Geneviève Voisin prend exception de notre édito du 11 février 2024 intitulé Stratégie nationale pour l’architecture, Prime Renov’ pour les architectes. Elle s’inquiète d’en informer les lecteurs de Chroniques. Dont acte.
Monsieur le Rédacteur en Chef des Chroniques d’architecture,
L’éditorial du 11 février dernier, titré, avec humour, « Stratégie nationale pour l’architecture, Prime Renov’ pour les architectes », porte essentiellement sur la « Stratégie nationale pour l’architecture » présentée le 4 février 2025 par Madame Rachida Dati, ministre de la Culture. Il se conclut par sa précision d’une « stratégie pour l’architecture [qui] repose sur le constat de la nécessaire mobilisation interministérielle » et votre commentaire sur un « constat […] ancien, le besoin irréfutable, la mise en œuvre incertaine et jamais vue à ce jour. Roselyne Bachelot, ministre de la Culture de juillet 2020 à mai 2022, y a cru aussi… une minute ».
Une « mobilisation interministérielle » n’est aucunement un « besoin irréfutable ». Il ne serait pas fait ce « constat », si la loi sur l’architecture de 1977 était appliquée (1).
Les mécanismes des « accords pris entre les ministères concernés » sont déjà à l’œuvre (2), leur formalisation officielle n’est demandée que par les détractrices et détracteurs de cette loi. Ils ont pour effet de déresponsabiliser les différents ministères et de supprimer l’arbitrage du Premier ministre. Ils sont l’une des causes de l’inaction et des dérives gouvernementales. Ne correspondant pas à l’intérêt public défini par la loi de 1977, ils ne sont souhaitables pour personne et donc, ni pour les architectes de demain, ni pour celles et ceux d’aujourd’hui.
Les 30 mesures de la « Stratégie n°2 » n’ont d’hétéroclite que l’apparence. Elles ne sont ni “consensuelles”, ni “paresseuses”. Elles s’articulent entre elles afin de poursuivre scrupuleusement le projet politique engagé en 2005, rendu visible, notamment, par la « Stratégie n°1 », de 2015 et dont la « Stratégie n°2 », dix ans plus tard, est le second point d’étapes. Elles distillent, goutte après goutte, tous les éléments qui convergent à rendre caduque, désormais à court terme, l’exception culturelle française de loi sur l’architecture de 1977.
J’aurais souhaité, si vous le voulez bien, connaître la démarche et les conditions qui permettraient aux lectrices et lecteurs de la publication en ligne « Chroniques d’architecture » d’en être informés.
Geneviève Voisin Architecte DPLG
Conseil en matière d’architecture
Membre de l’Ordre des Architectes – Tableau d’Île-de-France et du Réseau Stephen Sauvestre “architecte” – Observatoire pédagogique de l’architecture & Représentante d’intérêts sur les questions d’architecture et de l’expression de l’égalité femme-homme dans l’espace public.
(1) En particulier, depuis 2015, le décret qui fixe les attributions du ministre de la Culture ne vise pas la loi sur l’architecture. Son article 4 qui débute par « Le ministre de la Culture est responsable de la politique de l’architecture » ne correspond pas, notamment, aux 2° alinéa de l’article 1 et à l’article 21 de la loi sur l’architecture. De plus, il est fait une confusion : L’architecture est un art. En démocratie, la, le ministre de la Culture, ou tout autre ministre n’est pas compétent pour être responsable, pas plus, de la politique de l’architecture que de la politique de la peinture ou celle de la musique… Par la commande publique, il peut être défini un art d’État mais l’emprise du gouvernement, sur les idéaux exprimés par les artistes, ne va pas, en principe, au-delà… L’art utilisé comme instrument de propagande politique est la spécificité d’un pouvoir autoritaire ou d’un régime totalitaire.
(2) Madame Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Culture de (2020-2022) a mis en place, dans l’objectif d’un regroupement interministériel, « l’Observatoire de l’économie [des filières et secteurs ayant un rapport avec] l’architecture ». Cette organisation existe depuis octobre 2021, soit depuis 3 ans et 4 mois.*
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