
Parisien de naissance, de parents et grands-parents parisiens, en écrivant ces lignes, je suis animé principalement par la poésie spatiale que dégagent les lieux parisiens qu’on a connus jadis, témoignages de ce qui disparaît ou se transforme au gré des réhabilitations et soifs de netteté. Réinvention Botox de Paris ? Chronique de François Scali.
Il existe un texte superbe d’Ettore Sottsass qui s’appelle «la fissure» où il écrit que la fissure, loin de devoir susciter l’angoisse, est au bâtiment ce que la ride est au visage : l’ajout d’une grâce que peut conférer l’âge, hélas, souvent le botox transforme les beaux adultes mûrs en canards.
Botoxons donc les bâtiments, et leur sort changera, et les profits augmenteront, aux dépens du charme de l’ancien… Il serait bon de regarder parfois comment et pourquoi la maire de Barcelone, Ada Colau, a stoppé le chantier de la Sagrada Famillia afin que la quiétude revienne dans ce quartier…
Il y a quinze ans fut rénové le Conservatoire des Arts et Métiers pour l’ajouter au capital touristique de Paris, avec ‘fooding’ culturel et incontournable boutique de ‘merchandising’ à caractère scientifique, sans se soucier du charme que conférait la poussière sur le Fardeau de Cugnier et la Chauve-Souris de Clément Ader, qui, depuis, briqués, ont perdu beaucoup de leur intérêt.
Alors quand doit-on agir, et pourquoi ? Pourtant, inversement, il est stupide de muséifier la ville et rien n’est plus néfaste que les Associations type Vieux Paris qui souhaiteraient que rien ne bouge.
Où se situe l’équilibre entre le plaisir proustien de la nostalgie et l’envie de modifier ?
C’est un des centres du propos du nouveau challenge lancé le 23 mai 2017 au Pavillon de l’Arsenal pour Réinventer Paris 2. D’aucuns ont pu assister, lors de la conférence de presse du lancement de cette seconde édition, à des envolées lyriques des apôtres de l’innovation urbaine à l’œil.
Quelle ingénieuse trouvaille de proposer parallèlement la rénovation d’une partie du patrimoine réellement magnifique de la ville (Atelier des Beaux-Arts rue de Sévigné, poste de transformation boulevard de Charonne, usine de pompage d’Auteuil et surtout le magnifique Institut Eastman dans le XIIIe arrondissement, œuvre de l’architecte Édouard Crevel dont nous nous réjouissons de l’hommage qui lui est ici rendu), et simultanément tenter de refourguer des daubes improbables et les invendus fonciers des filiales ou associés, de circonstance ou pas.
Il y a du très bon dans l’initiative puisqu’elle est reprise par le C40, association des 40 plus grandes villes du Monde, dont par ailleurs Anne Hidalgo est la patronne, auréolée de son succès dit du «cocotier urbain» (tu secoues, et ça tombe gratis)
Ce qu’il y a de fantastique dans ce Réinventer Paris est ce désir (commun à mon propos) de revisiter les lieux parisiens mystérieux et secrets où se mêlent mémoire et émotions spatiales. Les deux étant par ailleurs liés par le mystère des liaisons intimes de la pensée architecturale faite de la somme des références et des rêves.
Ainsi Borgès a fait toute sa vie de l’architecture sans le savoir, et Nouvel, indépendamment des querelles d’esthètes, a écrit une page fondamentale de l’architecture contemporaine en inventant un nouveau son…
Et moi, un bon cran en dessous, en écoutant Cabrel sur mon Samsung note 4, je chemine sur le pont de l’Ourcq pensant à l’allégorie du Poireau Ferroviaire qui caractérise le paysage propre à la proximité immédiate des voies ferrées le long du Chemin de Fer de Petite Ceinture.

Les chemins que je souhaite aborder concernent une mine de 70 hectares partiellement promenade, future coulée verte, Sentier Nature, objet des enjeux de tous les écologistes de Paris (et surtout) partiellement domaine ferroviaire de la SNCF : La Petite Ceinture.
Le protocole qui unit la SNCF à la ville de Paris, (d’ailleurs obsolète depuis deux ans) prévoit :
«La Petite Ceinture relève des biens constitutifs de l’infrastructure ferroviaire apportée en pleine propriété à Réseau Ferré de France à sa création en 1997. Elle fait partie du réseau ferré national. La voie est exploitée […] sur l’ensemble des sections, pour la surveillance des installations, les opérations d’entretien de la voie et de maintenance des ouvrages d’art».
Donc utilisé à des fins de maintenir la maintenance afin d’entretenir l’entretien… on peut ne pas comprendre ce que fait la SNCF tendance RFR des 25 km (sur 35 en tout) sur lequel rien ne roule.

On peut alors espérer que, dans les hautes sphères des bureaux feutrés de Guillaume Pépy et d’Anne Hidalgo, ça négocie intensément sur l’avenir de cette infrastructure extraordinaire maintenant que le protocole n’est plus valide.
Le schéma directeur de Région Iles de France pour 2030 prévoit :
«La Petite Ceinture verra son linéaire maintenu. Sa vocation ferroviaire et ses usages seront à considérer en fonction des tronçons concernés (ferroviaires, transports légers, trame verte) tout en veillant à la réversibilité des aménagements. Enfin, l’urbanisation dans leur environnement immédiat devra être compatible avec l’activité de ces sites».
C’est de l’Adrien Deume (Albert Cohen, Belle du Seigneur) … admirablement administratif, … confit d’enthousiasme, d’inventivité et d’esprit de décision… Mais l’APUR travaille…

Il fut question jadis, au moment du choix de la solution du tramway parisien (qui fut l’œuvre maîtresse de la mandature de Bertrand Delanoë) de l’éventualité d’utiliser l’infra structure de cette magnifique voie ferrée, qui ne demandait pas mieux que de servir encore. Trop loin des portes, pas de nœuds possibles avec les futures infrastructures de la Métropole, et surtout, incapacité de la SNCF d’alors, confinée dans son statut national de trancher dans le vif de son patrimoine national au profit d’une entité aussi atypique qu’une municipalité. Et qui cherchait à faire des boucles autour de Paris en disposant de plusieurs centaines de millions pour un nouveau réseau, au lieu des quelques dizaines du coût de réhabilitation de la charmante Ceinture.
Lors du bonneteau de l’Arsenal, évoqué ci-dessus, deux objets issus de cette Petite Ceinture sont offerts par Anne Hidalgo à «la mobilisation extraordinaire d’équipes pluridisciplinaire (…) des plus grandes signatures, architectes, penseurs artistes (…) en faisant émerger de nouveaux talents dans des projets architecturaux à la fois spectaculaires et d’une grande sensibilité, qui feront émerger des lieux uniques – hybride, mutualisés et respectueux de l’environnement» : Le tunnel de la petite ceinture, Paris XV, et la Gare d’Auteuil, Paris XVI.
Pourquoi deux éléments esseulés, et si petits ! Pourquoi une telle timidité alors que l’ensemble de cette infrastructure merveilleuse mérite d’être l’objet d’un projet fantastique ?
On n’aurait pas pu rêver mieux que d’une affiche merveilleuse, «Hidalgo et Pépy présentent» !
Réinventer la petite ceinture parisienne par exemple : 35 km de voies périphériques à Paris permettant l’échange entre quartiers, à pieds, en vélo, en même temps périphérique à Cityscoot, ou culture intensive du poireau ferroviaire…

Le plan de la Petite Ceinture superposé sur le plan des pistes cyclable de Paris, ça aurait de l’allure si…
François Scali