
À Paris (XIXe), pour la Ville de Paris / Direction de la Jeunesse et des Sports maître d’ouvrage, l’agence ARCHITECTE(S) (Romain Viault) a livré en 2026 la rénovation des Bains-douches Petitot, ouvrage sauvé grâce à la mobilisation des habitants du quartier. Surface : 726 m². Coût : 1,85 M€ HT. Communiqué.
Portés par les mouvements hygiénistes, les premiers bains publics parisiens apparaissent à la fin du XIXe siècle. Une dizaine d’établissements Art Déco sont construits dans les années 1920-1930, selon un programme-type établi par la Ville de Paris.
Conçus par l’architecte André Sill, les bains-douches Petitot ouvrent le 16 avril 1935. Un vestibule trapézoïdal situé à l’angle de la rue Petitot et de la rue des Fêtes distribue la chaufferie au sous-sol et 40 douches sur deux niveaux.


En 2021, les habitants du XIXe arrondissement ont massivement voté pour la rénovation des bains-douches Petitot dans le cadre du budget participatif, lui décernant la mention « Coup de cœur / J’adore », témoignage fort de l’attachement du quartier à cet équipement et à sa mission sociale.
L’entrée des Bains-douches Petitot se distingue par son vocabulaire aquatique : une vague de verre texturé, une typographie Art Déco bleu marine et un hublot de lumière illuminant le perron.


Guidées par les plans de 1936 conservés aux Archives de Paris et par les photographies d’époque, les baies ont retrouvé leur composition, leur aspect et leur finition d’origine : ouvertures subdivisées en carrés, profils minces à section trapézoïdale et teinte gris ciment.
La restauration a révélé toute la richesse des façades en briques pleines brun-orange : leur appareillage à l’anglaise, rythmé de motifs délicats, véritable signature de l’architecture fonctionnaliste des années 1930. Le patrimoine trouve ici sa place entre son devoir de mémoire et son droit à l’évolution.


L’opus incertum tapissant le sol des douches, remarquable par ses qualités décoratives, a été déposé pour remédier aux défauts d’étanchéité. Ces fragments de carrelage écru, beige et brun ont été réemployés par la mosaïste Delphine Daon / Fragments d’Art pour dessiner une nouvelle signalétique intérieure.
Ces éclats de céramique centenaires jalonnent désormais le parcours : « Petitot » accueille, « Hommes » & « Femmes » orientent, et les numéros Art Déco désignent les cabines. Sur chaque porte, une ardoise d’origine réemployée rappelle la règle : vingt minutes par douche !
Les photographies d’époque en noir et blanc, colorisées pour en restituer la gamme chromatique, ainsi que quelques carreaux rescapés recouvrant le palier du premier étage, ont constitué de précieuses références. À partir de ces fragments de mémoire, le motif Art Déco des sols des circulations, disparu lors d’une précédente rénovation, a été entièrement recomposé et restitué dans son dessin et ses couleurs d’époque.


Les faïences murales aux teintes bleues, beige et jaune, présentes dans le hall, l’escalier et les espaces de beauté, ont été conservées et restaurées.
Des plaquettes émaillées blanches aux arêtes arrondies, posées en quinconce et soulignées d’une frise brune, restituent fidèlement l’esprit des briques émaillées imaginées par André Sill en 1935. Les bancs quart-de-rond en granito « simili marbre » ont été déposés avec soin et réemployés dans les espaces de déshabillage.
Patères et porte-savons ont été moulés, reproduits à l’identique et réintégrés aux parois dans leur disposition d’antan.
Les eaux grises des douches, désinfectées par UV, alimentent les sanitaires et nettoient les cabines après chaque passage, une première en France dans un ERP, rendue possible par une dérogation préfectorale obtenue avec l’ARS Île-de-France. Leurs calories sont par ailleurs récupérées pour préchauffer l’eau chaude sanitaire, réduisant la consommation de 13 %.
