
L’année 2026 marque à la fois le 250ème anniversaire de l’indépendance des États-Unis, le 25ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 et les 25 ans de l’histoire de The French Will Never Forget (Les Français n’oublieront jamais). Chronique de Jean-Pierre Heim.
New York, 11 septembre 2001
Dans les années 1970, les tours jumelles avaient progressivement pris leur place dans le paysage de Manhattan. Lors de mon premier voyage à New York, je les observais avec fascination. Elles incarnaient pour moi la puissance verticale de la ville, son énergie et sa capacité à toujours regarder vers l’avenir.
Mais le 11 septembre 2001, tout a changé.
Ce matin-là, j’y étais à nouveau. C’est un appel téléphonique qui m’a appris qu’un avion venait de percuter l’une des tours du World Trade Center. Une immense fumée noire s’élevait déjà au-dessus de Manhattan. Puis est arrivée l’annonce inimaginable : les deux tours s’étaient effondrées.
Les sirènes retentissaient partout. La ville semblait figée, sidérée par l’ampleur de la catastrophe.
Je me suis rendu dans le bas de Manhattan. La scène était irréelle : ambulances, militaires, véhicules blindés, équipes de secours et chiens de recherche entouraient la zone. Malgré les barrages, j’ai pu avancer jusqu’au Meatpacking District et à Soho. Des hommes et des femmes marchaient en silence, certains couverts de poussière et de cendres. New York semblait soudain blessée, défigurée, plongée dans un deuil profond.
Cette vision ne m’a jamais quitté.
Dessiner pour répondre au vide
Le soir même, dans un restaurant de l’Upper East Side, mon esprit était ailleurs. Devant l’immensité du vide laissé dans le ciel de Manhattan, j’ai ressenti ce réflexe qui accompagne toute ma vie d’architecte : dessiner.
J’ai pris un crayon et commencé à esquisser sur la nappe du restaurant.
Que pouvait-on imaginer après une telle tragédie ? Fallait-il reconstruire des tours ? Créer un monument ? Inventer une nouvelle silhouette pour Manhattan ?
Très vite est apparue l’idée d’une immense structure, presque comme une table monumentale dressée au-dessus de la ville : quatre tours disposées aux angles d’un vaste carré, reliées dans leur partie supérieure et entourant un immense vide central.
Ce vide ne devait pas être une absence. Il devait devenir mémoire et lumière.
J’imaginais un ensemble multifonctionnel associant des bureaux, un hôtel, des logements, des commerces et des restaurants, mais surtout des espaces consacrés au souvenir et au recueillement. Un jardin suspendu, inspiré dans son esprit des jardins de Babylone, devait offrir au cœur de cette architecture monumentale un lieu de calme, de nature et de renaissance et de mémoire .
Au centre, un grand oculus laisserait passer un puissant faisceau de lumière bleue partant de Ground Zero et s’élevant dans le ciel de Manhattan.
Cette lumière devait traverser l’architecture et continuer vers l’infini : un symbole de paix, de liberté, de mémoire et d’espoir.
Le concours du World Trade Center
En 2002, lorsque la Lower Manhattan Development Corporation lança son appel international pour imaginer l’avenir du site du World Trade Center, Jean-Pierre HEIM Associates décida de présenter cette vision.
Je figurai parmi les 406 candidats internationaux ayant répondu à l’appel officiel à qualifications.
Le projet proposait un mémorial vivant.


Au niveau du sol, les empreintes des anciennes Tours 1 et 2 conservaient la mémoire du lieu. Un jardin-labyrinthe invitait au recueillement. Un autre jardin accompagnait le mémorial, tandis que des fibres optiques rouges, blanches et bleues rayonnaient depuis les angles de l’ensemble.
Il ne s’agissait pas seulement de reconstruire un bâtiment. Il s’agissait de tenter de transformer le vide laissé par la destruction en un espace de mémoire, et la mémoire en un signe d’avenir.
Le projet fut ensuite publié en 2003 chez Visual Reference Publications.
11 septembre 2011 : Paris se souvient :The French Will Never Forget
Dix ans plus tard, le souvenir du 11 septembre devait continuer à vivre, mais autrement.
Le 11 septembre 2011, à Paris, The French Will Never Forget organisa au Trocadéro une commémoration d’une ampleur exceptionnelle. La plus grande commémoration qui eu lieu en dehors des USA.
Face à la tour Eiffel, des milliers de personnes se rassemblèrent pour rendre hommage aux victimes des attentats et témoigner de l’amitié qui unit depuis des générations la France et les États-Unis.
Ce jour-là, Paris et New York semblaient symboliquement réunies.
Dix ans après les images de Manhattan couvert de fumée et de cendres, il ne s’agissait plus seulement de se souvenir de la destruction. Il s’agissait de montrer que la mémoire pouvait devenir un acte collectif, et que l’amitié entre deux peuples pouvait s’exprimer autrement que par des discours.
C’était précisément l’esprit de The French Will Never Forget : transformer la gratitude et le souvenir en actions visibles.*
2001–2026 : vingt-cinq ans de mémoire
Vingt-cinq ans ont passé. Exactement un quart de siècle après les attentats, l’année 2026 possède une résonance particulière : elle marque à la fois le 250ème anniversaire de l’indépendance des États-Unis, le 25ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 et les 25 ans de l’histoire de The French Will Never Forget.
Un anniversaire devenu mémoire.

Jean-Pierre Heim, architecte
“Travelling is an Art”
Toutes les chroniques de Jean-Pierre Heim
* L’association The French Will Never Forget est née dans le prolongement du 11 septembre et développée pendant plus de deux décennies par ses cofondateurs, Paul Bensabat, Jean-Pierre Heim, Patrick du Tertre et Christian Millet.



