles hauteurs et des encadrements en cuivre, affirmant une nouvelle hospitalité du bâtiment à l’échelle du piéton. Cette démarche s’inscrit dans un dialogue étroit avec l’Architecte des Bâtiments de France, qui a permis de définir une règle du jeu : préserver l’unité du bâtiment historique tout en autorisant une écriture contemporaine assumée.


Écologie et économie : une durabilité intégrée, structurelle et évolutive
Le projet s’inscrit dans un contexte à fortes contraintes. Implanté en bord de Maine, sur un site inondable, le bâtiment existant est issu de développements successifs aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, avec des systèmes constructifs et des fondations hétérogènes. Reconstruit et transformé par strates successives, le site présentait une grande complexité de lecture. Avec une approche écologique et économique, la première réponse a résidé dans la réutilisation massive de l’existant, en conservant les murs de façades aux ouvertures très marquées ainsi que les planchers, limitant ainsi les démolitions.
La surélévation en bois contribue à réduire l’empreinte carbone globale du projet. Grâce à un principe structurel léger, la mise en œuvre d’un plancher de répartition métallique en toiture minimise l’impact sur les fondations. Cette option constructive a exigé un développement technique conciliant exigences de sécurité et pérennité de l’ouvrage. De plus, 40 places de stationnement ont été intégrées aux niveaux RDC et R+1 existant. Ces plateaux, conçus comme des espaces réversibles à terme en espace d’activités, n’ont pas été démolis et aucun sous-sol n’a été créé, rendant possible la réalisation des logements.

Une mixité programmatique pensée comme moteur urbain
Le programme repose sur une mixité d’usages : bureaux, logements, espaces événementiels et lieux ouverts au public (café, rooftop) cohabitent au sein d’un même ensemble, générant une diversité d’occupations et de rythmes.
Agora, cœur spatial – Le siège s’organise autour de la création d’une Agora centrale, qui incarne la transformation la plus manifeste. Pensée comme une éclosion intérieure, elle traverse verticalement le bâtiment et organise l’ensemble des flux, des usages et des rencontres. Loin d’un simple espace distributif, elle est un espace fédérateur, généreusement éclairé naturellement, mettant en relation les différents niveaux. La promenade ascendante qu’elle propose devient une expérience visuelle et spatiale continue, depuis la Rotonde ou la Salle des Alambics jusqu’aux terrasses et au belvédère.
Combinant open-spaces, bureaux plus confidentiels et espaces collectifs, cette organisation favorise la transversalité des échanges et une appropriation plus fluide des lieux de travail. La Rotonde historique, restaurée et ouverte par de nouveaux percements, joue un rôle clé dans cette mise en scène de lumière et des perspectives. Dans l’agora, des alcôves en bois, intégrées à la structure, offrent des espaces d’échange informels, renforçant la dimension humaine du projet.
La salle des Alambics, autre élément patrimonial majeur, est transformée en auditorium. Elle retrouve son volume originel et devient un lieu capable d’accueillir des événements. Ouvert à la fois sur l’Agora et sur la rue, il incarne l’esprit d’innovation et de partage.
Tiers lieux ou espaces hybrides – Le café, la salle des Alambics et le rooftop sont des espaces ouverts et autonomes, pensés pour dépasser la fonction initiale du site – siège d’une banque – et conçus pour accueillir des événements organisés par des tiers, favorisant ainsi des usages multiples et évolutifs. De même, l’espace événementiel du rooftop, entièrement vitré et mettant en valeur la charpente métallique, est conçu pour être flexible. Le café, ouvert directement sur l’espace public de la place Molière, fonctionne comme une entité indépendante du bâtiment pour des raisons de sécurité liées à l’activité bancaire, et contribue néanmoins à l’animation urbaine et à l’ouverture du site sur la ville.

Surélévation : habiter les toits, nouvelle silhouette urbaine
Conçue en structure bois sur un surplancher de répartition de métal, la surélévation accueille de nouvelles typologies de logements sur trois niveaux, intégrées à la fois à l’histoire du bâti et au paysage, tout en limitant l’impact volumétrique. Pensés comme une extension légère et réversible, et en rupture assumée avec la trame du socle historique, les 35 logements adoptent une composition plus libre. Le bardage bois teinté, les structures métalliques fines des balcons et les garde-corps vitrés participent à une écriture contemporaine sobre, mesurée et discrète.
L’intervention s’inscrit dans une stratégie de continuité urbaine, fondée sur une organisation rigoureuse des héberges existantes et des gabarits.


L’épannelage progressif assure une transition douce entre la place et le tissu urbain. Les volumes, fragmentés et en retrait, allègent la perception du bâti, structurent une hiérarchie lisible des niveaux et limitent l’impact du projet depuis l’espace public, tout en préservant les vues et l’ensoleillement du voisinage. La majorité des logements bénéficient d’une double orientation. Prolongés de terrasses, ils bénéficient d’un rapport privilégié au paysage urbain, la Maine et la cathédrale.

