
La fallacieuse évolution de la sémantique orwellienne vers la bureaucratie chez Alice au Pays des merveilles signe la fin du métier d’architecte, remplacé par des hordes d’ordinateurs gavés de données normalisées.
Ai-je donc tant vieilli sous des travaux guerriers…, pour que l’on puisse douter une seconde de la candeur de mon regard et de la fraîcheur de mes observations quand je remarque que le navire sur lequel nous a mené la collusion entre Bill Gates et l’administration française (cf Control C / Control V au bonheur de l’administration) nous entraîne au fond d’un océan où la glorieuse turgescence du « Contol C – Contrl V » dispute à la bêtise des cadres territoriaux la palme du non-sens avec l’abus des normes ?
Quelle essence du règne végétal dont l’explosion de la frondaison ou la démultiplication jusqu’à l’absurde des systèmes racinaires irait jusqu’à l’asphyxie de la plante ? Quel animal multiplierait les entrées de son terrier, afin d’en assurer la plus haute sécurité, jusqu’à s’égarer lui-même et mourir de faim lorsque la bise laisserait place à la résurgence annuelle du printemps nourricier ?
Puisque le propos est, et reste, la génétique urbaine, cherchons dans les corps organiques les ressemblances avec les déviances évoquées dans mon dernier opus révélant l’hypertrophie de la bureaucratie et ses effets désastreux sur les relations individu/collectivité.
La bureaucratie a-t-elle un comportement biomimétique ?
Il semblerait, justement, que l’organique et le bureaucratique soient antinomiques puisque l’un développe une forme d’autocontrôle cybernétique appliqué au vivant alors que l’autre développe au contraire un acharnement des éléments de contrôle paralysants et mortifères.
Cet acharnement, qui tend à transformer la planète en garage à milliards de térabits, est lié en très grande partie à la conjugaison de l’administration et du libéralisme économique qui tendent à se rejoindre dans le but évident d’asservir le genre humain à une série de données inclues dans une machine où le défaut (dans le sens du manque) n’existe plus au risque du défaut (dans le sens de la difformité) que la surinformation génère la désinformation.
L’immense problème des banques de données n’est plus de trouver comment indexer les données mais comment indexer les index, (ou indexer les index qui indexent les index).
C’est quand même formidable d’imaginer l’absurdité des demandes d’informations répétées quotidiennement pour tout acte professionnel administratif ou simplement commercial. Sans parler de la tyrannie des mots de passe intrusifs et directifs.
Pour ceux qui, comme moi, ont pensé que l’informatique tel qu’on le percevait à l’orée du XXIe siècle serait cet espace de liberté, d’ubiquité et de gratuité ; la chute est rude de voir son utilisation abusive devenue outil de conquête de Big Brother, mythe que l’on croyait littéraire et qui s’avère plus que réel.

Espérant qu’aucun lecteur ne doute de mon propos en le qualifiant d’un c’étaitmieuxavantisme que j’ai toujours haï et dénoncé, apanage de vieux cons exprimant systématiquement la nostalgie des manchons de lustrine et de la plume d’oie des « employé des ministères » tels que ceux, par exemple chantés par Fréhel dans sa délicieuse chanson Mon gosse.

Quand j’tai rencontré, t’étais tout bonnement employé dans un ministère, tu gagnais alors queq mil francs par mois, t’avais pas l‘air d’un millionnaire…
En fait, c’était pire avant car, avant l’invention de la bureautique moderne, tous les germes de la bureaucratie, née en Union Soviétique, en plus d’être absurdes, asservissaient l’homme dans un univers quasi carcéral d’un environnement orwellien.
On se plaît à le trouver absurde aujourd’hui, cet environnement bureautique, on se gausse des plans soviétiques qui décidaient de fabriquer 50 000 chaussures gauches une année et 50 000 chaussures droites l’année suivante afin de rentabiliser au mieux les machines dédiées à une seule tâche : on en rit aujourd’hui mais on ne trouve pas absurde le trafic d’informations qui transforme Facebook en banque mondiale des données personnelles (on peut protester, hurler au complot des GAFA, mais on ne se gausse pas).
Peut-on à la fois prétendre que l’aberration de l’hypertrophie des systèmes de contrôle des systèmes de contrôles n’est pas l’expression d’un passéisme outrancier pour, sereinement, envisager qu’un futur meilleur sera atteint lorsque le dernier bureaucrate de l’administration sera pendu avec les tripes du dernier planificateur des optimisations financières.
Non pas que le principe de la chose administrée soit inconcevable, au contraire, mais il convient juste de pointer ce moment extraordinaire dans l’histoire récente où l’administration a cessé d’être un service public pour devenir un tiers, un corps gras qui ne vit que pour la seule satisfaction de son besoin de croissance, de plénitude obèse, se nourrissant des impôts utilisés comme fruit d’un racket (entre administrations, il faut bien s’entraider…) destiné à assurer sa croissance comme seul objectif de son existence.
Quand la créativité d’un architecte se mesure à son efficacité à calculer le Bbiomax et le Cepmax du bâtiment en kWh d’énergie primaire par mètre carré de SHONRT en consommation conventionnelle d’énergie, à la température intérieure conventionnelle, Tic, du bâtiment, avec les facteurs Uw inférieur ou égal à 1,3 W/m²KuW, n’est-on pas en train de passer de l’autre côté du miroir de la dimension onirique de l’architecture ?
Comme si Lewis Carroll se fondait dans un Orwell hideux !
Lorsque la bureaucratie se mêle de l’éco-responsable ou du bio-solidaire, la construction contemporaine devient tellement normative qu’il est permis de se demander si le métier d’architecte n’est pas déjà mort, remplacé par des hordes d’ordinateurs gavés de Revit à la sauce CRM interne Bouygues…quand bien même tout le monde est d’accord pour lutter contre le réchauffement climatique.
Tiens, c’est ce que j’écrivais ci-dessus, cette bureaucratie-là ne fait encore rire personne !
François Scali
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