
Le Prix Versailles a dévoiléle 28 septembre sa Liste 2026 des Plus belles gares du monde. Alliant référence au patrimoine, créativité et innovation, ces « plus belles » réalisations se révèlent comme de nouvelles places emblématiques. Un ouvrage français lauréat.
« Le Prix Versailles met en lumière des hauts lieux qui soulignent à quel point l’excellence du design constitue un vecteur de progrès. S’agissant des gares, servir la mobilité tout en vitalisant les quartiers, accompagner la modernité tout en intégrant l’existant : les enjeux sont grands lorsqu’il convient de réaliser des expressions culturelles à la fois belles, actuelles et durables », souligne Jérôme Gouadain, secrétaire général du Prix Versailles. « Ces approches, qui parviennent à articuler l’ancrage local et la stimulation des échanges, restent encore trop rares à l’échelle mondiale. En réussissant ce pari, les pôles primés montrent comment les gares, au XXIe siècle, peuvent se faire le relais d’un futur désirable », dit-il.
Gare Town Hall, Melbourne, Australie

Située sous Swanston Street, Town Hall Station occupe un site exceptionnel au coeur du centre historique de Melbourne. Conçue par Hassell, RSHP et WW+P, elle se distingue par l’ampleur de ses espaces souterrains.
Son hall, aménagé sous City Square, est rythmé par huit imposantes colonnes dont les ramifications soutiennent la structure et donnent à l’ensemble une présence presque cathédrale. Particulièrement larges, les quais sont surmontés de voûtes aux tonalités cuivrées, hautes de dix mètres, qui accentuent l’impression d’ouverture et de générosité.
Cette monumentalité trouve un écho particulier à la Gare State Library, avec laquelle Town Hall partage le dispositif structurel dit « trinoculaire » : trois tunnels qui se chevauchent pour former de grands volumes. Les créations intégrées à ces deux édifices prolongent, par l’image et le récit, leur dimension mémorielle et civique : Forever, de Danie Mellor, marque l’accès à State Library, tandis que Barerarerungar, de Maree Clarke, accompagne celui de Town Hall donnant sur Federation Square. Également réalisée par Maree Clarke, Tracks se déploie sur les quais des cinq nouvelles gares du Metro Tunnel.
Gare de Lyon Part-Dieu, Lyon, France

À Lyon, traverser un immeuble pour aller d’une rue à l’autre est un art de vivre, et la gare Part-Dieu, sans avoir été conçue comme telle, était devenue un passage entre différents quartiers. Sa transformation en un vaste pôle d’échanges multimodal prend acte de cet usage autant que de l’augmentation spectaculaire de sa fréquentation. Doublée en surface au terme d’une intervention associant plusieurs agences, dont AREP et l’AUC, cette gare régionale, nationale et internationale, qui compte parmi les premières d’Europe par le nombre de voyageurs en correspondance, multiplie désormais les accès et les traversées.
La place Charles-Béraudier, aménagée sur deux niveaux, abrite la plus grande vélostation de France. La galerie du même nom, longue de 210 mètres et haute de 15 mètres, tourne largement l’édifice vers les nouveaux espaces publics.
Quelque dix ans de travaux ont métamorphosé cet équipement très dense en un véritable morceau de ville ouvert à tous. Après les traboules du Vieux Lyon et de la Croix-Rousse, le pôle d’échanges en réinvente une version ferroviaire éminemment contemporaine.

Gare Colosseo – Fori Imperiali, Rome, Italie

Métro chic, où creuser revient toujours à remonter le temps : la station Colosseo – Fori Imperiali de la ligne C transforme cette contrainte en un projet contemporain hors norme. Sur quatre niveaux et à plus de 30 mètres sous terre, elle forme une vaste cavité où les vestiges découverts lors des travaux accompagnent désormais les voyageurs.
La conception du musée a été élaborée par le Parc archéologique du Colisée, en collaboration avec l’université « La Sapienza ». Le thème des puits antiques devient le fil conducteur d’une architecture jouant de la pénombre et de la lumière pour révéler les différentes strates de Rome.
Plus qu’une station accueillant un musée, ou l’inverse, l’ouvrage fait de l’archéologie une expérience du déplacement : en descendant vers les quais, le public plonge littéralement dans l’histoire de la ville, avant qu’un oculus ne lui offre, depuis le sous-sol, une vue inattendue sur le Colisée.
Un voyage dans tous les sens du terme, pour une expérience unique, intimement romaine.

Gare Monte Sant’Angelo, Naples, Italie

Descendre jusqu’au métro et franchir symboliquement la porte des Enfers. Conçue par l’artiste Anish Kapoor, avec les cabinets d’architecture Future Systems et AL_A, la station Monte Sant’Angelo – un projet de
plus de vingt ans – fait de l’entrée dans les profondeurs une expérience à part entière.
Deux ouvertures monumentales en acier corten ou aluminium donnent accès à un univers souterrain évoquant tout à la fois le Vésuve, la grotte et la légende de la Sibylle de Cumes. À 48 mètres de fond, les espaces volontairement bruts prolongent cette immersion avant que le voyageur ne remonte vers la ville.
Première station mise en service de la ligne 7, l’ouvrage de 6 500 m² dessert notamment le campus Monte Sant’Angelo de l’université « Federico II » et les quartiers occidentaux de Naples.
Ici, l’art n’accompagne pas le métro : la station elle-même est une sculpture dans laquelle on pénètre jusqu’aux entrailles de la terre. Une projection mythologique et contemporaine, où l’oeuvre réunit le présent, le passé et le futur.

Gare Musée national, Riyad, Arabie saoudite

Conçue pour être la porte d’entrée du Musée national et du centre historique, la gare imaginée par les équipes du cabinet Arup se distingue d’abord par son écrin : une imposante enveloppe minérale, calquée sur les reliefs du Tuwaiq, dont les ouvertures triangulaires, d’inspiration najdie, laissent apparaître le bleu étincelant de l’intérieur.
Tandis que la gare routière voisine évoque la tente bédouine, le bâtiment participe à la mise en scène du paysage et de l’habitat traditionnel saoudien réunis. Dès l’entrée, en effet, changement d’échelle et de perception : l’azur des murs devient un ciel éclatant au coeur d’une montagne de pierre. Le vaste atrium, baigné de lumière naturelle, accompagne les voyageurs jusqu’aux quais, dont les plus profonds s’étendent à 33 mètres sous terre.
Gare d’échange entre les lignes bleue et verte du métro de Riyad, le lieu propose une expérience aussi inattendue que précieuse : le sentiment de pénétrer l’intérieur d’un cristal contenu dans la roche, pour le seul bonheur des yeux.

Gare de l’Ouest, Riyad, Arabie saoudite

Implantée sur le site d’un ancien marché à ciel ouvert, la Gare de l’Ouest, conçue par Omrania, transforme ce lieu sans renoncer à sa vocation de destination publique. Abritant un véritable morceau de ville, la station déploie autour de ses voies un écosystème de proximité incluant des commerces, une mosquée, mais aussi de nombreux espaces piétons qui font du déplacement une occasion de promenade et de rencontres.
Deux longs volumes aux toitures ondulantes donnent sa silhouette à la gare. Inspirées des dunes du désert, leurs courbes dessinent des seuils ombragés, où la lumière et l’air pénètrent avant d’atteindre les bâtiments. Entre eux, un passage évoque un wadi, le lit d’un cours d’eau saisonnier.
Station majeure de la ligne orange du métro de Riyad et pôle multimodal, la Gare de l’Ouest propose une autre dimension du transport ferroviaire : les trains y circulent sur un viaduc qui traverse le site sans en interrompre les usages au sol. On les aperçoit depuis les places et les jardins, dans un paysage plein de vie.

Pôle d’échanges LAX/Metro, Los Angeles, États-Unis

Au coeur d’une métropole californienne historiquement dominée par la voiture, le LAX/Metro Transit Center réinvente radicalement l’accès à l’aéroport, pour une expérience plus écologique et plus équitable. Ce pôle multimodal, imaginé par Grimshaw Architects avec Gruen Associates, interconnecte les lignes de métro C et K, seize lignes de bus, une station cyclable et les futures navettes automatiques.
Coiffée de canopées sculpturales et de verrières, l’infrastructure s’efface au profit d’un parcours fluide pour les voyageurs. Conçu pour le climat local, le site limite sa production d’air conditionné grâce à la ventilation naturelle et aux brise-soleil. Des panneaux solaires couvrent encore la moitié des besoins énergétiques intérieurs.
L’audace du projet réside dans sa rupture totale avec le gigantisme routier environnant : loin des blocs de béton des freeways, la gare déploie une légèreté aérienne pour ériger un sanctuaire dédié aux mobilités douces. Un superbe manifeste urbain.

