
Zéro est un mot ambigu. L’affaire du ZAN – zéro artificialisation nette – en témoigne. Un mot peut se révéler néfaste et ne suffit pas pour distinguer les différentes manières de concevoir l’environnement. Chronique de l’intensité.
De nombreux commentateurs font état d’une évolution de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). « Moins de conformité, moins de reporting mais plus d’innovation, de stratégie, d’expérimentations business, avec un enjeu : le passage à l’échelle de la transformation durable » selon Novethic.* Une réelle ouverture sur une approche offensive du développement durable, bien utile face à un usage trop fréquent de mots à connotation défensive, comme Zéro et précaution, bien utiles au demeurant mais qui devaient être rééquilibrées.
Zéro. Un mot ambigu, selon qu’il s’applique à des problèmes, à éviter bien sûr, ou des pratiques courantes dont les effets secondaires sont néfastes. Zéro déchet, oui, mais zéro artificialisation, non. « On ne peut plus rien faire » revient en force, une ambiance de retour en arrière, d’immobilisme, alors que le monde bouge et que les besoins sont là. Surtout, l’idée que toute artificialisation est mauvaise.
Plutôt que l’interdiction, le défi semble plus engageant. Le défi de faire du mieux qu’avant, d’améliorer l’existant. Notre pays est artificialisé depuis des siècles, et les pratiques agricoles y contribuent autant que l’urbanisation et la création de routes et autres voies ferrées. Le but n’est pas de ne rien faire, tel que le mot « zéro » le suggère, mais de faire bien, quitte à mettre haut la barre de manière à privilégier les projets ambitieux environnementalement parlant.
L’affaire du ZAN, zéro artificialisation nette, est un bon cas d’école pour distinguer les différentes manières de concevoir l’environnement.
Revenons tout d’abord sur l’objectif, qui est de sauvegarder la biodiversité et de favoriser la vitalité des centres urbains. Qui peut y être opposé ? OK sur l’intention, voyons la méthode. Il ne sera plus possible, à terme, après une période de transition, d’artificialiser des sols en pleine terre. Le sous-entendu est, vous l’aurez compris, que toute artificialisation est mauvaise pour l’environnement et qu’il faut la réduire voire l’interdire.
Y aurait-il une autre manière de faire pour atteindre les objectifs mentionnés plus haut ? Passer d’une démarche défensive à une démarche offensive, puisque chacun sait que la meilleure défense, c’est l’attaque. L’artificialisation peut-elle être positive ? Ce changement de posture aurait notamment l’avantage de donner de l’environnement une image elle-même positive, aller de l’avant, au lieu de prêter le flanc à la critique courante d’immobilisme ou de retour en arrière. L‘esprit d’entreprise serait alors mobilisable au profit de l’environnement. Aujourd’hui, nombreux sont les « entrepreneurs » qui voient dans l’environnement des freins à leur créativité plutôt qu’un moteur. Faire de l’environnement un défi à relever serait plus porteur que sa perception actuelle, trop de règlements, trop d’entraves, même si cette image est caricaturale.
Prenons l’exemple de l’agriculture, qui a su éviter d’entrer dans le cadre de la loi. Voilà une activité fondée sur l’artificialisation, qui compacte les sols sous de puissants engins, qui élimine les obstacles naturels à la circulation desdits engins, qui perturbe les équilibres biologiques à l’aide de produits chimiques, qui sélectionne les espèces animales et végétales et spécialise les sols… L’artificialisation positive serait l’agroécologie, dont le principe est de produire en accompagnant les processus naturels, plutôt qu’en les combattant.
Le même raisonnement peut se tenir pour l’urbanisation et de nombreux aménagements. Une ZAC bio, c’est possible, qui respecte le régime des eaux et les zones d’intérêt écologique sur la parcelle, protégée des vents d’hiver, ombragée l’été, à portée de vélo (ou mieux, de marche) du centre-bourg et des commerces, avec des logements performants, des espaces ouverts accueillants, voire des jardins familiaux, etc. Le génie écologique au service de l’artificialisation.
Au lieu de zéro artificialisation nette, nous aurions préféré « uniquement artificialisation positive » ou toute formule équivalente : l’orientation aurait été donnée, avec le défi à relever par les acteurs locaux, élus et professionnels. L’adjectif « nette » vient heureusement tempérer la rigueur du zéro. Il y a donc un bilan, avec du plus et du moins, ce qui revient à accepter l’idée qu’il peut y avoir du positif. Tout espoir n’est pas perdu, mais il va falloir remonter le handicap de l’annonce « zéro », qui provoque de nombreuses réactions de rejet, notamment chez les élus. Faisons du positif la règle, ce sera bien plus encourageant que de le confiner à un rôle marginal de récupération. L’environnement offensif, qui procure du plaisir et de la fierté, et en définitive plus d’intensité, plutôt que l’environnement défensif, fatalement mal vécu et sans perspective.
Les mots, comme zéro et précaution ont une connotation de repli, de réserve, si ce n’est de recul. Ils sont sans doute une réponse aux brutalités dont la nature a fait l’objet pendant des années, et à l’impératif d’y mettre un terme. Cependant ils n’ouvrent pas de perspectives, ils ne donnent pas envie d’avancer, de relever des défis, d’innover malgré les obstacles et le conservatisme des puissances installées.
Une exception récente, toutefois, qui montre que des mots positifs et encourageants sont à la disposition des écologistes pour convaincre leurs interlocuteurs, « co-bénéfices », expression porteuse de bonne nouvelle et d’intensité.
Longue vie à la RSE offensive et aux co-bénéfices qu’elle produira !
Dominique Bidou
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*Dans un post du 6 mai 2026 sur LinkedIn