
Comment interpréter le report sine die du jury du concours Nouvelle Renaissance du Louvre ? Quelles perspectives de relance de la compétition ou de la réorganisation du musée ? Il semble apparemment urgent d’attendre… le départ de Rachida Dati.
Une bernique rue de Valois
Selon les dépêches AFP reprises par plusieurs médias (notamment Le Monde, Les Dernières Nouvelles d’Alsace et Le Progrès), Rachida Dati, ministre de la Culture, en partance pour la campagne municipale à Paris, a acté l’abandon de la mission de réorganisation du Louvre qu’elle avait elle-même annoncée en décembre 2025 et confiée à Philippe Jost (superviseur du chantier de Notre-Dame). Cette mission n’a jamais réellement commencé ses travaux, et son calendrier initial n’a pas été tenu. Du grand cafouillage !
D’après ces mêmes sources, le 23 février 2026, lors de son audition à huis clos devant la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, Rachida Dati a confirmé l’abandon de cette mission, affirmant que la réflexion sur la gouvernance du Louvre avait « avancé indépendamment » (sic) de ce travail spécifique, sans que le détail des modalités soit précisé.
Les députés présents — notamment Alexandre Portier (LR) et Alexis Corbière (ex-LFI) — ont exprimé leur incompréhension du lien avancé entre ce renoncement et le mouvement social des personnels du Louvre, jugeant ce lien peu clair. La semaine dernière, le président de Commission avait dénoncé un « Louvre devenu un État dans l’État » et d’un besoin de renforcement des moyens de contrôle de la tutelle du ministère. Les discussions ont été tendues, à n’en pas douter, autour de la gouvernance du musée.
Pour autant, Rachida Dati, qui refuse à ce jour de quitter le gouvernement, a entamé un bras de fer avec Sébastien Lecornu. Légalement, rien ne l’oblige, en droit, de quitter son poste en raison de ses ambitions électorales. Seule son élection, au soir du second tour des municipales l’y contraindrait en raison de l’interdiction du cumul des mandats. Il va y avoir du sport !
En attendant nous apprenions, en off, dans le même temps que la réunion du jury qui devait le 11 février choisir l’équipe lauréate du concours Nouvelle Renaissance du Louvre, finalement reporté sine die, avait été annulée 48 heures seulement auparavant. La classe ! Plusieurs membres, venant des États-Unis ou de Grande Bretagne étaient alors déjà en route ! Aucune déclaration officielle de leur part, car – règlement du concours oblige – ils sont tenus à la discrétion. Gageons que nous en apprendrons de belles sur cet épisode, lorsque la pression sera retombée.
Observateurs perplexes
En l’état actuel – mais qui change d’une semaine sur l’autre – les observateurs relèvent selon leurs orientations politiques, soit un effet de turbulence administrative dans un dossier très médiatisé et complexe (sécurité du patrimoine, relations avec la direction du Louvre, attentes parlementaires). Pour d’autres, le manque de résultats tangibles jusque-là sur certaines réformes annoncées, est associé à une forme d’« imprécision » ou de « difficulté d’arbitrage » D’autres enfin, dénoncent le rôle politique accru du chef de l’État, Emmanuel Macron, sur des sujets très sensibles symboliquement (patrimoine national, musées historiques), ce qui peut donner l’impression que certains dossiers « glissent » vers le domaine réservé de la présidence, ou du moins qu’ils ne se résolvent pas simplement à l’échelle ministérielle.
Ces observations mesurées traduisent une certaine pusillanimité de la presse. Il est vrai que Rachida Dati n’a pas ouvertement reconnu – ce n’est pas son genre – une « impuissance » ou un « échec » sur ce dossier. Tout se passe dans un cadre d’audition parlementaire et de dépêches AFP. Il n’y a pas non plus de tribunes massives dans les grands quotidiens ou éditoriaux virulents transformant ce retrait en une attaque frontale contre la ministre comme responsable unique, même si l’on retrouve des critiques parlementaires rapportées. La presse relaye surtout les faits et un contexte de tensions institutionnelles, sans trancher catégoriquement entre un « cafouillage » ministériel ou un déplacement du centre de gravité politique vers l’Élysée.
Il en ira sans doute autrement lorsque Laurence des Cars sera entendue mercredi 25 février (en public ou à huis clos, ce n’est pas tranché) devant la même Commission parlementaire que la ministre, elle aussi, peut-être, sur le départ.
Laurence des Cars, à nouveau sur le gril
Nous ne prenons pas grand risque à imaginer les questions qui lui seront posées : en premier lieu sur le calendrier et le sens du report sine die du jury. Également sur les perspectives de relance ou de réorganisation du concours du plan Nouvelle Renaissance.
Et aussi une interrogation sur la gouvernance interne du musée et la capacité de la direction à mener un tel projet d’envergure. Et enfin sur les implications politiques et budgétaires d’un tel report, en pleine campagne électorale, surtout après les critiques des syndicats et des parlementaires.
Même si le silence assourdissant du Premier ministre n’est pas inhabituel dans ce type de dossier culturel, surtout à cette étape où aucune crise ouverte gouvernementale n’a été relayée sur cette affaire — il signifie que la coordination politique autour du projet reste pour l’instant entre l’Élysée et les acteurs directs du musée.
Jean-Claude Ribaut