
Nicolas Moulin est architecte de formation et, entre Paris et Athènes, photographe par vocation. Si Roots to wild, littéralement « des racines à la nature sauvage », est la métaphore d’un univers cyclique, dans son voyage, il n’y a pas d’itinéraire tracé d’avance.
Les animaux n’ont pas disparu de nos villes.
Ils y vivent.
Entre nos formes, dans nos marges, à partir de ce que nous laissons.
Cette présence discrète dessine une autre lecture du territoire – hors de nos plans.

Les animaux, eux, habitent.
Autrement.
Ils s’inscrivent dans les interstices de nos villes, passent entre nos formes, persistent là où nous ne regardons plus.
Leur présence est discrète, presque invisible.
On les devine plus qu’on ne les voit.
Parfois seulement un mouvement, un envol qui se dissout dans les arbres.
Ils observent depuis les grilles, dominent les villes depuis les hauteurs, occupent les bâtiments abandonnés que nous avons quittés.
Ils s’installent dans les marges que nous avons cessé de regarder.

Une géographie parallèle, silencieuse, que nos cartes n’enregistrent pas.
Dans les territoires que je parcours pour Rootstowild – l’Hymette, le Pentélique, les marges d’Artemide – leur présence est constante.
Ils sont là, toujours.
Sans décalage.
À leur place.
Un chat sur un muret de monastère, un corbeau sur une grille, un oiseau en équilibre sur une structure technique – aucun n’a attendu qu’on lui aménage un espace.
Ils ont trouvé, occupé, persisté.

Nous pensons organiser l’espace, produisons des cartes, des trames, des continuités théoriques.
Dans nos villes nous dessinons des corridors pour le vivant, comme si le monde pouvait se laisser organiser.
Pendant que nous projetons, d’autres formes de vie traversent déjà ces territoires hors de nos plans, sans autorisation, sans intention.

Mais les chantiers déplacent, les usages changent, et les animaux s’adaptent ailleurs, sans nous.
Ils n’ont pas besoin de nos intentions.
Un nichoir n’est pas un habitat.
Créer de l’objet urbain ne crée pas l’habiter.
Les formes de vie apparaissent par conjonction, par opportunité.
Elles émergent, se déplacent, disparaissent.
Cette cohabitation reste instable.
Parfois les deux mondes se heurtent.
Non dans une opposition frontale, dans un décalage.
Un seuil mal interprété.
Une transparence oubliée.
Nous construisons des mondes lisibles pour nous seuls.
Nous oublions que d’autres y circulent, selon d’autres logiques.
Alors le passage échoue.
Ce qui reste n’est pas l’événement.
C’est sa trace.
Une empreinte inscrite dans la matière – le signe, après coup, qu’un autre mode d’habiter a rencontré le nôtre sans y trouver sa place.

La ville n’est pas seulement ce que nous construisons.
Elle est aussi ce qui la traverse.
Et, parfois, ce qui la heurte.
Nicolas Moulin
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