
Au matin de cette année 2026, les architectes sont attaqués de toutes parts, ce qui n’est pas étonnant car sous ce vocable se cachent désormais moult situations diverses offrant nombre de points faibles. Depuis longtemps déjà le ministère de la Culture, leur tutelle, pointe aux inconséquents absents. La culture justement…
Donald Trump démolit l’aile est de la Maison blanche pour en faire une salle de bal, si Emmanuel Macron avait démoli la colonnade de Perrault, il pourrait aujourd’hui au Louvre faire ce qu’il veut. Si l’architecture est symbole de la société, c’est en réalité la culture tout court qui subit les assauts de nouveaux Ayatollahs et de leurs Mollahs des médias aux ordres qui prônent une nouvelle théocratie à la vendéenne : pour résumer, les Chouans – les gardiens de la foi – et tous les autres, voués aux gémonies. Il n’y a pas de place au paradis pour tout le monde !
Les nantis quant à eux, depuis 4 000 ans, n’ont pas de souci de logement, le denier (public) du culte n’y étant pas pour rien.
Pourtant, indique l’INSEE, en 2024, les dépenses liées à la culture, au sport et aux loisirs s’élèvent à 108 milliards d’euros. Les services récréatifs, sportifs et culturels rassemblent 45 % de ces dépenses. Pour autant, les industries culturelles et créatives ont généré 102 milliards d’euros en 2024 (Billboard, 3/12/2025). Avec 43 milliards d’euros de valeur ajoutée, le tout représente 2,9 % du PIB français. Une paille ! Sachant que le budget du ministère de la Culture est la même année d’à peine environ 4,5 Md€. Une misère !
Autrement dit, même si ses bienfaits, réels, sont difficiles à mesurer, la culture n’est pas ce qui plombe le budget de l’État. Et nous ne comptons pas les milliards de dollars générés dans le bâtiment, un chiffre d’affaires auxquels les architectes sont partie prenante et qui, pour le meilleur et pour le pire, redéfinissent de nouveaux environnements urbains pour les décennies à venir. Bref, si la culture, dont l’architecture donc, ne coûte finalement rien et peut rapporter beaucoup, ne serait-ce qu’en termes de qualité de vie en France à +5°, à l’heure où partout les budgets dédiés sont taillés en pièces, pourquoi tant de haine et de harcèlement venimeux à l’égard des femmes et hommes de l’art ?
Pourtant culture et architecture sont depuis les années ‘70 portées par une volonté sociale conquérante ! Les architectes se sont emparés du sujet du logement et la société des loisirs, au détour du siècle, a failli leur donner raison. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?
Chacun le comprend, cette ambition humaniste de l’architecture, en regard de son histoire, est tout à fait récente, voire inopinée, et forcément fragile. Et forcément menacée. Le fait est qu’aujourd’hui, les architectes n’ont plus guère voix au chapitre sauf bien sûr, pour les plus malins d’entre eux, à se mettre au service de grands seigneurs ivres d’eux-mêmes et qui se partagent leurs mignons. Quart-d’heure de célébrité assuré !
Pour les autres, s’il est revenu le temps des autodafés, et avant que le français ne soit interdit à l’école d’architecture, remplacé par le latin, rien n’empêche pour autant de considérer encore que le noble art est d’intérêt général même si, désormais, plus qu’un vœu pieux, il s’agit d’un acte de résistance.
Architecture pour tous donc.
Bonne année 2026 !
Christophe Leray
PS : Poutine a attendu la fin de la coupe du monde en 2018 en Russie pour finalement virer sa cuti autoritaire. Xi Jinping a attendu la fin des jeux olympiques d’été de 2008 et, surtout, la fin des Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin pour définitivement virer sa cuti autoritaire. La coupe du monde aux États-Unis (et au Canada et au Mexique) sera terminée en juillet 2026. Juste à temps pour Donald Trump, lors d’élections de mi-mandat en novembre qui s’annoncent mal pour lui, de totalement virer sa cuti autoritaire ?