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Accueil > Chroniques de Philippe Machicote > Grand portail de Notre-Dame, Viollet-le-Duc à l’heure du Jugement dernier

Grand portail de Notre-Dame, Viollet-le-Duc à l’heure du Jugement dernier

3 mars 2026

portail central de Notre-Dame sculptures
Le portail central de Notre-Dame de Paris encadré par celui de la Vierge (à gauche) et de Sainte-Anne (à droite) avant la restauration de Lassus et Viollet-le-Duc. Photogravure d’après un daguerréotype de N-P. Lerebours, 1842.

Que sont devenues les sculptures de l’ancien portail central de Notre-Dame de Paris trouvées lors de la grande restauration du XIXe siècle ? Leur redécouverte en dirait long sur l’histoire mouvementée et encore inconnue de la cathédrale. Le portail du Jugement dernier – Épisode III.

Dans l’article « Christ » du troisième tome de son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle paru en 1854, Viollet-le-Duc fait une annonce des plus curieuses et des plus instructives alors qu’il vient de commenter l’évolution de la figure du Christ glorieux depuis l’époque byzantine : « Le grand Christ du jugement du portail de la cathédrale de Paris est curieux à étudier sous ce rapport. Cette figure, fort belle d’ailleurs, n’a plus rien d’hiératique. Et, à ce propos, nous devons signaler ici un fait remarquable. En reprenant les soubassements des chapelles situées au nord de la nef de cette église, chapelles dont la construction ne saurait être postérieure à 1235 ou 1240, nous avons retrouvé des fragments d’un Christ colossal provenant évidemment d’un grand tympan, avec les traces des quatre animaux et d’un livre. Cette sculpture appartient aux dernières années du XIIe siècle et, comme exécution, est d’une grande beauté. Il fallait donc que les types admis par le XIIe siècle fussent réprouvés par le XIIIe, pour que l’on se soit décidé, quelques années après, lorsque le portail principal fut élevé vers 1220, à détruire une sculpture aussi importante, pour y substituer celle que nous voyons aujourd’hui ».

Il y a donc eu un tympan primitif avec un Christ entouré des quatre évangélistes sous leur forme symbolique – à savoir : le lion ailé pour saint Marc, l’aigle pour saint Jean, le taureau ailé pour saint Luc et l’homme ailé pour saint Mathieu –, un tympan encore ancré dans la tradition romane comme l’est, entre autres exemples fameux, celui du portail royal de la cathédrale de Chartres. Trois animaux donc, et non point quatre puisqu’un homme, tout ailé soit-il, ne saurait être un animal et encore moins un ange.

Dans son Dictionnaire, Viollet-le-Duc n’annonce pas pour autant que le portail a été refait en entier, et il n’insiste jamais sur les défauts, pourtant énormes, que l’on voit partout ; il ne veut pas les passer en revue, il ne veut voir que l’excellence de la sculpture – un point sur lequel nous ne saurions être en désaccord avec lui. Cependant, nous ne pouvons croire qu’un grand et beau tympan encore neuf ait été délibérément détruit pour la raison qu’il n’était déjà plus au goût du jour au début du XIIIe siècle. N’a-t-on pas remonté en ce temps-là à droite du portail central un tympan et les principales sculptures d’un portail qui date du milieu du XIIe siècle pour composer celui de Sainte-Anne ?

Pourquoi Viollet-le-Duc, toujours aussi péremptoire, n’évoque-t-il pas la possibilité d’un accident sur le chantier ? Pourquoi, par exemple, le tympan qui nous occupe ne serait-il pas tombé au moment de son installation ? Toujours est-il que nous avons au portail central de Notre-Dame de Paris un étrange tympan qui n’est pas celui qui avait été prévu à l’origine. Comme l’avait remarqué Viollet-le-Duc, il est en partie composé des hauts-reliefs de la Vierge et du saint Jean agenouillés alors que le Christ et les deux anges qui l’entourent sont des statues encastrées dans la maçonnerie. Il existe bien au portail central de la cathédrale d’Amiens un tympan, à peu près contemporain, où les sculptures sont des rondes-bosses, mais ce sont en comparaison de petites statues posées devant un fond plat enfoncé.

portail central de Notre-Dame
À gauche, le tympan du portail central de la cathédrale de Chartres, vers 1140 ; au centre, le tympan du portail central de la cathédrale d’Amiens, vers 1235. 

Plat comme le sont tous les tympans de toutes nos cathédrales… excepté celui du portail central de Notre-Dame de Paris qui est concave. Cette particularité en a engendré une autre : les voussures des anges épousent la courbure du tympan, voilà pourquoi elles sont inclinées de la sorte. Si l’ancien tympan que nous a décrit Viollet-le-Duc était à la place de celui que nous voyons aujourd’hui, le christ et son indissociable tétramorphe en haut-relief seraient plus en avant et les deux premières voussures d’autant moins étalées par manque d’espace. Or, si comme nous le croyons, une sixième voussure historiée a été ajoutée dans la profonde archivolte à la place de la bande feuillagée qui est plus étroite,** il a fallu trouver une solution pour gagner les quelques centimètres nécessaires à l’opération. Ceci pourrait expliquer cela. 

Le tympan devenu profond, le christ colossal assis sur son trône a pu y être enfoncé, flanqué à gauche de l’ange tenant la lance et les clous, à droite de l’ange tenant la croix. Les deux premières statues sont, de l’avis des spécialistes, plus modernes d’une vingtaine d’années que la dernière qu’ils datent, avec les hauts-reliefs de la Vierge et de saint Jean, des années 1220. Plus que la différence de styles – notamment une certaine raideur dans les plis des vêtements d’un côté et une grande souplesse de l’autre –, c’est la manière dont les anges en pied sont disposés qui étonne : ils sont tournés vers le christ alors qu’ils ont été conçus pour être vus de face, parallèles à un fond plat. 

Le tympan du Jugement dernier
Le tympan du Jugement dernier, 1200-1240 @Philippe Machicote, 2018.

L’ange à la lance, dont les ailes et la robe disparaissent comme par enchantement dans la maçonnerie, nous ferait jurer qu’il est un haut-relief, mais le socle de l’ange à la croix trahit la vraie nature de la céleste créature : il s’agit bien d’une ronde-bosse. Regardez attentivement ce qu’il se passe ici. Le socle a été découpé à droite et diminué en épaisseur à gauche pour faire pencher l’ange vers le christ et cela afin de ne pas rogner une aile sans quoi la statue n’eût pu entrer tout entière dans le cadre délimité par l’arc. Mais voilà que le christ se trouvait heurté par le bras gauche de la croix. « Qu’à cela ne tienne ! Tordons-le et finissons-en ! » ont dû se dire ceux qui ont sué sang et eau pour gagner eux aussi leur place au paradis. Et ainsi fut fait comme vous pouvez le constater plus bas.

À les bien regarder, les hauts-reliefs latéraux de saint Jean et de la Vierge s’inclinent eux aussi vers le Seigneur, et ce n’est pas une expression de déférence, seulement la preuve qu’ils n’ont pas été exécutés à l’origine pour ce tympan-là car eux aussi ont été retaillés pour s’adapter à la courbure de l’arc. Souvenons-nous : Viollet-le-Duc écrit, en 1854, qu’il a trouvé sous les chapelles du côté nord de la nef les vestiges d’un tympan primitif « avec les traces des quatre animaux et d’un livre ».

La Vierge et le saint Jean, plus ancien d’une vingtaine d’années que le christ et l’ange à la lance, n’ont donc pas été détachés du tympan décrit par l’architecte pour la bonne raison qu’ils n’auraient pu y trouver leur place avec le tétramorphe. Ils viennent d’ailleurs… mais d’où ?

Au chapitre « Sculpture » du tome 8 de son Dictionnaire raisonné, paru douze ans après la publication de l’article « Christ », Viollet-le-Duc crée la surprise : « En faisant des fouilles devant la porte centrale de Notre-Dame de Paris, on a trouvé une certaine quantité de fragments d’un bas-relief central représentant le Christ glorieux au jour du jugement, comme celui que l’on voit aujourd’hui : mais cette sculpture est empreinte du style archaïque du XIIe siècle ; d’ailleurs la pierre en est toute fraîche, sans aucune altération produite par le temps. Ce bas-relief avait été supprimé peu après avoir été achevé, pour être remplacé par le sujet actuel, dû à des artistes de la nouvelle école ».

Que faut-il retenir de cela ? Viollet-le-Duc peut-il confondre le lieu de la découverte d’un seul et même christ quelques années plus tard ? Cela semble hautement improbable vu que l’architecte est mort presque subitement à l’âge de 65 ans en pleine possession de ses moyens. Doit-on en déduire qu’il a trouvé un deuxième bas-relief – un haut-relief pour être plus exact ? Il y a de fortes chances puisque pour ce christ enfoui au pied du portail central, Viollet-le-Duc ne mentionne ni tétramorphe ni aucune autre sculpture l’accompagnant, ce qui nous permet de supposer que la Vierge et le saint Jean ont été détachés de ce deuxième tympan, avec l’ange à la croix possiblement. 

Le tympan du Jugement dernier
À gauche, la Vierge et l’ange à la lance ; à droite, le christ du Jugement et l’ange à la croix, détail. @Philippe Machicote, 2018.

Hélas, le journal des travaux relatif à la restauration de la cathédrale au XIXe siècle ne nous renseigne pas sur ces christs qui seraient très parlants si nous pouvions les étudier. Qu’en a donc fait Viollet-le‑Duc ? Où sont aujourd’hui ces sculptures d’une importance capitale pour l’histoire de l’art en général et pour l’histoire de Notre-Dame de Paris en particulier ? Elles ne sont dans aucun musée national ni dans aucun dépôt de l’État. Devons-nous en déduire qu’elles ont été vendues sous le manteau à des collectionneurs qui auraient donné cher pour les avoir ? Se cachent-elles dans des demeures privées comme se cachaient les vitraux de la rose nord surgis du néant en 2015 lorsqu’ils ont été éhontément vendus par Sotheby’s avec la bénédiction du ministère de la Culture sous la forme d’une autorisation de sortie du territoire ?*** Il faudrait lancer officiellement la chasse aux trésors perdus de Notre-Dame de Paris, les surprises seraient de taille ! 

Revenons à nos tympans, qui sont d’après la révélation de Viollet-le-Duc au nombre de trois en comptant l’actuel. En résumé, le restaurateur de Notre-Dame de Paris nous autorise à penser qu’un premier tympan composé d’un christ avec les symboles des quatre évangélistes a été exécuté autour de 1200 pour le portail primitif à cinq voussures historiées inspiré de celui de la cathédrale de Sens. N’ayant pas fait l’unanimité, ce tympan a été enterré et commande a été passée d’un nouveau, très original puisqu’il mélange reliefs et rondes-bosses, composé de la Vierge et de saint Jean encadrant l’ange à la croix et un autre ange de même hauteur placés de face de chaque côté de la figure du Sauveur auréolé par un chrisme qui est visiblement bien plus ancien que lui. Mais voilà qu’une catastrophe est survenue vers 1220 alors que le nouveau tympan venait d’être installé. Le christ, et peut-être l’ange à sa droite ont été cassés et enterrés sur place, ce qui nous laisse à penser que ce dernier pourrait encore être enfoui au pied du grand portail (comme sont encore enfouies sous le chœur les sculptures du jubé que Viollet-le-Duc, grâce à Dieu, n’a pas trouvées et que les archéologues n’ont pu récupérer par manque de temps pour que la cathédrale pût rouvrir en 2024 selon les vœux du président de la République). C’est indéniablement vers 1240 que le tympan actuel a été remonté avec un nouveau christ et un nouvel ange à la lance. 

Notre-Dame sculptures
À gauche, extrémité gauche du 1er linteau, vers 1240 ; au centre, deux éléments du 2e linteau, un élu et deux damnés, vers 1220 ; à droite, extrémité droite, du 1er linteau, vers 1220. Musée national du Moyen Âge, Paris. 

De cette dernière époque, outre les voussoirs décalés de l’enfer et des trios d’élus au paradis, datait aussi une moitié du premier linteau. Le musée national du Moyen Âge en conserve les deux extrémités que l’architecte Soufflot avait laissées sur place en 1771 après avoir détruit à la demande du clergé la partie centrale du portail jusqu’à hauteur du tympan pour permettre le passage des dais de procession. À la vue de ces deux magnifiques morceaux déposés par Lassus et Viollet-le-Duc en 1853, il est indéniable que la partie gauche de ce linteau, dit de la Résurrection, était du style du christ et de l’ange à la lance alors que la partie droite, encore peinte par endroits, relevait de l’ange à la croix et des reliefs de la Vierge et de saint Jean (photographies ci-dessus).

S’il est compréhensible qu’un linteau de près de six mètres de long ait été sculpté en deux blocs pour faciliter la manutention, la disparité de ces derniers causée par une exécution à vingt ans d’écart ne peut pas, à notre avis, s’expliquer par une collaboration de sculpteurs appartenant à des générations différentes, d’autant plus que le linteau supérieur ne présentait pas une telle anomalie comme le prouve deux petits fragments de même facture datés des années 1220, l’un provenant de la partie gauche et l’autre de la partie droite, exposés au musée national du Moyen Âge.

Une fois de plus, il faut se demander ce que sont devenus les deux tiers de ce linteau supérieur que Soufflot avait laissé sur place : les deux morceaux qui nous sont parvenus n’en représentent qu’une très petite partie. Geoffroy-Dechaume (1816-1892), le sculpteur préféré de Viollet-le-Duc, a quant à lui copié les deux linteaux dans leur intégralité avec une parfaite homogénéité.

Observez bien sur la photographie de gauche, le personnage central qui sort du tombeau au son de la trompe jouée par l’ange : c’est un noir. Nous croyons voir Maurice, commandant nubien de la légion thébaine sous le règne de Dioclétien à la fin du IIIe siècle. La légende dit que ce saint copte est mort en martyr à Agaune, en Suisse, pour avoir refusé de tuer les habitants d’Octodure (actuelle Martigny) convertis au christianisme ; mais la légende dit aussi que Maurice a découvert à Thèbes, en Égypte, la lance qui servit à percer le flanc du Christ après qu’il eut rendu le dernier souffle. Or, et ceci n’est pas une légende, le très croyant Louis IX avait cru avoir acheté la véritable pointe de la Sainte Lance en 1244 à l’empereur Baudouin de Constantinople pour la déposer avec les autres reliques de la Passion – dont la couronne d’épines, un morceau d’éponge et un clou – déjà vendues par ledit empereur audit roi cinq ans plus tôt pour une somme faramineuse.

Voilà aussi pourquoi cette partie du linteau de la résurrection peut être datée des années 1240, et pourquoi plus haut l’ange de la même époque tient les clous d’une main et de l’autre la lance en bronze. Ne doutons pas, parce que nous le voyons blanc aujourd’hui, que le Maurice de Notre-Dame était noir. À l’intérieur de la cathédrale de Magdebourg en Allemagne, une statue de saint Maurice datant du milieu du XIIIe siècle a conservé sa polychromie d’origine et il faut admettre que le commandant de la légion thébaine était peint de même au portail central de Notre-Dame de Paris, ce qui nous laisse imaginer la stupéfaction des fidèles du Moyen Âge à la vue du maure Maurice sortant du tombeau.

portail central de Notre-Dame
À gauche, statue de saint Maurice en grès peint, vers 1240, cathédrale de Magdebourg, Allemagne ; à droite, torse d’apôtre, vers 1210, provenant du portail central de Notre-Dame de Paris, musée national du Moyen Âge, Paris. 

Très peu de vestiges nous sont parvenus des douze grandes statues des ébrasements détruites par les révolutionnaires de 1793, mais le seul torse de l’une d’elles, découvert en 1839 au Marché au charbon de la rue de la Santé où il servait de borne, démontre assez que les sculpteurs de Notre-Dame au début du XIIIe siècle égalaient leurs lointains homologues de l’antiquité. L’architecte Soufflot ayant détruit le trumeau en 1771, nous ne conservons rien du christ bénissant qui en faisait le principal ornement, mais cette grande statue (nous y reviendrons) datait elle aussi, d’après des témoignages historiques, des années 1240, alors que celles des ébrasements avaient été sculptées une trentaine d’années auparavant.

Un trumeau plus ancien avait donc été remplacé par celui qui disparut si tristement à la fin du règne de Louis XV, ce qui nous conforte dans l’idée qu’un portail primitif avait été intégralement monté avant celui qui nous est parvenu mutilé mais qui a été reconstitué dans les années 1850 par Geoffroy‑Dechaume et ses collaborateurs sous la supervision de Lassus et Viollet-le-Duc. 

Datés des années 1220, les soubassements exposent dans des médaillons les Vices surmontés par les Vertus correspondantes comme dans les vitraux de la rose ouest. Dans le prolongement à l’angle des piliers, deux petits bas-reliefs placés l’un sur l’autre semblent là quelque peu perdus. Dans son ouvrage Notre-Dame de Paris, réédité en 2015 aux Éditions de La Martinière, l’historien de l’art Alain Erlande-Brandenburg les voyait comme des œuvres d’origine inconnue, datant des années 1200, remontées dans les piliers à une date non moins inconnue, un avis qui a communément été suivi jusqu’ici.

Le tympan du Jugement dernier
Les bas-reliefs à l’angle des piliers encadrant le portail central ; au centre, détail du soubassement de droite avec les reliefs des Vertus surplombant les Vices @Philippe Machicote, 2018.

Or, les médaillons inférieurs ont été sculptés dans une seule pierre avec la moulure qui les surmonte, et cette moulure se prolonge dans la pierre voisine affectant ainsi l’arête du pilier. Nous en déduisons que ces quatre bas-reliefs sont nés au tournant du XIIIe siècle en même temps que les contreforts de la façade et qu’ils participaient donc à la décoration du premier portail disparu.

Philippe Machicote
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* Le portail du Jugement dernier
– Les secrets dévoilés de la façade de Notre-Dame de Paris (Épisode 1)
-** Les curiosités du Grand portail de Notre‑Dame de Paris (Épisode 2)

*** Lire Les roses – fanées ? – de Notre-Dame de Paris

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Par Philippe Machicote Rubrique(s) : Chroniques de Philippe Machicote

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