
L’échec de Rachida Dati à la mairie de Paris remet-il en cause le projet « Renaissance du Louvre » ? De quelle influence dispose Emmanuel Grégoire ? Rapport de forces à l’issue des municipales.
La politique culturelle française a ses constantes : la centralité de l’État, le poids des symboles, et, parfois, l’irruption du politique là où l’on croyait voir une évidence patrimoniale. Le plan « Renaissance du Louvre », voulu par le président de la République et articulé autour d’une nouvelle entrée par la colonnade de Perrault, n’échappe pas à cette règle. À peine lancé, le voilà déjà pris dans un nouveau contexte : celui du maintien à gauche de l’Hôtel de Ville, au second tour des élections municipales de mars 2026 malgré les efforts appuyés de l’Élysée pour favoriser une alternance. Ce qui pourrait laisser des traces.
L’échec inattendu et sévère de l’ex-ministre de la Culture Rachida Dati à Paris, cependant, ne saurait, à lui seul, compromettre l’avenir de ce plan. Le musée est un établissement d’État, doté d’une autonomie financière et d’une capacité de mobilisation internationale importante. Le black-out du concours d’architecture, aujourd’hui encore sous embargo, relève par ailleurs d’une mécanique institutionnelle largement indépendante des alternances municipales. En ce sens, le projet pourrait suivre son cours.
Mais réduire la question à cette seule dimension serait méconnaître la réalité parisienne. Car le Louvre n’est pas une enclave : il est un morceau de ville. Et toute transformation de ses accès engage, bien au-delà du périmètre muséal, des enjeux de circulation, d’espace public, de paysage urbain. Autant de domaines où la Ville de Paris conserve, qu’on le veuille ou non, des leviers décisifs.
C’est ici que le changement politique prend toute sa portée. Avec Emmanuel Grégoire, la capitale prolonge une orientation à gauche, attachée à la régulation des flux, à une vision certes particulière de la qualité de l’espace public et aussi à une certaine méfiance vis-à-vis des grands projets impulsés d’en haut. Pourtant, rien n’indique, à ce stade, une opposition de principe à l’égard du projet présidentiel. Mais rien ne laisse non plus présager un soutien inconditionnel.
Entre l’État et la Ville, le rapport de force pourrait ainsi évoluer d’une logique d’accompagnement vers une logique de négociation. Le temps du projet pourrait s’en trouver allongé, ses modalités discutées, ses ambitions peut-être infléchies au nom d’une autre conception de la fabrique urbaine. Ce que beaucoup attendent.
Dans ce contexte, la disparition d’un relais politique comme Rachida Dati, à la croisée des sphères ministérielle et parisienne, n’est pas anodine. Elle prive le projet d’une figure capable d’en porter simultanément les enjeux culturels et politiques. Le Louvre-Renaissance reste un projet d’État ; il devient, plus que jamais, un projet à discuter avec Paris.
Il y aurait là, au fond, une épreuve classique pour les grandes institutions françaises : réussir à conjuguer une ambition nationale, par ailleurs contestable, et un ancrage local. La colonnade de Perrault, conçue au XVIIe siècle comme un geste d’autorité et d’ordre, pourrait bien, au XXIe, devenir le lieu d’un dialogue plus incertain — mais à l’évidence plus démocratique — entre les pouvoirs. Les paris (sans jeu de mots) sont ouverts.
En tant que tel, l’avenir immédiat du Louvre dépendra moins de la seule volonté présidentielle que de la capacité à faire ville autour de lui.
Jean-Claude Ribaut
Actualités du Louvre
Le feuilleton continue
Le détenu du centre pénitentiaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), qui s’était évadé vendredi 13 mars à l’occasion d’une sortie culturelle au Louvre, a été interpellé lundi 16 mars dès sa sortie de l’avion à Dakar (Sénégal) avant d’être placé en détention dans l’attente de son extradition. Comment ce détenu recherché par les enquêteurs de la police judiciaire a-t-il pu prendre l’avion ? Selon plusieurs sources concordantes, ce n’est pas par la France que l’évadé a pu décoller mais par la Belgique. Les bijoux de la couronne ont-ils emprunté le même chemin ?
Laurence des Cars : un troisième lapin ?
Laurence des Cars, l’ancienne présidente-directrice du musée Louvre, devait initialement être entendue le mardi 3 mars par les députés de la commission d’enquête sur « la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées ». Mais quelques heures avant cette audition, elle avait finalement prévenu les élus de son absence pour raisons médicales, alors qu’elle était, le soir même, l’invitée de Léa Salamé sur France 2 !
Son audition par la Commission a finalement été reprogrammée le mardi 24 mars, à 16h30, après la coupure parlementaire liée aux élections municipales. Se présentera-t-elle ? Le suspense est total… chaude ambiance en perspective !
Fictions et complotisme
Le Louvre a toujours enflammé l’imagination des amateurs de sensationnel depuis le fim Bande à Part de Jean-Luc Godard (1964), Belphégor : le fantôme du Louvre (2001), Da Vinci Code (2006) et une nouvelle série d’Arsène Lupin. Diverto a programmé sur RMC Découverte un documentaire qui recense « Les 10 secrets du plus grand musée du monde » (Podcast)