
Voilà c’était un samedi de décembre 2017… j’habitais à l’époque en Normandie.
C’était le jour des obsèques de Johnny. Au lever du jour, sur l’autoroute menant à Paris, des bikers chevauchant leurs montures rugissantes, se rendaient dans la capitale pour lui rendre un dernier hommage. La scène était émouvante et le temps semblait suspendu…
Un client m’avait mandaté pour photographier un immeuble de logements. Il souhaitait disposer d’une photographie de la façade arrière qui jouxtait les voies ferrées.
Pas évident car, face au projet, un haut mur d’enceinte délimitait le cimetière municipal voisin et empêchait de faire le fameux point de vue.
Comme il me l’avait souvent répété, le premier photographe avec qui il avait travaillé avait toujours un petit escabeau 3 marches permettant d’obtenir un point de vue surélevé ! Malheureusement, le mur d’enceinte était bien trop haut ! « Antoine, pourquoi, ne te déplacerais-tu pas avec une grande échelle, en ouvrant ton coffre ? »
Finalement, le gardien du cimetière m’avait gentiment laissé à disposition un grand escabeau me permettant d’accéder en haut de la petite muraille. Me voilà, surplombant les voies. Position quelque peu scabreuse… Je fais la vue rapidement en tenant à bout de bras le trépied pour gagner en hauteur. Clic clac !

À la vue du cliché, mon client fut satisfait en émettant une petite réserve car le point de vue aurait pu être plus haut selon lui…
À défaut d’échelle plus grande, pourquoi ne pas envisager la prise de vue par drone ? C’est à partir de cette mission, que cet outil est devenu un compagnon de route.




Le drone a profondément changé notre manière de regarder l’architecture. Pendant longtemps, le photographe était contraint au sol : façades frontales, perspectives de rue, points de vue parfois limités par l’environnement urbain. Avec cet outil fabuleux, l’appareil quitte la position humaine et ouvre un champ inédit, celui d’une lecture aérienne du projet, de la ville et du territoire. Il permet de découvrir des éléments dont nous n’avons pas connaissance depuis le sol.
À l’heure où les projets se pensent de plus en plus à l’échelle du paysage, des mobilités et des infrastructures, la photographie aérienne offre une véritable plus-value, tant dans la conception du projet que dans la présentation de celui-ci auprès des maîtrises d’ouvrage et des élus. Elle permet de comprendre comment l’architecture participe d’un territoire plutôt que de se contenter de s’y poser.




Cette élévation permet de révéler les intentions du projet : la relation du bâtiment avec son contexte, sa volumétrie, l’inscription dans le paysage urbain ou naturel.
Une toiture devient une cinquième façade et un plan masse prend enfin tout son sens…
Le drone n’ajoute pas un point de vue de plus : il ouvre un véritable langage photographique pour raconter l’espace.


Il apporte également une vision poétique au travers des points de vue spectaculaires, des travellings vidéo aux aspects cinématographiques.
Faire des vues aériennes c’est aussi s’évader, être dans les airs et regarder le monde avec des yeux d’enfant, un regard neuf nous permettant de prendre de la distance dans ce monde parfois sombre et même de s’autoriser à rêver un peu…

Antoine Mercusot
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