À Paris (XIIIe), pour la Régie Immobilière de la Ville de Paris (RIVP) maître d’ouvrage, l’agence Graal (Carlo Grispello et Nadine Lebeau) a livré en 2025 la réhabilitation thermique Plan Climat d’un immeuble de 49 logements en site occupé. Surface : 1 797 m². Budget 1,96 M€ HT. Communiqué.
Situé au pied du plateau du XIIIe arrondissement face à la ZAC Rive Gauche, l’immeuble réhabilité complète un îlot triangulaire formé par la rue du Chevaleret, la rue Cantagrel et la rue des Grands Moulins. Inséré dans une vaste pièce urbaine reliant les niveaux topographiques marqués du quartier et composée d’objets architecturaux aux échelles et fonctions diverses, ce bâtiment construit en 1978 se pose simplement sur sa parcelle traversante instaurant un rapport clair avec son environnement proche.
D’un côté, l’immeuble poursuit l’alignement de la rue du Chevaleret dans le prolongement de la cité du refuge, conçue par Le Corbusier, et d’immeubles faubouriens, de l’autre, côté rue Cantagrel, un jardin met à distance le bâtiment et lui confère une dimension résidentielle plus forte avec le volume du hall se détachant de la façade.


Logés dans un parallélépipède à l’organisation rationnelle, les 49 logements (T1 et T2) installés de part et d’autre d’une circulation horizontale centrale, dessinent une façade rythmée par des ouvertures aux proportions définies par leur fonction : des fenêtres de petite taille pour les cuisines et de grandes baies vitrées pour les pièces de vie. Malgré deux rapports à la rue, cette répétition typologique confère aux façades un seul et même langage permettant d’identifier la résidence dans son quartier, de part et d’autre des deux voies.
La façade existante ordonnancée par un jeu subtil de retrait et de saillie se distinguait par un maillage de parois enduites mêlées à un revêtement mosaïque gris clair, emblématique des années ‘70. Les larges baies coulissantes vitrées en aluminium anodisé munies de leur garde-corps formaient les creux de cette enveloppe minérale aux teintes neutres tentant de se fondre au tissu faubourien persistant.


Les choix de conception ayant guidé la réhabilitation thermique sont issus directement des constats sur les performances et l’état des ouvrages existants et également de la volonté d’intervenir sur ce patrimoine de manière sobre. Transformer nécessite de comprendre comment maximiser les performances et les usages tout en minimisant les interventions pour conserver l’identité de ce patrimoine dans le paysage urbain.
L’opération d’isolation par l’extérieur proposée n’est pas considérée comme une intervention bidimensionnelle et systématique mais comme une surface transitionnelle entre deux époques devenant l’occasion de mettre en place une stratégie économique, thermique et patrimoniale.


Conçue comme une troisième couche se superposant au maillage préexistant, la réhabilitation thermique propose une nouvelle enveloppe colorée recouvrant les surfaces les plus déperditives de la façade pour valoriser les façades en pâte de verre déjà isolées par l’extérieur. Limitée principalement aux nez de dalles et de refends, cette nouvelle maille isolante cadre judicieusement les grandes ouvertures qui sont alors remplacées à l’identique et permettent de conserver la totalité des serrureries.
Cette stratégie offre la possibilité de limiter le traitement des entourages de baies, de réemployer 55 ml de garde-corps et d’économiser près de 8.5 tonnes de matière pour opérer la réhabilitation de l’ensemble.
L’épaississement de l’enveloppe est l’occasion de mettre en place un traitement différencié des menuiseries. Les grands châssis donnant sur les séjours et chambres sont remplacés à l’identique au nu intérieur pour loger de nouvelles occultations extérieures dans la profondeur du complexe ce qui conserve une surface de clair de vitrage généreuse. Résorbant une surface importante de déperdition, le changement des baies coulissantes en aluminium anodisé assure la cohérence des interventions avec les garde-corps conservés, en préservant leur qualité d’usage et d’éclairement tout en minimisant l’impact de travaux en site occupé.
À l’inverse, les fenêtres des cuisines en façade sont repositionnées au nu extérieur de sorte à créer une tablette intérieure en prolongation du plan de travail qui permet d’offrir de nouveaux usages à la cuisine. Ces nouveaux châssis, en aluminium thermolaqué bleu semblent noyés dans la nouvelle épaisseur thermique formant un continuum avec l’enveloppe de brique émaillée bleutée.


La nouvelle couche isolante constituée de panneaux isolants recouverts de plaquette émaillée bleutée, reprend les matérialités qui caractérisent le quartier où les façades calepinées de briques, de pierres et de pavés de verre se côtoient. L’ordonnancement vertical des briques fait écho à la faïence de la cité du refuge à proximité, la teinte bleutée aux modénatures de la maison mitoyenne. Par l’épaississement partiel du complexe, une inversion et une amplification du relief de la façade se forment, les éléments qui étaient autrefois en débord se retrouvent désormais en retrait, encadrés par la nouvelle façade texturée. Il en résulte une enveloppe offrant un aspect changeant au gré des tonalités du ciel et un bâtiment d’habitation qui s’affirme désormais dans son environnement proche comme lointain.
En s’appuyant principalement sur la matière existante comme ressource, le projet envisage l’isolation non pas comme un procédé gommant nécessairement l’existant, mais comme un élément capable de compléter une logique d’ensemble.
